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Les "piliers de la création" revisités par Hubble

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Le télescope spatial Hubble qui fêtera en avril prochain sa 25e année en orbite terrestre a revisité l'un des portraits les plus populaires de sa carrière : les « piliers de la création ». Dressés au sein de la nébuleuse de l'Aigle (M16), ceux-ci sont dépeints à présent dans le visible et le proche infrarouge à travers la caméra WFC3 installée en 2009. Ces grandes masses de gaz et de poussières où se cachent de jeunes étoiles sont en réalité de véritables piliers de la résistance en proie au rayonnement ultaviolent des étoiles massives environnantes.

Les « piliers de la création », au centre de la nébuleuse de l’Aigle, revisités par Hubble dans le visible et le proche infrarouge, 19 ans après la première version devenue très célèbre. L’acuité exceptionnelle du télescope spatial nous livre des détails stupéfiants de ces donjons de gaz et de poussières bombardés par le rayonnement et le souffle des étoiles massives de l’amas d'étoiles situé à proximité. Les chercheurs qui étudient ces structures en proie à l’érosion peuvent observer ce qui se trame au plus profond des piliers. © Nasa, Esa, Hubble, the Hubble Heritage Team

Parmi les innombrables images produites par le télescope spatial Hubble celle qui nous faisait découvrir les entrailles de la nébuleuse de l'Aigle (Messier 16) en 1995, est sans aucun doute l'une des plus populaires. Impossible d'ailleurs que votre regard ne l'ait pas déjà croisé un jour, au détour d'une librairie, à la télévision, en couverture d'un magazine, dans un film ou un documentaire, sur un poster, une affiche, un emballage voire même sur un t-shirt... Très photogénique, elle a en effet fait plusieurs fois le tour du monde et témoigne d'une indéniable cosmétique du cosmos.

 « Piliers de la destruction »

Surnommé dès sa publication « les piliers de la création », le tableau nous invite dans l'intimité d'un nuage de gaz et de poussières bousculé par le rayonnement violent d'une assemblée d'étoiles massives. La scène qui se déroule à quelque 6.500 années-lumière de la Terre, dévoile plutôt des « piliers de la destruction », comme le font remarquer les chercheurs qui ont participé à la réalisation de cette nouvelle image composite d'Hubble, publiée le 5 janvier.

Près de vingt ans après la première visite, cette nouvelle version nous fait découvrir avec plus de détails que jamais ces structures emblématiques, au cœur de la nébuleuse de l'Aigle qui s'étend dans la Voie lactée, en direction de la constellation du Serpent (Serpens Cauda). En transition, « elles (les structures) se désagrègent sous nos yeux » commente Paul Scowen qui, avec son ancien collègue de l'Université de l'état d'Arizona, Jeff Hester, avait mené les observations de 1995. « Nous les photographions à un moment unique et court de leur évolution. »

En comparant l’image composite de 2014 avec celle réalisée en 1995, les astronomes ont relevé des changements dans certaines régions comme l’expansion, à plus de 724.000 de km/h, de ces jets de gaz sur environ 9 années-lumière (près de 100.000 milliards de km). © Nasa, Esa, the Hubble Heritage Team (STScI/AURA)

Scène d’érosion

La vision pénétrante de la caméra WFC3 (Wide Field Camera 3), installée en 2009 sur le télescope spatial, nous fait découvrir dans les longueurs d'onde visible et proche infrarouge, l'effervescence qui règne dans ce milieu et dévoile aussi les jeunes étoiles enfouies dans ces grands piliers de gaz, forteresses ou donjons désormais fantomatiques, abîmés et torpillés par leurs aînées du voisinage. Ces turbulentes étoiles massives situées pour la plupart hors-champ, sont nées il y a seulement quelques dizaines de millions d'années et sont encore lovées dans leur nid. Elles n'ont de cesse de tempêter dans toutes les directions et d'agresser leur matrice. Plus denses, les sommets des trois piliers continuent de résister tant bien que mal à leur souffle fulgurant. « [Ils] sont ionisés, un processus par lequel les électrons sont arrachés des atomes et chauffés par le rayonnement de ces étoiles, décrit Scowen  et ensuite érodés par les puissants vents stellaires de particules chargées, lesquels "karcherisent" littéralement le sommet de ces piliers ».

Une situation et un environnement comparable à celui qu'a certainement connu ailleurs, dans sa jeunesse, notre Soleil et toutes les autres étoiles nées autour de lui, voici plus de 4,5 milliards d'années. Comme en témoignent certaines inclusions riches en aluminium et en calcium (Calcium Aluminum-rich Inclusions) retrouvées par exemple dans la météorite d'Allende, une supernova avait précédé sa genèse. Ce type d'événement est l'apanage des essaims d'étoiles massives comme celui qui déchire actuellement le placenta de la nébuleuse de l'Aigle. C'est pourquoi cette scène qui se joue près de chez nous reflète les conditions qui régnaient jadis dans la nébuleuse présolaire.

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