C’est grâce à des données recueillies par le radiotélescope Chime (Canadian Hydrogen Intensity Mapping Experiment) que des astronomes ont mis au jour une périodicité dans l’activité du sursaut radio rapide FRB 189016.J0158+65. Maintenant, des chercheurs de l’observatoire de Jodrell Bank (Royaume-Uni) ont établi une périodicité pour un autre sursaut radio rapide, FRB 121102. Une périodicité plus longue, de 157 jours. © Danielle Futselaar, artsource.nl, Institut néerlandais de radioastronomie

Sciences

Sursaut radio rapide : un indice qui nous éclaire sur leur origine mystérieuse

ActualitéClassé sous :sursaut radio rapide , sursaut radio rapide répétitif , sursaut radio périodique

Depuis leur première observation en 2007, les sursauts radio rapides intriguent les astronomes. La plupart ne se produisent qu'une fois. Mais certains sont répétitifs. C'est le cas de FRB 121102, que des chercheurs viennent d'étudier sur le long terme. Il présente une activité cyclique de 157 jours.

Pendant quatre années, des astronomes de l’observatoire de Jodrell Bank (Royaume-Uni) ont étudié sans relâche, à l'aide du radiotélescope Lovell, un sursaut radio rapide ou FRB pour Fast Radio Burst. Nom de code : FRB 121102. Découvert en 2012, il avait été le premier à entrer, quelques années plus tard, dans la catégorie des FRB récurrents. Il est aussi le premier à avoir pu être associé à un objet visible, dans une galaxie naine située à quelque trois milliards d'années-lumière de notre Terre.

En quatre années, les chercheurs ont été les témoins de 32 rafales radio. Des rafales toujours observées dans des fenêtres d'environ 90 jours, suivies de périodes silencieuses de quelque 67 jours. Une activité qui se répète donc selon un cycle de 157 jours. « La détection d'une telle périodicité limite les possibilités quant à l'origine de ce type de sursaut radio rapide », annonce Kaustubh Rajwade, astronome, dans un communiqué de l’université de Manchester (Royaume-Uni).

Une vue d’artiste d’un modèle de modulation orbitale dans lequel la source du sursaut radio rapide (FRB), en bleu, est en orbite autour d’un objet compagnon, en rose. © Kristi Mickaliger, Observatoire de Jodrell Bank

La piste des étoiles à neutrons se brouille

Découverts en 2007, les FRB ont d'abord été vus comme le résultat d'un événement cataclysmique. Une étoile qui explose. Puis, avec 121102, les astronomes ont appris qu'ils pouvaient se répéter. Désormais, ils savent que cela peut se faire de manière régulière. Et parfois sur une période longue de 157 jours ou sur une période plus courte de 16 jours comme cela a été démontré récemment pour FRB 180916.J10158+56.

« Des observations supplémentaires d'un plus grand nombre de FRB seront nécessaires afin d'obtenir une image plus claire de ces sources périodiques et élucider leur origine », ajoute Kaustubh Rajwade. Mais pour l'heure, la périodicité longue de FRB 121102 ne semble pas cohérente avec la théorie qui voudrait que la source de ces sursauts radio rapides soit à trouver du côté d'étoiles à neutrons subissant un mouvement de précession de leur axe magnétique. Ceci, compte tenu du champ magnétique élevé attendu pour ces étoiles.

Pour en savoir plus

Une civilisation extraterrestre pourrait être derrière ce mystérieux sursaut radio

Une nouvelle fois, Abraham Loeb, chercheur à l'université de Harvard (États-Unis), encourage les astronomes à cultiver leur imaginaire d'enfant. Même s'il estime que les sursauts radio rapides ont très vraisemblablement une origine tout à fait naturelle, il n'exclut pas que des civilisations extraterrestres pourraient en être à l'origine. Et notamment celui qui a fait la Une de l'actualité la semaine dernière.

Article de Nathalie Mayer paru le 18/02/2020

Abraham Loeb est chercheur à la prestigieuse université de Harvard (États-Unis). Récemment, il a défrayé la chronique en soutenant l'hypothèse que 'Oumuamua, l'objet interstellaire que tous prennent pour un astéroïde, pourrait bien, en définitive, être un morceau de vaisseau spatial extraterrestre.

