Le dernier selfie de Curiosity en date. Images assemblées prises par une belle après-midi martienne le 23 janvier 2018. © Nasa, JPL-Caltech, MSSS

Sciences

Curiosity nous offre son dernier selfie et un superbe panorama de Mars

ActualitéClassé sous :mars , mont Sharp , sous-sol martien

Curiosity nous a envoyé un nouveau selfie. Il vient d'être réalisé sur le flanc nord de la montagne qu'il escalade. Depuis ces hauteurs, le rover en a profité aussi pour capturer un splendide panorama. C'est la première fois que le robot se retourne pour contempler ce paysage. Au loin, les remparts du cratère où il se trouve et, dans la plaine, on peut voir tous les sites qu'il a visités depuis son arrivée sur Mars, il y a cinq ans et demi.

Sur Mars, à une centaine de millions de kilomètres de la Terre, l'infatigable Opportunity a fêté, le 25 janvier dernier, son quatorzième anniversaire d'exploration dans la région de Terra Meridiani — 45 kilomètres ont déjà été parcourus en 4.836 jours martiens. Une prouesse ! Presque à la même latitude, mais à 8.400 kilomètres de là, Curiosity poursuit de son côté l'ascension du mont Sharp, édifice de 5.500 mètres de haut qui campe au centre du cratère Gale (154 kilomètres de diamètre) où le rover d'une tonne a atterri voilà maintenant cinq ans et demi. Les deux astromobiles se portent bien et, chemin faisant, prolongent leurs missions d'investigations des roches martiennes.

Il y a quelques jours, Curiosity a transmis aux équipes qui le pilotent et prennent soin de lui, un nouvel autoportrait. Le tableau se compose de dizaines de photos indépendantes assemblées qui ont été prises durant la journée du 23 janvier avec la caméra Mahli (Mars Hands Lens Imager) sur son bras articulé. On peut admirer le rover poser sur la crête Vera Rubin où il séjourne depuis plusieurs semaines. Juste derrière lui, un terrain en pente riche en argile que les « scientifiques sont impatients de commencer à explorer », écrit la Nasa. Il est prévu qu'il s'y rende au cours des prochaines semaines. Tout au fond, derrière le rover, on reconnaît le sommet du mont Sharp qu'il atteindra, qui sait, peut-être un jour.

Curiosity sur le site Vera Rubin, le 23 janvier 2018 (sol 1943). Des dizaines d'images assemblées composent ce nouveau selfie. Juste derrière le rover, le site qu'il va bientôt explorer. Tout au fond : le sommet du mont Sharp. Téléchargez l'image en haute résolution ici. © Nasa, JPL-Caltech, MSSS

Un fantastique panorama où l’on retrouve le parcours de Curiosity sur Mars

Depuis les hauteurs de la montagne qu'il arpente (sur le flanc nord), Curiosity jouit d'un point de vue unique sur les paysages qui l'entourent, sur des dizaines de kilomètres à la ronde. Les équipes du rover ont tenu à partager la vue saisissante qui s'étalait devant lui en octobre dernier. Le robot a pris quelques heures pour réaliser ce magnifique panorama avec l'œil gauche de la caméra de son mât (voir ci-dessus). C'était peu avant le solstice d'hiver dans l'hémisphère nord martien. Le temps était au beau fixe, offrant de beaux détails sur les collines lointaines, à plus de 80 kilomètres.

« Même si Curiosity grimpe régulièrement depuis cinq ans, c'est la première fois que nous regardons en arrière et voyons toute la mission en dessous de nous », a commenté Ashwin Vasavada, chercheur de la mission au JPL.

Panorama créé à partir de 16 images prises par la caméra du mât (MastCam) de Curiosity le 25 octobre 2017, depuis le site Vera Rubin, sur le flanc nord du mont Sharp. Le rover balaie la frontière sud-ouest (à gauche) aux bords nord-est (à droite) du cratère Gale où il a atterri en août 2012. Depuis ce point de vue, le rover embrasse tous les sites qu’il a visités dans la plaine et sur les premiers contreforts de cette montagne. © Nasa, JPL-Caltech, MSSS

Tout au fond, à l'arrière-plan, on aperçoit dans des tons éthérés, les remparts nord de l'immense cratère d'impact formé il y a plus de 3,6 milliards d'années. Plus près, dans la plaine — les recherches de Curiosity ont révélé qu'il s'agit d'un ancien lac —, on aperçoit les principaux sites que le rover a visités depuis son arrivée le 6 août 2012. 18 kilomètres ont été parcourus depuis le site d'atterrissage et l'astromobile s'est élevé de 327 mètres. Sur ces images, la balance des blancs a été travaillée de façon à obtenir un rendu des roches comme elles nous apparaîtraient de jour, sur Terre (ce qui facilite le travail des géologues).

Un panorama exquis que vous pouvez retrouver ici en haute résolution et avec un luxe de détails. On a littéralement l'impression d'y être, de sentir les rayons du Soleil d'hiver et une légère brise martienne... Des paysages transformés depuis des milliards d'années par les alizés et aussi, dans la jeunesse de la planète, par l'eau. Vous pouvez également télécharger une version avec tous les sites visités par le rover annotés ici.

Pour en savoir plus

Curiosity : un étonnant selfie sur un sol très hydraté

Article de Xavier Demeersman publié le 26 août 2015

Curiosity s'est offert un nouvel autoportrait qui combine une mosaïque d'images prises la veille du troisième anniversaire de son arrivée sur Mars, dans le cratère Gale. Le site de Marias Pass, où il était ces dernières semaines, sur les flancs du mont Sharp, témoigne d'un taux d'hydrogène et de silice plus élevé que dans les autres endroits visités par le rover. Il s'agit de précieux indices de matériaux hydratés témoignant de l'histoire passée de Mars et que les planétologues espèrent bien déchiffrer.

