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Lancement d'Opportunity : l'étau se ressert

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L'agence spatiale américaine rencontre de sérieuses difficultés pour faire décoller son second véhicule d'exploration de Mars, Opportunity, le premier, Spirit, ayant été lancé avec succès le 10 Juin.

Après de multiples reports que l'on ne compte plus et la découverte d'un problème récurent concernant une bande d'isolation sur le premier étage de la fusée Delta II lourde (voir news), l'étau commence à se resserrer autour du lancement... La fenêtre de tir pour envoyer Opportunity vers Mars se ferme en effet le 15 Juillet au soir à Cap Canaveral, passé cette date, Mars sera trop éloignée pour qu'Opportunity puisse la rejoindre. Le second rover de la NASA doit donc impérativement être lancé avant le 15 Juillet, mais le directeur de vol Omar Baez ne cache pas son inquiétude.

Pourquoi l'isolation en liège se décolle-t-elle ?

 Le problème décelé à deux reprises sur le premier étage du lanceur Delta II lourd doit être pris très au sérieux. (voir news) La bande de liège a de nouveau été changée. L'équipe se concentre actuellement sur les causes probables de ce problème.

La prochaine tentative de lancement est prévue pour dimanche soir à Cap Canaveral, soit lundi matin très tôt à Paris. Cela laissera le temps aux techniciens pour procéder samedi à un remplissage du réservoir du premier étage et vérifier si la défaillance de l'isolation en liège ne vient pas du fait de la contraction que subit la paroi du lanceur lors du remplissage du réservoir avec de l'oxygène liquide refroidi à 300 degrés Fahrenheit avant le lancement. "Nous sommes en train de faire des essais pour déterminer si le décollement de la bande de liège s'effectue avant ou après le processus de cryo-chargement (évoqué ci-dessus)" a déclaré le directeur de vol de la NASA Omar Baez.

Selon les techniciens, le problème n'est pas lié au modèle Delta II "lourd" de la fusée. Cette version lourde du lanceur Delta II est en effet inédite et n'a jamais volée. Le problème ne viendrait donc pas de la version de la fusée mais du lanceur lui-même. En effet, cette fusée Delta II lourde est en place depuis fin février sur le pas de tir 17-B, elle devait au départ faire décoller le télescope spatial infrarouge SIRTF, mais par soucis du calendrier, la NASA a préféré reporté le lancement de SIRTF après celui d'Opportunity, ce dernier héritant ainsi de la fusée Delta II lourde pour son lancement. Le lanceur a donc séjourné dans le complexe de tir depuis pas mal de temps, "nous pensons que de l'humidité a pu être pris au piège dans le liège, et s'est étendue...." cela pourrait expliquer pourquoi le liège n'adhèrait plus correctement au carénage de la fusée" comme l'explique Omar Baez.
Le liège qui adhérait mal à la paroi, car probablement altéré par l'humidité, a été remplacé par du nouveau frais et sec.

Légende de l'image : Cette photographie présente les 9 boosters blancs qui entourent la base du premier étage de la fusée Delta II lourde. C'est entre ces boosters et le carénage bleu-vert que la bande isolante en liège est posée (crédit : NASA)

Une catastrophe évitée de peu dimanche matin

 Dimanche matin, le lancement avait été reporté pour cause de mauvaises conditions météo reignant à Cap Canaveral. C'est en procédant à une inspection de routine du lanceur après l'annulation du décollage que les techniciens ont découvert que certaines parties de la bande d'isolation en liège du premier étage étaient lâches... Omar Baez, le directeur de vol, s'avoue chanceux : heureusement que la météo n'était pas favorable ce soir là ! Sinon, la fusée aurait décollé avec les conséquences dramatiques que cela aurait pu entraîner sur la mission... Cependant Baez assure que "le morceau liège qui aurait pu se détacher lors du décollage n'aurait pas endommagé la fusée. Nous avons des carénages très solides qui la protège. Un scénario de type Columbia n'aurait donc pas pu se produire." Les enquêteurs sur la catastrophe de Columbia le 1er février dernier croient qu'un gros morceau d'isolation en mousse du réservoir à carburant externe de la navette a frappé l'aile gauche de Columbia pendant le lancement, causant la perte de la navette spatiale et l'équipage lors de la rentrée dans l'atmosphère. Cependant, une surchauffe du carénage aurait bien pu être possible, l'isolation ne jouant plus son rôle. Si une fuite de carburant s'était déclarée, la mission aurait défitivement était perdue dans l'explosion du lanceur Delta II emportant Opportunity...

Autant le dire, la NASA a évité la catastrophe de peu dimanche matin. Depuis cette date, les ingénieurs et techniciens prennent leur temps pour bien étudier et remédier au problème.

Légende de l'image : La fusée Delta II lourde sur son pas de tir le dimanche 29 au matin attendant le lancement qui n'aura finalement pas lieu, fort heureusement ! (crédit : NASA/Florida Today)

Le temps presse...

Si la véritable cause du problème n'est pas trouvée à temps ou s'il se déclare une fois de plus, il se pourrait bien qu'Opportunity ne décolle pas cette année vers la planète rouge. La prochaine tentative de lancement pour Opportunity est prévu pour dimanche soir à 22H43 16s ou 23H26 02s à Cap Canaveral, soit lundi matin à 04H43 16s ou 05H26 02s (heures de Paris), si le lancement n'a pas lieu lundi, il ne restera plus que 9 jours pour le tenter à nouveau. Le directeur de vol Omar Baez a déclaré très clairement : "je ne veux pas décoller si la mission est en danger", "Je ne vais pas risquer la mission juste parce qu'il y a une opportunité de dernière minute."

Si la NASA ne peut lancer Opportunity avant le 15 Juillet, "le rover pourrait être exposé dans un musée ou il pourrait retenter sa chance dans quatre ans, date de la prochaine fenêtre de tir favorable pour voyager vers Mars", lance Omar Baez.

Le directeur des opérations de lancement de Delta Boeing à Cap Canaveral se montre quant à lui plus rassurant : "Je pense que nous avons une assez bonne chance de lancement dimanche". Les prévisions météorologiques de dimanche semblent en effet bonnes. Il y a une chance de 70% de conditions favorables au décollage.

Encore faudra-t-il que le problème de l'isolation en liège soit résolu... Un simple bout de liège mal collé sur la structure d'aluminium du lanceur pourrait mettre en péril le programme martien et l'image de l'agence spatiale américaine...

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