Aujourd'hui, il revient sur le devant de la scène en évoquant le cas de FRB 189016.J0158+65. Ce sursaut radio rapide identifié la semaine dernière par des astronomes de l'équipe Chime/FRB, présente un cycle de 16 jours. Et personne ne sait vraiment, pour l'heure, quel phénomène en est à l'origine. Mais dans une interview à Cnet, Abraham Loeb estime que tout est possible. Y compris qu'il s'agisse de la trace d'une activité extraterrestre.

L’œil à son télescope, Abraham Loeb se laisse guider par son imaginaire d’enfant et n’hésite pas à envisager des causes extraterrestres à certains phénomènes inexpliqués. © Université de Harvard

La trace d’une activité, mais pas un message

« Une civilisation pourrait chercher à propulser des engins à l'aide de voiles solaires. Pour cela, elle aurait besoin d'un puissant faisceau de lumière. Ce sursaut radio pourrait correspondre à la fuite de ce rayonnement en dehors des limites de la voile », imagine l'astrophysicien. Après tout, si nous envisageons d'expédier une sonde vers les étoiles à l'aide d'une nanovoile photonique, pourquoi des civilisations extraterrestres ne développeraient-elles pas la même idée ?

En revanche, Abraham Loeb se montre plus sceptique lorsqu'il s'agit de croire en un message adressé aux humains par des civilisations extraterrestres. Ne serait-ce que parce que le sursaut radio observé, aussi cyclique soit-il, a mis des millions d'années à arriver à nous. Et à supposer que nous en soyons capables, la réponse que nous lui ferions mettrait en retour, des millions d'années à arriver à destination.


Une civilisation extraterrestre est-elle derrière ce mystérieux sursaut radio ?

Les sursauts radio rapides sont des objets énigmatiques. Certains émettent une seule fois. D'autres plusieurs. Et voilà que des astronomes ont décelé, du côté de l'un d'entre eux, une activité qui apparaît périodique, suivant un cycle d'environ 16 jours.

Article de Nathalie Mayer paru le 14/02/2020

FRB 189016.J0158+65. Ce sursaut radio rapide répétitif - ou FRB pour Fast Radio Burst - avait déjà fait parler de lui il y a quelques semaines. Des astronomes étaient alors parvenus à déterminer l'emplacement précis de cette source répétitive d'ondes radio de quelques millisecondes. Une galaxie spirale située à quelque 500 millions d'années-lumière de notre Terre. Aujourd'hui, il revient sur le devant de la scène. Car il s'agirait du tout premier sursaut radio rapide présentant une périodicité.

Des astronomes de l’équipe Chime/FRB - c'est le télescope Chime (Canadian Hydrogen Intensity Mapping Experiment) qui a, pour la première fois, détecté ce sursaut radio rapide en 2018 - ont surveillé FRB 189016.J0158+65 pendant 409 jours. Et ils ont pu extraire des données recueillies, un schéma qui se répète suivant un cycle de 16,35 jours : des émissions sont enregistrées sur une durée de quatre jours puis arrivent douze jours de silence.

Pour être tout à fait précis, les astronomes signalent qu'au cours de certains cycles, le sursaut radio rapide n'émet aucune impulsion. Mais que quand il en émet, c'est toujours au cours de quatre jours qui se répètent suivant le cycle établi. Une énigme de plus à l'actif des FRB qui intriguaient déjà beaucoup les chercheurs.

Des sursauts radio rapides apparaissent de manière aléatoire dans notre ciel. © NRAO Outreach, Vimeo

Plusieurs hypothèses pour expliquer le phénomène

Les astronomes imaginent que ce cycle pourrait être le signe que la source de ce sursaut radio rapide orbite autour d'un objet massif de type trou noir. Un trou noir de masse stellaire, car FRB 189016.J0158+65 a été localisé dans la périphérie de sa galaxie spirale, une région dans laquelle se forment de nombreuses étoiles. Un trou noir dont les vents ou les perturbations de marée pourraient stimuler ou éclipser les émissions du sursaut radio rapide en fonction de sa période orbitale.

Une autre étude suggère que ces sursauts radio rapides sont émis par une étoile à neutrons dans un système binaire. Des émissions périodiquement éclipsées par les vents de sa compagne beaucoup plus massive. L'idée qu'il s'agisse d'un objet isolé semble en revanche désormais moins probable. Car même si la rotation d'objets de type magnétar - ceux-ci ayant déjà été soupçonnés être à l'origine des FRB - engendre des périodicités, celles-ci apparaissent généralement plutôt de l'ordre de quelques secondes.

