Un échantillon de verre libyque. Son origine fait débat depuis longtemps, mais il semblerait bien aujourd'hui qu'il soit dû à l'explosion d'un astéroïde ou d'une comète entrée dans l'atmosphère de la Terre il y a 29 millions d'années environ. © L. Carion, www.carionmineraux.com

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Une chute de météorite est à l'origine du mystère du verre jaune dans le désert

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Le verre libyque est une roche naturelle que l'on trouve dans le désert, principalement en Égypte. Il est très probablement le produit de la chaleur dégagée par l'arrivée d'un corps céleste. On pense maintenant que cette chaleur a bien été produite par la formation d'un cratère d'impact et non par un événement similaire à celui de la météorite de Tcheliabinsk.

Comme son nom ne l'indique pas, la « Grande mer de sable » du désert libyque se situe principalement en Égypte, et déborde seulement en Libye, au Soudan et au Tchad. On y trouve une région ovale d'environ 130 km d'extension nord-sud (latitudes N 25°02' - N 26°13') et de 50 km d'ouest en est (longitudes E 25°24'- E 25°55'). Elle est célèbre dans le monde des passionnés de météorites car on peut y découvrir des échantillons d'une roche étrange de couleur jaune à vert clair, d'aspect plus ou moins transparent, dénommée « verre libyque ».

Depuis près d'un siècle, ce verre intrigue des naturalistes, comme Théodore Monod, et de bonnes raisons laissent penser que, tout comme le fer de la dague de Toutankhamon, il a une origine météoritique bien qu'elle soit indirecte. D'ailleurs, le verre libyque était connu du temps des pharaons notamment parce qu'il a été utilisé pour confectionner le scarabée qui orne le pectoral de Toutankhamon (né vers -1345, mort vers -1327). En fait, il était visiblement employé par les Hommes depuis plus longtemps que cela, car de nombreux sites de taille de verre libyque sont associés à la présence d'outils préhistoriques du Néolithique (9.000 avant notre ère), lorsque qu'il y avait alors un Sahara « vert » avec des rivières et des lacs poissonneux, et que des Hommes y habitaient entourés d'éléphants et d'hippopotames.

Le verre libyque est composé à 98 % de silice et 2 % d'alumine, et contient quelques traces d'oxyde de fer, de titane et de zirconium. C'est la méthode du potassium-argon qui a permis de le dater mais surtout la méthode des traces de fission. On obtient alors des âges allant de 29,5 à 28,5 ± 0,4 millions d'années environ. Plusieurs théories expliquant son origine ont été proposées que l'on peut rassembler en deux classes : celle faisant intervenir des phénomènes bien terrestres et celle faisant intervenir la chute d'un petit corps extraterrestre, météorite ou comète.

Extrait de l'émission Catastrophe imminente, impact de météorites. Le météore de Tcheliabinsk aurait pu causer d'importants dégâts comme en témoignent les cratères laissés par les impacts d'autres météores. Mais les forces exercées sur l'objet céleste l'ont fait imploser dans l'atmosphère.© Nat Geo France

Une explosion de 100 mégatonnes de TNT ?

C'est cette dernière hypothèse qui l'a finalement emporté mais la discussion se poursuit toujours pour savoir si le verre libyque est le produit de la fusion de roches terrestres lors de la formation d'un cratère d'impact ou simplement le produit du rayonnement d'un corps céleste ayant explosé dans l'atmosphère. Dans ce dernier cas, les chercheurs font état de l'équivalent de la fameuse explosion de la Toungouska en 1908, et plus récemment de celle de la météorite de Tcheliabinsk. Il en aurait résulté une boule de feu analogue à celle d'une explosion nucléaire dont les radiations thermiques auraient chauffé le sable du Sahara pour former ce verre comparable à la trinitite, une roche créée par l'exposition d'un sable aux radiations d'une explosion atomique.

Mais la puissance de l'explosion à l'origine du verre libyque, 100 mégatonnes, devait être bien supérieure à celle de juin 1908 -- dont l'énergie a été estimée, quant à elle, à 5 mégatonnes de TNT, soit l'équivalent de 600 bombes de type Hiroshima, -- et a fortiori à celle du 15 février 2013, au-dessus de la ville russe de Tcheliabinsk, qui était d'environ 30 bombes, là aussi, de  type Hiroshima.

Aucun cratère d'impact de l'âge du verre libyque n'a été retrouvé qui pourrait être associé à sa formation mais le débat vient sans doute d'être relancé avec un article publié dans le célèbre journal Geology et provenant de deux chercheurs, Aaron Cavosie, de l'Université Curtin aux USA, et Christian Koeberl, du musée d'histoire naturelle de Vienne.

Ils ont examiné des grains de zircon présents dans des échantillons de verre libyque pour en déduire qu'ils avaient temporairement changé de phase pour devenir un type de minéral appelé reidite. Il est nommé d'après le scientifique qui l'a créé à haute pression en laboratoire en 1969 pour la première fois, Alan F. Reid. C'est en fait un minéral très rare à la surface de la Terre que l'on ne trouve qu'associé à des impacts de corps céleste.

Ce passage des zircons dans leur phase transitoire correspondant à la reidite, avant de revenir à leur état initial, ne serait pas possible avec les pressions prédites par l'hypothèse d'une explosion dans l'atmosphère. On aurait donc enfin tranché entre les deux hypothèses mais gageons que les chercheurs ne seront convaincus que lorsqu'on aura identifié sans ambigüité un astroblème de 29 millions d'années dans la région de la « Grande mer de sable » du désert libyque .

  • La « Grande mer de sable » du désert libyque, située principalement en Égypte, est célèbre dans le monde des passionnés de météorites qui y découvrent des échantillons d’une roche étrange d’aspect jaune à vert clair, plus ou moins transparente.
  • Il s’agit du verre libyque. Ce verre naturel employé déjà à l'époque des pharaons a très probablement été le produit de la chaleur dégagée par l'arrivée d'un corps céleste il y a environ 29 millions d'années.
  • On pense maintenant que cette chaleur a bien été produite par la formation d'un cratère d'impact et non par un événement similaire à celui de la météorite de Tcheliabinsk : dans les zircons prisonniers du verre libyque, se trouvent des traces de hautes pressions produites uniquement par la formation d'un tel cratère qui reste à découvrir.
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