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Les réponses des candidats à l'élection présidentielle face au déclin de la France en matière de recherche et d'innovation

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Soulignée par de nombreux observateurs et indicateurs, la détérioration importante de la recherche et de l'innovation en France cette dernière décennie n'a guère fait l'objet de débat au cours de cette campagne présidentielle.

Interrogés par l'association Euroscience sur leurs projets dans ce domaine, les candidats à l'élection présidentielle semblent néanmoins être conscients de la situation préoccupante de notre pays.

Les réponses publiées (disponibles de façon intégrale sur le site www.euroscience.org) illustrent cette prise de conscience mais les solutions suggérées varient suivant la sensibilité des candidats. L'intégration de la recherche française dans l'Espace européen de la recherche, pour laquelle milite l'association Euroscience, suscite des réserves chez certains candidats.

En ce qui concerne l'investissement de la France en recherche et développement (public et privé), on peut regretter qu'aucun candidat ne prenne d'engagement ferme pour son quinquennat mais un certain consensus se dégage pour arriver à 3% du PIB (contre 2.17% actuellement après un creux à 2.1% de 1995 à 1999) à l'horizon 2010 (Jacques Chirac, Daniel Gluckstein, Robert Hue, Lionel Jospin, ce dernier grâce à une loi de programmation), François Bayrou ayant lui pour objectif 2.5% à court terme complété d'une « contribution européenne significative ». Pour Jean-Marie Le Pen cependant, le rôle de l'Etat en matière de politique scientifique doit se restreindre aux sciences et technologies militaires tandis que les organismes civils de recherche doivent être réformés en laboratoires autonomes à financement mixte public et privé. La nécessité d'adapter nos structures de recherche publique semble aussi enfin être comprise par la majorité des candidats qui souhaitent favoriser un système de gestion plus souple des laboratoires.

La dégradation de la situation de la France en matière de croissance du nombre de ses chercheurs est principalement abordée sous l'angle du renouvellement des chercheurs partant à la retraite dans les prochaines années : François Bayrou, Jacques Chirac, Robert Hue et Lionel Jospin insistent sur la nécessité d'améliorer l'attractivité des carrières scientifiques, Alain Madelin dénonçant, lui, la faiblesse de la recherche dans les entreprises françaises. Daniel Gluckstein demande un renouvellement intégral des postes de titulaires, Lionel Jospin défend aussi sur la mise en place de son programme prévisionnel pluriannuel de l'emploi scientifique (jugé insuffisant par Jacques Chirac).

Alors que la situation française est peu brillante, combler notre déficit en matière d'innovation est une priorité pour la plupart des candidats. Alain Madelin souhaite notamment une réforme du mécanisme du crédit d'impôt recherche, accompagné dans ce sens par Jacques Chirac qui veut aussi instaurer un statut favorable pour les fondations finançant la recherche. Lionel Jospin propose la création d'une grande agence de l'innovation et d'un crédit d'impôt innovation tandis que François Bayrou prône un plus grand rôle des régions pour faciliter le transfert de technologies vers les entreprises.

L'actuelle crise de confiance de la part du public envers la science trouve une réponse commune pour la majorité des candidats : faire participer les citoyens aux choix des orientations scientifiques du pays et encourager les scientifiques à aller à la rencontre du public, le politique devant néanmoins pour Christine Boutin, garder le contrôle des orientations de la recherche. Au niveau national, Lionel Jospin et Jacques Chirac proposent aussi de renforcer l'Office Parlementaire des Choix Scientifiques et Technologiques. S' agissant de la scène européenne, le rôle du Parlement européen comme lieu privilégié du débat démocratique sur les orientations est souligné par Lionel Jospin, tandis que Jacques Chirac souhaite que le Parlement européen exerce « un véritable contrôle » sur la recherche européenne.

On observe en revanche un clivage important entre les candidats quant au rôle de l'Europe dans la recherche. François Bayrou et Lionel Jospin s'adressent à la Convention pour garantir une politique scientifique efficace de l'Union européenne. François Bayrou est particulièrement favorable au développement de l'Espace Européen de la Recherche (EER) qu'il souhaite être étendu à l'innovation et qu'il considère être une réponse à la puissance américaine. Egalement favorables à cette initiative, Jacques Chirac et Lionel Jospin, ce dernier privilégiant les efforts à conduire en faveur de la mobilité des chercheurs. Beaucoup plus critique, Jean-Marie Le Pen dénonce le projet de directive européenne sur les brevets logiciels, mais soutient en revanche le projet Galileo de positionnement par satellites. Daniel Gluckstein est hostile à l'EER qu'il voit comme une menace pour le système de fonction publique français dans la recherche.

Enfin, différentes mesures pour favoriser la collaboration scientifique internationale sont proposées par les principaux candidats. Ainsi, Jacques Chirac comme Lionel Jospin préconisent l'utilisation des fonds structurels ou de la Banque Européenne d'Investissement pour aider la recherche dans pays d'Europe centrale qui vont intégrer l'Union Européenne dans quelques années. Encourager l'accueil d'étudiants et les échanges universitaires avec les pays émergents ou en voie de développement figure aussi au programme des candidats, sans qu'aucun objectif budgétaire chiffré ne soit cependant proposé, Lionel Jospin insistant aussi sur le développement de la recherche sur les maladies associées à la pauvreté.

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