Enfin, certains se demandent peut-être pourquoi l'hypothèse de signaux extraterrestres n'est pas envisagée. C'est parce que les signaux enregistrés par les chercheurs correspondent à des événements énergétiques extrêmes. À tel point qu'il est difficile d'imaginer que même une intelligence supérieure soit capable d'en produire.


Un sursaut radio rapide qui intrigue mais sans civilisation E.T.

Les sursauts radio rapides (Fast Radio Burst, ou FRB, en anglais) intriguent depuis leur découverte. Celui connu sous le nom de FRB 121102 se répète, comme le prouve une fois de plus de nouvelles observations qui alimentent le buzz. Il n'y a cependant toujours pas de bonnes raisons d'expliquer les FRB comme étant des technosignatures extraterrestres.

Article de Laurent Sacco paru le 05/09/2017

Le sursaut radio rapide FRB 121102 intrigue mais ne serait pas le signe d'une civilisation E.T. Ici, une vue d'artiste d'un radiotélescope étudiant un phénomène astrophysique transitoire. © Swinburne University of Technology

Les membres du Berkeley SETI Research Center sont à l'origine d'une annonce qui fait le buzz depuis quelque temps. Peut-être est-ce pour continuer de justifier les 100 millions de dollars attribués sur dix ans au programme Seti par le milliardaire Iouri Milner (il est à l'origine de cette opération, via le projet Breakthrough Initiatives, soutenu par Stephen Hawking). Toujours est-il que, dans la cadre du programme Breakthrough Listen, des chercheurs, dont le radioastronome Vishal Gajjar, ont continué de surveiller la possible activité du sursaut radio rapide FRB 121102.

Découvert, comme son nom l'indique, en novembre 2012, ce sursaut radio intrigue depuis que les chercheurs ont découvert en 2015 qu'il se répétait. Certains ont tenté une interprétation audacieuse de ce FRB : ce serait la manifestation de l'activité d'une civilisation E.T. avancée ayant existé il y a 3 milliards d'années (c'est la distance en années-lumière de la galaxie où il se trouverait). De nombreux articles, notamment sur Futura (voir les articles ci-dessous), ont été consacrés ces dernières années à ce sursaut radio.

Le radioastronome Vishal Gajjar nous parle de Seti. Pour obtenir une traduction en français assez fidèle, cliquez sur le rectangle blanc en bas à droite. Les sous-titres en anglais devraient alors apparaître. Cliquez ensuite sur l'écrou à droite du rectangle, puis sur « Sous-titres » et enfin sur « Traduire automatiquement ». Choisissez « Français ». © Berkeley SETI

4 bonnes raisons de ne pas croire aux E.T. avec les FRB

Le buzz récent est donc parti de l'annonce d'une série de 15 répétions de l'activité de FRB 121102. Celles-ci ont été découvertes dans les émissions enregistrées pendant les cinq heures d'observation qui ont été allouées à Vishal Gajjar le 29 août 2017 avec le télescope de Green Bank. En outre, les fréquences des 15 signaux sont parfois plus élevées que celles mesurées avec tous les autres FRB connus à ce jour. Comme aucune explication naturelle n'a pour l'instant été établie, les spéculations dans les médias quant à l'origine E.T. du phénomène ont été relancées.

On se demande bien pourquoi... Les nouvelles observations sont, certes, intéressantes mais, d'une part, ce n'est pas la première fois que des répétions sont observées avec un FRB et, d'autre part, les nouvelles données font pencher un peu plus la balance en direction d'une explication impliquant un phénomène naturel, probablement en relation avec les magnétars ou les trous noirs.

