Jean Etienne, Futura

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L'échec que vient de subir Arianespace ne cesse d'alimenter les polémiques. La difficulté de rassembler suffisamment d'indices afin de déterminer la cause de l'incident ayant entraîné la perte du lanceur, ainsi que le délai que cela implique dans les communiqués officiels, donnent évidemment libre cours à toutes les hypothèses, toutes les réactions.

  
DossiersEchec du vol de la première Ariane-5 ECA : les premières constatations
 

Ariane 5 est un lanceur de conception récente. Le fait qu'il ait subi quelques déboires lors de ses premières missions et que chacun se souvient encore de l'explosion en vol du premier exemplaire, entraînant la perte des quatre satellites Cluster, ne doit pas faire oublier qu'il est le digne successeur et héritier d'Ariane 4, un lanceur exceptionnellement fiable qui a su asseoir sa réputation au point d'exercer une suprématie mondiale sur le marché des lanceurs commerciaux.

Malheureusement, même si la notion de risque-zéro s'impose de plus en plus, elle restera à jamais une illusion, tout particulièrement dans le domaine des très hautes technologies. Faisons simplement confiance aux chercheurs et aux techniciens, qui bâtissent la fiabilité de demain sur les erreurs d'aujourd'hui.

Les différences

Depuis sa première version, Ariane 5 a évolué, et l'exemplaire du vol 157, nommé ESC-A, se caractérisait essentiellement par une capacité d'emport plus importante obtenue au prix de modifications importantes.

En premier lieu, citons l'étage supérieur cryogénique du lanceur (ESC-A), équipé d'un moteur HM-7B qui, à lui seul, permet d'augmenter la charge utile de 2,2 tonnes. D'aucuns auraient souhaité que cette nouvelle configuration à elle seule justifie un tir de qualification avec une charge inerte. Mais c'est oublier que ce moteur n'est pas nouveau, il est même particulièrement éprouvé puisqu'il a déjà équipé le troisième étage d'Ariane 4 durant pas moins de 144 vols, et ce, de façon extrêmement fiable puisque le dernier échec remonte à 1994.

La deuxième modification majeure est le moteur Vulcain II, qui succède au Vulcain I, et qui permet, grâce à une poussée accrue de 20%, d'augmenter la charge utile de 1,3 tonne.

Le moteur Vulcain 1 de la Snecma qui équipe toutes les Ariane 5 basiques et qui a démontré sa fiabilité. Crédits ESA / CNES / Arianespace / 2001 Stéphane Corvaja

Le moteur Vulcain 1 de la Snecma qui équipe toutes les Ariane 5 basiques et qui a démontré sa fiabilité.
Crédits ESA / CNES / Arianespace / 2001 Stéphane Corvaja
Vulcain I
Vulcain II
Poussée dans le vide

1140 kN

1350 kN

Impulsion spécifique

431,2 sec

433 sec

Pression de combustion

110 bar

115 bar

Consommation totale

271 kg/sec

320 kg/sec

Turbopompes, vitesse de rotation
Oxygène liquide

13400 rpm

12600 rpm (*)

Hydrogène liquide

33200 rpm

35500 rpm

Turbopompes, puissance délivrée
Oxygène liquide

3700 Kw

5100 Kw

Hydrogène liquide

11900 Kw

14100 Kw

Dimensions
Hauteur

3,00 m

3,60 m

Diamètre (sans la tuyère)

1,76 m

2,15 m

Poids total

1700 kg

1935 kg


(*) de conception différente, cette turbo-pompe permet un rendement supérieur de 50% pour une vitesse de rotation plus faible, d'où une fiabilité accrue.

Plusieurs modifications sont aussi intervenues au niveau de la tuyère, dont le divergent comporte maintenant trois éléments au lieu de deux, et dont la partie basse est directement réfrigéré par les gaz froids provenant de la mise en rotation des pompes et turbines.

Enfin, la simple modification du rapport de mélange oxygène/hydrogène, qui passe de 5.3 à 6.1, a permis d'accroître la capacité des réservoirs de 10% sans modifier la longueur de l'étage en tirant avantage de la différence de densité de ces propergols cryogéniques.

Quelques modifications sont aussi intervenues au niveau des accélérateurs à carburant solide, augmentant la charge utile de 400 kg.

Image de synthèse de la version Ariane 5 ECA Crédits 2002 - ESA / CNES / Arianespace / photo Service optique video CSG