Au premier plan, Günther Plass, juste derrière lui le prix Nobel Jerome Friedman et, au-dessus de lui, en partant de la gauche les prix Nobel Lederman et Veltman. Crédit : Cern

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12 Nobel au Cern pour les 50 ans du PS : épisode 2

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Suite de notre saga sur le cinquantenaire du premier grand accélérateur de protons du Cern, le Proton Synchrotron (PS), et du colloque qui a réuni pour l'occasion prix Nobel de physique. Aujourd'hui, des vidéos... C'est l'occasion de (re)découvrir les coulisses et les anecdotes de la physique nucléaire des dernières décennies.

Le colloque a démarré dans l'après-midi du 3 décembre par une présentation du directeur général actuel du Cern, Rolf-Dieter Heuer. « Je n'espère pas, je sais qu'il sera très passionnant » a-t-il affirmé d'emblée. Suit une revue des accomplissements des semaines passées au LHC, avec pour titre : « Le LHC est de retour » . Elle laisse ensuite la place à la présentation de Jack Steinberger.

Ce physicien a reçu son prix Nobel pour ses contributions à la création de faisceaux de neutrinos et à la découverte du neutrino muonique en 1988. Bien qu'ayant débuté sa carrière aux Etats-Unis, il a été membre du Cern depuis 1968. Jack Steinberger a donc suivi de près les contributions du laboratoire européen à la physique des hautes énergies et connaît bien les hommes qui se sont succédé au Cern.

C'était en particulier le cas de Jacques Prentki, dont le décès à l'âge de 89 ans, quelques jours avant le dimanche 29 novembre 2009, affectait clairement Steinberger qui s'excusa de ne pouvoir rester bien longtemps.

Cliquer pour agrandir. De gauche à droite Jerome Friedman, Jack Steinberger, Gerardus 't Hooft. Crédit : Cern-Jean-Claude Gadmer

Parmi ses souvenirs, Steinberger, avec beaucoup d'humilité, n'hésite pas à dire que qu'il ne doit probablement son prix Nobel qu'au décès prématuré d'André Lagarrigue en 1975. Ce chercheur français s'était beaucoup investi dans la création de ce qui était sans doute la plus grande chambre à bulles de l'époque. Elle avait été nommée Gargamelle et, à l'aide de cet instrument, Lagarrigue a joué un rôle très important dans la découverte des courants neutres prédits par la théorie de Glashow-Salam-Weinberg (GSW), pendant les années 1972 à 1974. A l'époque, Steinberger lui-même était incrédule et il avait même parié contre l'existence des courants neutres, dont la prédiction découle de l'existence du fameux boson intermédiaire neutre Z0 permettant à des neutrinos d'interagir.

C'est la découverte de ces courants neutres qui convainquit tout le monde, ou presque, que la théorie GSW était exacte et qui valut le prix Nobel en 1979 à ses découvreurs. Curieusement, même après l'attribution de ce prix, Weinberg et Salam restaient sceptiques et ne croyaient plus en leur propre théorie !

Il faudra attendre les travaux au Cern des équipes dirigées par Carlo Rubbia et Simon van der Meer pour que les doutes disparaissent complètement.

Günther Plass succède à Steinberger. Il a été membre du Cern pendant 39 ans depuis 1956. Il a dirigé la section consacrée à la physique des neutrinos, celle-là même qui sera utilisé pour la découverte des courants neutres, et il a été de ceux qui ont défini les caractéristiques du LEP. Son exposé retraçait donc les premières étapes de l'histoire du Proton Synchrotron qui, pour lui, remontait bien avant 1959. Il mentionne en effet que c'est le prix Nobel français Louis de Broglie qui fut à l'origine de la proposition de créer un laboratoire européen le 9 décembre 1949 lors d'un congrès à Lausanne.

Un peu plus tard dans l'après-midi vient le tour d'Emilio Picasso qui, s'il n'est pas lui-même un prix Nobel, a été le directeur de projet du LEP, le grand collisionneur d'électrons et de positrons qui occupait le tunnel du LHC et a servi à réaliser des mesures de précision concernant le modèle électrofaible.

La Lune, les trains et la bière...

Il aime à rappeler une discussion qu'il avait eu en juin 1987 avec Jacques Chirac alors qu'une une partie du tunnel du LEP venait d'être terminée. A l'époque Premier ministre, Chirac était en visite au Cern en compagnie du Président suisse Pierre Aubert. Il avait demandé quand la machine serait prête et Picasso lui avait répondu : « le 14 Juillet 1989 pour le deux centième anniversaire de la prise de la Bastille », ce à quoi Jacques Chirac avait répondu : « très bien ». Les collègues de Picasso se demandaient alors s'il n'était pas devenu fou. En effet, aucune date n'avait été fixée et ils étaient prêts à parier que cette échéance, trop rapprochée, ne pourrait pas être respectée. Pourtant, un premier faisceau fit bel et bien le tour de l'anneau du LEP à 11 heures 00, le 14 juillet 1989.

Cliquer pour agrandir. Steve Mayer. Crédit : Cern-Jean-Claude Gadmer

La suite du symposium est devenue plus drôle avec les souvenirs de Steve Myers, le directeur des accélérateurs du Cern qui lui aussi a joué un grand rôle dans le fonctionnement du LEP et aujourd'hui du LHC. On a ainsi appris que les faisceaux d'électrons et de positrons circulant dans le LEP ont été perturbés par un courant électrique à l'origine inconnue. Il était dû à la présence du TGV passant non loin du tunnel du LEP. Depuis la surface, la ligne ferroviaire induisait en effet des courants telluriques passant à l'intérieur de l'anneau du LEP. L'influence des marées terrestres, déformant le sol et modifiant la longueur de l'anneau, a aussi été constatée.

L'incident le plus insolite eut lieu lors des tentatives consistant à faire circuler les faisceaux plusieurs fois. Les protons refusaient de faire plus de 15 tours. Le problème a été localisé dans le tube où circulaient les faisceaux. L'équipe d'intervention a découvert... deux bouteilles de bières vides de marque Heineken ! Peu de temps après, une publicité anglaise titrait même en référence à l'incident  : « Heineken, la bière qui peut aller là où aucune autre ne le peut ».

Vidéo 1

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