Dans un article de Forbes, l'astrophysicien Ethan Siegel, visiblement agacé par ce buzz, comme plusieurs de ses collègues, rappelle qu'il existe au moins 4 bonnes raisons de ne pas prendre au sérieux l'hypothèse E.T. :

  • Il se produit trop de FRB pour que ce ne soit pas un phénomène astrophysique naturel. Statistiquement, avec ceux observés, on peut en conclure qu'il y a 10.000 FRB chaque jour sur la voûte céleste, ce qui ferait un nombre bien trop élevé de civilisations E.T. avancées. Il serait en effet alors possible de les voir, d'une façon ou d'une autre, dans la Voie lactée. En revanche, ce nombre de FRB est compatible avec une explication impliquant un phénomène astrophysique naturel.
  • Les caractéristiques des signaux des FRB sont en fait trop variables et aléatoires pour ne pas être d'origine naturelle.
  • Les noyaux actifs des galaxies produisent des signaux avec des caractéristiques similaires, ce qui suggère un lien avec la physique de l'accrétion des trous noirs.
  • La puissance des FRB est 1019 fois supérieure à celle d'un signal radio d'origine humaine. Donc, à moins de faire intervenir des E.T. d'une civilisation de Kardachev de type II (dont l'existence est difficile à avaler), on doit préférer une explication impliquant un phénomène astrophysique naturel.

Les sursauts radio rapides viennent-ils de civilisations E.T. ?

Article de Laurent Sacco publié le 14/03/2017

Les mystérieux sursauts radio rapides auraient-ils une origine extraterrestre ? Selon une nouvelle hypothèse, hautement spéculative, la réponse est oui. Il pourrait en effet s'agir de faisceaux d'ondes radio ayant temporairement croisé la Terre et qui étaient destinés à propulser des voiles photoniques géantes emportant des vaisseaux interstellaires, voire intergalactiques.

Avi Loeb est un brillant astrophysicien du Harvard-Smithsonian Center for Astrophysics. Il publie depuis des années des articles dans lesquels il explore des idées étonnantes (un peu comme Freeman Dyson a l'habitude de le faire). Ainsi, selon Loeb, le rayonnement fossile était assez chaud environ 15 millions d'années après le Big Bang pour que des organismes vivants puissent apparaître dans de l'eau liquide sur bien des exoplanètes, même très éloignées de leur étoile hôte. Le chercheur a également montré qu'une atmosphère polluée par des émissions de CFC pourrait être utilisée comme biosignature d'une civilisation E.T. ; il a aussi proposé de faire de l'Optical Seti en cherchant la pollution lumineuse nocturne d'une telle civilisation.

Les sursauts radio rapides viennent-ils de civilisations E.T. ? Avi Loeb a calculé que l’énergie d’une étoile comparable à celle du Soleil et qui serait recueillie par une surface deux fois plus grande que celle de la Terre (type fragment de sphère de Dyson) serait bien de l’ordre de grandeur nécessaire à propulser une voile photonique. Celle-ci laisserait alors fuir, sous forme d’ondes radio, la quantité d’énergie associée aux FRB. © M. Weiss, CfA

Dans un article mis en ligne sur arXiv en 2015, Loeb explorait la possibilité de détecter les émissions d'extraterrestres en train de propulser une voile photonique. Sans surprise, l'année suivante, on apprenait que l'astrophysicien avait été intégré à l'équipe de chercheurs à la tête du projet Breakthrough Starshot ; ce projet consiste justement à envoyer une sonde interstellaire propulsée par une voile photonique en direction du système triple d'Alpha Centauri, par exemple en direction de l'étoile Alpha Centauri C, plus connue sous le nom de Proxima du Centaure (on y a effectivement fait la découverte d'une exoplanète, Proxima b).

Le début du film Passengers, avec le vaisseau interstellaire Avalon. © Peter Francis, YouTube

Une voile photonique alimentée par un fragment de sphère de Dyson ?

Avi Loeb vient maintenant de déposer un nouvel article sur arXiv dans lequel il propose de considérer les mystérieux sursauts radio rapides (Fast Radio Burst, ou FRB, en anglais) comme une technosignature de voile photonique E.T. Ce faisant, il relance un débat que l'on pensait clos depuis que la localisation d'au moins un FRB a été précisée (voir l'article ci-dessous paru le 6 janvier 2017 pour en savoir plus). En effet, depuis cette localisation, nous savons que les sursauts radio rapides sont situés en dehors de la Voie lactée. Leur détection sur Terre implique donc qu'ils soient associés à une formidable libération d'énergie, trop formidable pour être associée à des E.T., avait-on pensé alors. Mais pouvait-on vraiment en être sûr alors que l'on n'hésite pas à considérer sérieusement l'existence des sphères de Dyson ?

