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Futura-Sciences vous a proposé, en partenariat avec CanalChat de dialoguer avec Roger-Maurice Bonnet le lundi 24 mars 2003.

  
DossiersChat avec Roger-Maurice Bonnet : le transcript
 

Hilda : Bonjour M. Roger-Maurice Bonnet. Quel rôle doit jouer l'Europe dans la conquête spatiale aujourd'hui ? Doit-elle rivaliser avec les USA ou, au contraire, collaborer avec eux ? Merci de votre réponse.

La conquête spatiale aujourd'hui est une entreprise internationale, que ce soit pour les satellites non-habités ou habités. On ne coopère cependant bien, que si l'on est soi-même capable de mettre en oeuvre des satellites sous sa propre responsabilité : c'est ainsi qu'on peut orienter des programmes et des projets futurs. C'est pourquoi l'Europe doit assurer son indépendance, tant dans le domaine des systèmes de lancement, que dans celui des satellites. C'est cette maîtrise qui lui permet d'être respectée et d'être un partenaire majeur dans toute coopération internationale.

Paul : En sait-on plus aujourd'hui sur l'accident de la navette Columbia ?

L'accident de la navette Columbia fait l'objet d'une enquête approfondie au sein de la NASA et des entreprises industrielles américaines impliquées dans le développement et l'entretien de la navette spatiale. On ne sait toujours pas, à ma connaissance, la raison de la détérioration de l'aile gauche et de la trappe du train d'atterrissage de la navette qui, au moment de l'entrée dans les couches denses de l'atmosphère, a déstabilisé et détruit la navette Columbia et ses astronautes, il est vraisemblable qu'il faudra encore plusieurs semaines avant d'arriver à une conclusion précise.

etudiant de valencie : Que pensez vous du programme S.E.T.I. et des scientifiques qui y participent. Se font-ils descendre en flamme ?

Souvent par moi, oui ! Cette activité ressemble un peu à une pêche à la ligne dans un océan presque désert :
ce qui explique le peu de succès de cette entreprise. La pêche à la ligne n'est pas une activité scientifique. Elle a ses mérites cependant. Elle distrait et elle peut alimenter, dans le cas de S.E.T.I., notre imagination. La véritable approche scientifique pour répondre à la quête de recherche de formes d'intelligence extraterrestre me semble plutôt celle qu'on voit se dessiner aujourd'hui, à savoir la recherche de planètes extra solaires de type semblable à la nôtre, et, éventuellement, une fois qu'elles auront été identifiées, l'utilisation de tous les moyens d'observation en notre possession ... y compris la détection de signaux radio.

benoit : Quel est l'impact des relations franco-américaines et / ou européennes sur les missions futures (ISS, Mercure, Mars ...) ?

Je suppose que cette question se réfère à la tension actuelle liée à la guerre en Irak. Il y aura certainement des "refroidissements" entre les agences impliquées dans la coopération, mais je voudrai rappeler qu'au pire moment de la Guerre froide avec l'Union Soviétique, la coopération spatiale de la France a entamée avec ce pays a été un élément important de dialogue, qui aujourd'hui prospère au travers de la coopération sur la station spatiale internationale. Il semble difficile d'imaginer que la tension présente conduise la NASA à se passer de ses partenaires européens
en particulier sur la station spatiale dans ce domaine, on peut sans trop se tromper, penser que l'effet de la détérioration des relations entre la France et l'Allemagne en particulier et des Etats-Unis, n'aura que peu d'effets.

Mathieu75 : Pensez-vous que la nomination de Claudie Haigneré soit une bonne chose en tant que Ministre de la Recherche ? Travaillez-vous en collaboration avec elle ? Ne pensez-vous pas qu'il manque, dans l'ensemble, beaucoup de moyens à la recherche française ?

Je pense qu'en effet la nomination de Claudie Haigneré a été une bonne chose, en particulier pour la remise en ordre du programme spatial français, qui en avait bien besoin. J'ai travaillé avec la Ministre, en étroite collaboration quand elle m'a confié la présidence d'une commission de réflexion sur la politique spatiale française ; les conclusions de cette commission ont bien mis en évidence la nécessité de remettre de l'ordre dans l'organisation de l'espace en France
en préalable à toute allocation de besoins supplémentaires, qui s'imposent en effet si la France veut maintenir sa position de chef de file des pays européens dans le domaine spatial.