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Des traces de vie dans la météorite martienne de Tissint ?

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Presque 20 ans après l'annonce de la découverte de possibles traces de vie dans la météorite martienne ALH84001, une équipe internationale de chercheurs vient de relancer les spéculations. Cette fois, elles viennent de la composition de la météorite de Tissint où de la matière carbonée a été trouvée.

Un fragment de la météorite martienne de Tissint. C'est un exemple de shergottite. © Macovich Collection, Darryl Pitt

En 1996, une équipe de chercheurs de la Nasa faisait une annonce tonitruante. En examinant une météorite d'origine martienne récoltée en 1984 dans les glaces de l'Antarctique, ALH84001, ces scientifiques y avaient vu des structures évoquant des nanofossiles de bactéries. On y trouvait aussi des nanocristaux de magnétite (Fe3O4) et de sulfures de fer ressemblant à ceux synthétisés par des bactéries terrestres dites magnétotactiques. S'y ajoutaient enfin d'autres observations qui laissaient penser que la météorite ALH84001 constituait la première preuve d'une trace de vie sur la Planète rouge, au moins dans un passé lointain. Mais il a fallu déchanter.

Aujourd'hui, l'intérêt pour une preuve de l'apparition de la vie sur Mars issue d'une météorite vient d'être relancé par une publication dans Meteoritics and Planetary Sciences. Elle porte sur des analyses de la météorite de Tissint, une shergottite, c'est-à-dire une représentante d'une des trois grandes classes principales de météorites martiennes (ALH84001 n'en fait pas partie). Elles tirent leurs noms des localités à proximité desquelles des Hommes ont assisté à leur chute : celle observée près du village français de Chassigny en 1815, celle de Shergotty en Inde (1865) et celle de Nakhla, en Égypte (1911). Elles ont donné le qualificatif SNC (les initiales de ces villes) désignant la quinzaine de météorites de ce type ramassées sur Terre.

Une vue d'artiste de l'origine des météorites martiennes tombées sur Terre. Il y a des millions d'années, des impacts de petits corps célestes sur la planète rouge ont éjecté des blocs de roches de sa surface. Ils vont ensuite erré dans l'espace interplanétaire avant d'être attirés par la Terre au hasard des perturbations gravitationnelles et des changements d'orbite.

Une vue d’artiste de l’origine des météorites martiennes tombées sur Terre. Il y a des millions d’années, des impacts de petits corps célestes sur la Planète rouge ont éjecté des blocs de roches de sa surface. Ils ont ensuite erré dans l’espace interplanétaire avant d’être attirés par la Terre au hasard des perturbations gravitationnelles et des changements d’orbite. © DR, 2000 University of Virginia (Department of Astronomy), adapté de Don Davis, Nasa

De multiples raisons conduisent à leur attribuer une origine martienne, à la suite d'impacts d'astéroïdes ou de comètes. Il y a d'abord le fait qu'elles possèdent toutes une composition particulière d'isotopes stables de l'oxygène (17O et 18O) qui les distinguent des autres météorites. Les bulles de gaz incluses ont une composition identique à celle de l'atmosphère martienne mesurée par les sondes Viking en 1976. Surtout, les SNC sont en général des roches qui ont cristallisé à partir de magmas il y a environ 500 millions d'années, voire moins. Les astéroïdes de grandes tailles avaient déjà épuisé leurs réserves d'éléments radioactifs et de chaleur d'accrétion. En dehors de la Terre, seules Vénus et Mars pouvaient donc encore être volcaniquement actives à cette époque, et la gravité de Mars est suffisamment faible pour permettre des éjections de blocs rocheux à la suite d'un impact de petits corps célestes.

Un activité biologique martienne trahie par un isotope du carbone ?

La météorite de Tissint est arrivée sur Terre, plus précisément dans le désert du Maroc, le 18 juillet 2011. Ses fragments ont été analysés depuis par plusieurs laboratoires de par le monde. L'équipe internationale qui l'a étudiée s'est penchée sur la nature et l'origine de la matière carbonée qui emplit des cavités de la météorite. On a pu montrer qu'il ne pouvait pas s'agir d'une contamination d'origine terrestre. Pourrait-il s'agir de traces laissées par une activité biologique sur Mars ? C'est à cette question qu'ont voulu répondre Philippe Gillet, directeur du Laboratoire des sciences de la Terre et des planètes de l'EPFL (École Polytechnique Fédérale de Lausanne), et ses collègues.

Les cosmochimistes sont arrivés à la conclusion que l'abondance d'un isotope de carbone13C, trouvé dans la météorite ne cadrait pas avec l'idée d'infiltration dans les fissures d'un liquide contenant du carbone d'origine non biologique. Elle est en effet nettement inférieure à celle mesurée par les sondes Phoenix et Curiosity dans le gaz carbonique de l'atmosphère de Mars. En revanche, on trouve un désaccord similaire sur Terre entre le charbon et le CO2 de l'atmosphère. D'autres observations soutiennent l'hypothèse que la matière carbonée de Tissint n'est pas d'origine abiotique.

Toutefois, Philippe Gillet tient à modérer l'enthousiasme que peut déclencher cette découverte. Selon le chercheur : « il est délicat d'assener des certitudes, surtout dans un domaine aussi sensible. Je suis ouvert à ce que d'autres études viennent nous contredire. Mais nos conclusions sont toutefois de nature à relancer activement le débat consacré à l'existence possible d'une activité biologique sur Mars, du moins dans le passé ».

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