Avec son collègue Manasvi Lingam, Avi Loeb a calculé que l'énergie d'une étoile comparable à celle du Soleil et qui serait recueillie par une surface deux fois plus grande que celle de la Terre (type fragment de sphère de Dyson) serait bien de l'ordre de grandeur nécessaire à propulser une voile photonique. Cette dernière laisserait alors fuir, sous forme d'ondes radio, la quantité d'énergie associée aux FRB.

Mieux, selon les deux chercheurs, la bande de fréquence des FRB serait précisément celle permettant à la voile photonique impliquée d'entreprendre des voyages interstellaires, voire intergalactiques, emportant avec elle une masse de l'ordre du million de tonnes, c'est-à-dire environ 20 bateaux de croisière. On se prend bien évidemment à rêver au Starship Avalon du film Passengers, bien que celui-ci ne soit pas propulsé par une voile photonique.


Non, les sursauts radio rapides ne viennent pas de civilisations E.T.

Article de Laurent Sacco publié le 06/01/2017

La piste d'une technosignature E.T. semble s'évanouir en ce qui concerne les investigations sur la nature des mystérieux sursauts radio rapides. En localisant l'une des 18 sources connues dans une lointaine galaxie naine, des radioastronomes viennent de rendre cette hypothèse très improbable.

Est-on sur le point de percer le mystère des sursauts radio rapides ? On peut se le demander suite à la publication par un groupe d'astronomes d'un article dans le célèbre journal Nature. Ils y annoncent avoir déterminé pour la première fois la localisation d'un sursaut radio rapide (Fast Radio Burst ou FRB en anglais) observé d'abord en 2012 dans la constellation du Cocher (Auriga en latin) avec le radiotélescope d'Arecibo. La particularité de FRB 121102, qui, comme son nom l'indique, a été détecté le 2 novembre 2012, c'est qu'il s'est produit à plusieurs reprises, ce qui a permis à une batterie d'instruments sur Terre de l'associer à une galaxie naine située à environ 3 milliards d'années-lumière de la Voie lactée. En 2015, les chercheurs pensaient déjà avoir localisé un FRB, celui appelé FRB 150418, mais sa nature de sursaut radio rapide a depuis été remise en question et aujourd'hui, ce sont les observations concernant FRB 121102 qui sont prises au sérieux.

En faisant de la synthèse d'ouverture par interférométrie, il est possible de combiner plusieurs radiotélescopes comme si on en avait un géant de plusieurs dizaines de kilomètres, et même mille fois plus. Ce dessin d'artiste représente ainsi les antennes du VLA, dont les observations à hautes résolutions ont permis de préciser la localisation d'un sursaut radio rapide. © Danielle Futselaar

Rappelons que les FRB ont été repérés pour la première fois en 2007 grâce à de nouvelles analyses d'archives de données collectées par le radiotélescope de Parkes, en Australie. Ils sont aussi appelés « sursauts Lorimer », du nom de leur découvreur. Ils sont extrêmement brefs, quelques millièmes de seconde tout au plus. Mais on estime qu'ils proviennent d'évènements violents qui libèrent, peut-être pendant ce bref laps de temps et dans le domaine radio, autant d'énergie que le Soleil en un jour.

Les astronomes ont du mal à les faire entrer dans le cadre des explications astrophysiques conventionnelles, tout comme ce fut le cas naguère pour les fameux sursauts gamma. C'est pourquoi il est important de déterminer les lieux de leurs occurrences. Sont-ils localisés dans la Voie lactée ou s'agit-il d'objets proprement cosmologiques associés à des phénomènes extragalactiques ? Peut-on les associer à des astres et à d'autres évènements énergétiques dans d'autres longueurs d'ondes, par exemple dans le visible ou dans le domaine des rayons X et gamma ? Ces informations sont vitales pour faire le tri entre plusieurs hypothèses qui vont de la technosignature de civilisations E.T. à celle d'explosion d'étoiles de Planck.

Le télescope Gemini North a finalement permis de débusquer dans le visible la contrepartie du sursaut radio rapide FRB 121102. © Gemini Observatory, AURA, NSF, NRC

Les FRB, des magnétars, des étoiles de Planck ou des AGN ?

