Une petite population sibérienne a colonisé l'Amérique il y a 12.000 ans. © Adobe Stock
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La colonisation de l'Amérique par l'Homme racontée par des bactéries

ActualitéClassé sous :homme préhistorique , bactéries , histoire des migrations

Si l'Homme moderne est venu d'Afrique, comment savoir, lorsque les fossiles ne suffisent pas, quelles sont les routes qu'il a empruntées pour coloniser les terres émergées de la Planète ? Il est pour cela possible d'analyser les souches bactériennes des populations humaines pour comprendre quel fut le périple de nos ancêtres.

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Les bactéries sont souvent perçues négativement par l'être humain, or notre survie dépend largement de certaines d'entre elles qui constituent notamment notre microbiote intestinal et peuvent représenter jusqu'à 2 kg de la masse totale d'un adulte. La composition des flores bactériennes varie d'un individu à l'autre en fonction, par exemple, du régime alimentaire, mais aussi de la population humaine au sein de laquelle elle est présente.

Une équipe de chercheurs de l'Université de Venda, en Afrique du Sud, menée par le professeur Yoshan Moodley s'est intéressée aux séquences génétiques de la bactérie Helicobacter pylori, car elle est présente dans l'estomac de la moitié de la population humaine actuelle ; l'objectif étant de trouver l'origine de la colonisation de l'Amérique du Nord par l'Homme. Les auteurs de l'étude publiée dans PNAS le 14 Juin ont mis en évidence une nouvelle sous-population de cette bactérie en Sibérie. Ils se sont appuyés sur une base de données existante contenant les séquences génétiques de H. pylori et sur une méthode statistique comparative pour résoudre l'énigme de la première arrivée de l'Homme moderne aux Amériques.

Les chercheurs montrent aujourd'hui que l'une des populations de bactéries présente chez un peuple indigène en Amérique était courante sur une large échelle chez les humains de Sibérie. Cette découverte suggère donc que la population américaine en question a une origine sibérienne. Les modèles génétiques fournissent également un scénario de colonisation qui aurait probablement consisté en un seul événement migratoire il y a 12.000 ans.

Helicobacter pylori est une bactérie vivant dans l'estomac de la moitié de la population humaine mondiale et qui a différents génotypes en fonction des populations qu'elle colonise. © Yutaka Tsutstumi, Wikipedia, DP

L'ère glaciaire propice aux migrations humaines

Les auteurs rappellent que l'Homme moderne est apparu en Afrique et qu'un petit groupe a quitté ce continent il y a environ 60.000 ans pour s'établir en Eurasie. Près de 50.000 ans plus tard, au terme de l'ère glaciaire, l'Homme moderne avait déjà atteint le continent américain et parcouru le plus long trajet possible, s'il a été fait à pied, depuis l'Afrique. Il est aujourd'hui, impossible d'effectuer ce voyage en marchant, mais il y a 12.000 ans la Terre était entrée dans une période de glaciation, ce qui implique que la quantité d'eau gelée aux pôles était beaucoup plus importante que ce que l'on observe aujourd'hui et que le niveau de la mer était au moins 100 mètres plus bas par rapport à celui que l'on connaît actuellement.

La discrète et petite population sibérienne que les auteurs ont identifiée grâce à H. pylori a donc pu emprunter un passage formé par des terres émergées entre l'Eurasie et l'Amérique du Nord. Cette route aujourd'hui disparue leur a permis d'atteindre un territoire vierge de toute occupation humaine et de le coloniser progressivement, donnant ainsi naissance aux Américains indigènes qui le peuplent de nos jours.

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