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Heurs et malheurs du métier de chercheur (par Axel Kahn)

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Quel contraste entre les réponses des internautes d'Expression Publique et la situation que vivent les chercheurs aujourd'hui.

Les chercheurs sont très utiles ou assez utiles pour 98% des internautes. Ils sont 76% à placer la recherche parmi les quatre professions dotées du plus grand prestige. Ce sont encore les métiers de la recherche qui, pour 56% des personnes, l'emportent quant à l'épanouissement personnel qu'ils permettent. Il n'est donc pas étonnant que 59% des suffrages s'accordent pour penser qu'il est urgent de revaloriser cette profession.

En parfaite concordance avec ce jugement extrêmement positif porté sur l'activité de recherche, 52% des sondés mettent l'esprit d'initiative et la capacité de travail en tête des éléments nécessaires pour bien réussir sa vie professionnelle, et identifient le manque de reconnaissance comme la difficulté principale que l'on rencontre dans sa vie professionnelle.

Pourtant, ce métier de chercheur, bénéficiant d'une vision si flatteuse dans l'opinion, est aujourd'hui plongé dans une crise profonde dont témoigne le mouvement de protestation sans précédent dans lequel se sont engagés les personnels de la recherche en France. Le nombre de jeunes se destinant à des carrières scientifiques décroît continuellement ; parmi eux, ceux qui s'orientent vers les métiers de la recherche sont de plus en plus rares.
Pour tout aggraver, plus de la moitié des jeunes chercheurs parachevant leur formation à l'étranger choisissent, souvent la mort dans l'âme, de ne pas rentrer dans leur pays, car ce dernier ne leur donne pas la possibilité de poursuivre leur recherche dans de bonnes conditions. Les causes de ce phénomène sont multiples, culturelles et conjoncturelles.

Sur le plan culturel, les valeurs morales a priori positives de l'investigation scientifique sont aujourd'hui beaucoup plus discutées que dans le passé. De plus, dans une société où la réussite personnelle est de plus en plus souvent évaluée à l'aune de sa dimension financière et de l'accès aux loisirs qu'elle ménage, la recherche est à l'évidence, aujourd'hui, l'un des plus mauvais moyens pour y parvenir.

Sur le plan conjoncturel, en contradiction totale avec l'appréciation de l'opinion sur le métier de chercheur, les gouvernements français successifs, et en particulier celui en charge des affaires en ce moment, ont semblé s'ingénier pour tarir plus encore les vocations pour les métiers de la recherche : diminution des crédits, des efforts d'équipement à l'exception de quelques grands domaines prioritaires, suppression de nombreux postes statutaires remplacés par des contrats précaires rémunérés de façon misérable, etc..

Et pourtant, les internautes ont raison. Si on leur en donne le moyen, les jeunes s'engageant dans la recherche y trouveront la capacité de s'épanouir, en développant une activité créative dans une atmosphère de liberté. Ils aboutiront ainsi à des connaissances dont certaines, selon leur nature et l'engagement des scientifiques, pourront constituer des moyens supplémentaires de développement économique, ou/et permettre la manifestation d'une solidarité active envers ceux qui en ont besoin.

Réaction pour le site Expression publique

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