En l'occurrence donc, FRB 121102, dont une première localisation approximative avait été obtenue en 2012 s'est manifesté à nouveau à neuf reprises au cours des 83 heures d'observations qui lui ont été consacrées pendant 6 mois avec du temps alloué aux radioastronomes pour le fameux Very Large Array (VLA) et ses 27 antennes au Nouveau-Mexique. C'est grâce à leur combinaison que la résolution des observations a pu augmenter et que le mystère de la localisation d'au moins un FRB a pu être en partie percé. En effet, par la même occasion, les chercheurs ont été en mesure de savoir où pointer exactement sur la voûte céleste, le télescope de 8 m Gemini North au sommet du Mauna Kea à Hawaï.

Une petite galaxie contenant tout au plus 1 % de la masse de notre Voie lactée est alors apparue et on a pu avoir accès à une mesure de décalage spectral, donc de distance. FRB 121102 est donc un objet extragalactique, ce qui au moins dans ce cas précis, ne s'accorde pas facilement avec l'hypothèse qu'il puisse s'agir d'une technosignature E.T. puisqu'on la supposait, pour être crédible, étant donnée l'énergie libérée, avec une source dans notre Galaxie.

En affinant l'étude de la galaxie contenant le FRB, les astronomes ont pu le localiser dans une région d'une centaine d'années-lumière de diamètre. La galaxie apparait aussi comme une source radio continue bien particulière, ce qui laisse en fait penser qu'elle possède un noyau actif (AGN) dont l'activité provient de la matière tombant sur un trou noir supermassif. FRB 121102 pourrait provenir d'un événement associé à ce noyau actif, ce que suggère le fait qu'il semble situé dans une région de 100 années-lumière de diamètre entourant le cœur de la galaxie naine. Or on sait que des trous noirs supermassifs peuvent générer des jets de matière qui deviennent des sources d'ondes radio.

Mais parmi les autres hypothèses avancées, il y a celle d'un magnétar qui reste toujours en lice. Les ondes radio pourraient là aussi provenir de l'instabilité de l'accrétion de matière par ce type d'étoile à neutrons possédant un champ magnétique particulièrement intense. Mais selon l'astrophysicien Jason Hessel, il faudrait faire intervenir un magnétar atypique, d'un genre encore jamais détecté parmi ceux que l'on connait dans la Voie lactée. Des observations dans le domaine des rayons X ou gamma pourront peut-être nous permettre d'y voir plus clair dans le futur.

Ce qui est certain, au moins dans le cas de FRB 121102, est que ce qui cause un sursaut radio rapide n'est pas détruit par le processus d'émission, ce qui ne s'accorde pas avec l'idée que ce pourrait être une supernova ou un sursaut gamma long et peut-être pas non plus avec une étoile de Planck.


Des extraterrestres se cachent-ils derrière les sursauts radio rapides ?

Article de Laurent Sacco publié le 08/04/2015

Découverts au XXIe siècle, les sursauts radio rapides intriguent les astrophysiciens qui n'en comprennent pas encore la nature. Les spécialistes ont récemment envisagé qu'il s'agissait d'étoiles de Planck en explosion. Une hypothèse encore plus extraordinaire vient cependant d'être avancée pour expliquer une étrange caractéristique des signaux observés : il pourrait s'agir de technosignatures de civilisations E.T.

Un article déposé sur arXiv par une équipe d'astronomes à propos des sursauts radio rapides (FRB pour Fast Radio Bursts en anglais) a conduit à quelques spéculations qui pourraient aisément passer pour un poisson d'avril. Pourtant, il n'en est rien. Rappelons que ces sursauts se présentent sous forme de flashs d'ondes radio qui durent quelques millisecondes. Les astronomes en ont d'abord trouvé dans les archives des observations de plusieurs radiotélescopes avant d'en détecter un en direct en 2014 à l'aide du Parkes Telescope, en Australie.

La brièveté de ces signaux implique (pour des raisons liées à la vitesse de propagation d'un effet physique faisant varier la luminosité d'un objet) qu'ils sont émis à partir d'une région dont la taille est de quelques centaines de kilomètres tout au plus. On sait aussi que les parties à hautes fréquences et celles à basses fréquences d'une impulsion électromagnétique arrivent avec des décalages d'autant plus importants que l'impulsion a voyagé loin à travers l'univers en traversant des régions contenant de la matière. Ce phénomène, dénommé en anglais dispersion measure (DM), est bien connu avec les pulsars. La conclusion la plus simple et la plus vraisemblable déduite des caractéristiques des sursauts radio en se basant sur tous ces effets était qu'il s'agissait d'objets extragalactiques ne pouvant pas être des étoiles standard et qu'ils étaient capables d'émettre en quelques millisecondes autant d'énergie que le Soleil en une journée.