Le 6 août 2015 marquait le premier anniversaire de la sonde européenne Rosetta autour du noyau de la comète Tchouri, une semaine tout juste avant son passage au périhélie. À quelques millions de kilomètres de là, Curiosity fêtait seul sur Mars le troisième anniversaire de son débarquement à l'intérieur du cratère Gale. La veille, lors du sol 1.065 (1.065e jour martien), le rover américain s'est livré à un méticuleux autoportrait ou selfie.

Le tableau final réunit pas moins de 92 images brutes individuelles capturées durant une heure avec la caméra Mahli (Mars Hand Lens Imager), installée au bout de son bras articulé. Elles sont visibles, séparément, au sein de la galerie dédiée du site de la Nasa. Par ailleurs, l'excellent blog d'Emily Lakdawa (journaliste à la Planetary Society) offre de les découvrir toutes ensemble, réunies en une seule image non traitée et non combinée. Une vidéo très intéressante, visible sur YouTube, illustre la méthode employée pour acquérir cette mosaïque d'images - une méthode également employée par le rover au début de son séjour sur Mars. Comme l'explique la Nasa dans son communiqué, avant d'envoyer les instructions, des essais furent réalisés au préalable dans un studio-laboratoire sur Terre, avec la doublure de Curiosity (à voir ici). Bien sûr, le bras robotisé n'apparaît pas mais on voit toutefois son ombre projetée sur le sol poussiéreux de la Planète rouge.

Image composite de 92 photos individuelles prises le 5 août 2015 avec la caméra Mahli, installée au bout du bras articulé. Le rover est juché sur une petite colline, où il a foré deux trous (les taches grises). Derrière lui, le mont Sharp, à gauche, et, à droite une partie des remparts ouest du cratère Gale. L’image en très haute résolution est téléchargeable ici (2,23 Mo). © Nasa, JPL-Caltech, MSSS

Cet autoportrait du 5 août est le cinquième réalisé sur un site de collecte d'échantillons. Les trous que l'on distingue devant le rover ont été forés dans une roche baptisée « Buckskin ». L'image s'inscrit dans la lignée des selfies des sites « Rocknest », « John Klein », « Mojave » et « Windjana ». Pour celui-ci, le rover faisait face au nord-est. À l'arrière-plan, derrière lui, on aperçoit à gauche, au sud de sa position, la silhouette du mont Sharp (5,5 km d'altitude) - qu'il a commencé de gravir en septembre 2014 - et, à droite, en direction de l'ouest, une partie des parois rocheuses qui entourent ce vaste cratère d'impact de 155 km de diamètre.

Un taux élevé d'hydrogène et de silice

Curiosity a grimpé une petite colline d'environ 6 mètres de hauteur et effectué son septième forage à son sommet le 30 juillet dernier (sol 1.060). Le site nommé « Marias Pass » (« le col de Marias ») a particulièrement attiré l'attention des scientifiques de la mission. En effet, en passant dans les parages le 21 mai, l'instrument Dan (Dynamic Albedo of Neutrons) avait détecté en mode passif un taux plus élevé qu'ailleurs d'hydrogène dans le sol. Quant aux tirs laser réalisés avec ChemCam, ils ont révélé un niveau important de silice. En faisant un détour sur son chemin à travers les contreforts de cette montagne échafaudée d'empilements de couches sédimentaires, les chercheurs ont donc eu une nouvelle occasion d'étudier un environnement à la jonction de deux couches. Quelques mois auparavant, le rover avait observé, et même foré, dans cette formation sur le site Pahrump Hills. Pour les planétologues, il est important de comprendre quelles étaient les conditions qui régnaient alors dans cette région pour qu'une modification de la composition des sols ait pu être opérée, marquant ainsi une transition.

Version interactive du dernier selfie de Curiosity sur un site de collecte d’échantillons, pour découvrir les paysages qui entourent le rover, actuellement en train de gravir pas à pas les flancs du mont Sharp. La vue à 360° permet de découvrir son environnement proche ou lointain. © Nasa, JPL-Caltech, MSSS, D. Bouic via Emily Lakdawalla

La silice contient du silicium et de l'oxygène que l'on retrouve abondamment sur Terre dans plusieurs minéraux, comme le quartz. L'abondance d'hydrogène est interprétée comme des ions hydroxyles (OH-) issus de l'eau et liés aux roches. Autant de marqueurs signalant la présence de matériaux hydratés comme l'ont confirmé les passages de Dan en mode actif. « Jusqu'à un mètre en dessous du rover, le sol présente dans cette région trois ou quatre fois plus d'eau que n'importe quel site sur lequel Curiosity a roulé durant ses trois années sur Mars », souligne à ce propos le responsable de l'instrument, Igor Mitrofanov de l'institut de Recherche spatiale de Moscou.

Enfin, on peut se réjouir que les forages aient pu être exécutés sans problèmes de courts-circuits, à l'inverse de ce qui s'était produit en février dernier, à l'occasion d'un transfert d'échantillons réduits en poudre à Pahrump Hills. Curiosity a repris la route le 12 août après plusieurs semaines passées dans cet environnement inédit et avec un échantillon en cours d'analyse. Le 18 août, il avait déjà parcouru 132 mètres.

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