Des analyses des observations faites non seulement avec le radiotélescope de Parkes mais aussi avec le télescope en orbite Swift et le Nordic Optical Telescope de La Palma, aux Canaries, et qui concernaient un FRB semblaient confirmer qu'il s'agissait bien d'un événement extragalactique. Selon ces analyses, il serait même situé à plus de 5,5 milliards d'années-lumière. Il ne pouvait pas s'agir d'une supernova. Une hypothèse fascinante avait alors été avancée : celle des étoiles de Planck finissant leur vie en explosion sous forme de trou blanc.

L'astronome Seth Shostak est bien connu pour ses recherches dans le cadre du programme Seti. Il est l'un des directeurs du Seti Institute, situé à Mountain View (Californie, États-Unis). © Seti.org

Les sursauts radio rapides, des satellites militaires ?

Michael Hippke, Wilfried F. Domainko et John G. Learned viennent cependant de chambouler ces conclusions. D'après leurs analyses concernant les signaux des 10 FRB connus, les intervalles de temps entre les plus hautes et les plus basses fréquences des impulsions radio détectées sont tous des multiples entiers d'un même nombre : 187,5. De prime abord, cela impliquerait que les FRB sont espacés régulièrement sur des milliards d'années-lumière, ce qui paraît complètement invraisemblable. On pourrait penser qu'il s'agit d'un espacement fortuit. Cela n'est pas impossible lorsque l'on considère un échantillon avec un petit nombre de mesures. Lorsque l'on disposera de plusieurs dizaines voire plusieurs centaines de mesures pour des FRB différents, cet espacement pourrait fort bien disparaître. Cependant, si l'on estime la probabilité d'observer un tel espacement avec 10 FRB, il semble que celle-ci soit inférieure à 5 sur 10.000.

Les trois astronomes pensent donc que l'on est en fait en présence de sources radio dans la Voie lactée qui, pour une raison inconnue, émettent des paquets de hautes et de basses fréquences espacés dans le temps par des multiples d'un intervalle fixé. Il pourrait s'agir de signaux d'origine humaine, par exemple des satellites militaires. Bien évidemment, les trois chercheurs sont allés un cran plus loin. Les signaux pouvaient être aussi d'origine extraterrestre.

Le sérieux de l'hypothèse a fait que le célèbre Seth Shostak, le directeur du Center for Seti Research est monté au créneau et a fait une déclaration sur le site du Seti Institute.

Pendant les années 1970, des membres éclairés de la British Interplanetary Society (BIS) ont étudié le concept d'un vaisseau spatial capable d'atteindre 12 % de la vitesse de la lumière. Le projet Daedalus se basait sur l'utilisation d'explosions thermonucléaires à intervalles réguliers pour atteindre cette performance. Les sursauts radio rapides sont-ils la signature de vaisseaux interstellaires E.T. utilisant cette propulsion ? Ce n'est pour le moment qu'une pure spéculation. © Adrian Mann, Bisbos.com

Des pulsars et des quasars pris pour des E.T.

L'exobiologiste reconnaît que les observations sont particulièrement intrigantes et ne possèdent pour le moment pas d'explication dans le cadre des phénomènes naturels connus et compris. Il incite cependant à la prudence rappelant qu'en 1967, lorsque le premier pulsar a été découvert, ses pulsations régulières avaient aussi été interprétées comme la technosignature d'une civilisation E.T. avancée. D'ailleurs, la source radio détectée avait alors été baptisée LGM pour Little Green Men, « petits hommes verts », en anglais. En 1965, des astronomes russes pensaient aussi avoir détecté une civilisation E.T. L'intensité de la source radio CTA 102 variait trop rapidement pour les modèles d'objets de l'astrophysique de l'époque. Nous savons maintenant qu'il s'agissait d'un effet de la physique des quasars.

Il faut donc garder la tête froide avant d'en conclure que des radiotélescopes ont détecté l'ouverture de trous de vers traversables par des E.T. dans la Voie lactée ou des explosions thermonucléaires associées à des vaisseaux spatiaux possédant une propulsion du type de celle envisagée pour le projet Daedalus...

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