Elles ne sont bien sûr pas aussi bien dessinées que celle-ci, mais les empreintes de pas vieilles de plus de 6 millions d’années trouvées par des chercheurs du côté de la Crète pourraient être les plus anciennes empreintes d’hominidés jamais découvertes. © tunach17, Adobe Stock
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Ces empreintes de pas de préhumains auraient 6 millions d'années !

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Les chercheurs n'en finissent pas de tenter de démêler l'histoire de nos origines. À partir de quelques ossements. Mais aussi d'empreintes de pas. Et de nouveaux travaux de datation pourraient une fois de plus venir bousculer les choses. Des traces de pas qui pourraient être les plus anciennes empreintes laissées par des hominidés.

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En 2017, une équipe internationale de chercheurs découvrait, près du village de Trachilos, en Crète, des empreintes fossilisées qui ne tarderaient pas à faire parler d'elles. Pas moins d'une cinquantaine de traces de pas qui proviendraient de bipèdes. Plus encore, de mammifères dont les pieds seraient ceux d'hominines. Une première datation leur donnait alors au moins l'âge des empreintes attribuées à Australopithecus afarensis -- les pré-humains de la famille de Lucy -- découvertes en Tanzanie. Au moins 3,5 millions d'années.

Aujourd'hui, les chercheurs annoncent que des méthodes géophysiques et micropaléontologiques leur ont permis de préciser un peu plus l'âge des traces de pas retrouvées en Crète. Elles n'auraient finalement pas moins de... 6,05 millions d'années ! Ce qui en ferait les plus anciennes preuves directes de la présence d'hominidés. Et même si des interprétations différentes ont été proposées, les chercheurs maintiennent qu'aucun argument n'exclut aujourd'hui la possibilité que ces traces aient été laissées par des humains primitifs.

Cette trace de pas dans le sable est vieille de plus de six millions d’années. Elle pourrait être la plus ancienne empreinte d’hominidé jamais découverte. © université de Tübigen

À qui appartiennent ces empreintes ?

Ces empreintes de pas présentent une « boule » sous l'avant-pied et révèlent un gros orteil puissant et des orteils latéraux de plus en plus courts. Une plante de pied plus courte que celle de l'Australopithèque. Une cambrure pas encore prononcée. Et un talon étroit. Des caractéristiques considérées comme uniques aux hominidés combinées avec des traits génériques de primates. Les chercheurs n'excluent pas un lien avec Graecopithecus freybergi, un genre de primates de la famille des hominidés. Une équipe l'ayant localisé auparavant dans des gisements fossiles vieux de 7,2 millions d'années à seulement 250 kilomètres d'Athènes. Or la Grèce continentale était, à cette époque, reliée à la Crète via le Péloponnèse.

Les chercheurs montrent aussi les traces d'une désertification qui, à cette époque lointaine, aurait pu motiver une migration de mammifères européens vers l'Afrique. Y compris de primates. Puis, celui que les chercheurs connaissent sous le nom d'Orrorin tugenensis, considéré comme originaire du Kenya et le plus ancien pré-humain d'Afrique, se serait développé en parallèle d'un pré-humain européen. De quoi remettre une fois de plus en doute la théorie qui situe l'origine des hommes du côté de l'Afrique.

Pour en savoir plus

En Crète, des empreintes de pas remettent en cause l'évolution humaine

De mystérieuses empreintes fossilisées datant de 5,7 millions d'années ont été trouvées en Crète. Selon certains chercheurs, il pourrait s'agir de traces d'hominines. Mais, si tel est bien le cas, il faudrait alors totalement repenser l'origine du genre Homo.

Article de Laurent Sacco paru le 04/09/2017

En Crète, des empreintes de pas remettent en cause l'évolution humaine. Ici, vue générale des 29 empreintes de pas en question. © Trachilos Andrzej Boczarowski

Un article publié récemment dans Proceedings of the Geologists' Association par les membres d'une équipe internationale de chercheurs (essentiellement des chercheurs polonais en géosciences) fait quelques vagues dans le petit monde de la paléontologie. Elle porte sur une découverte dont l'interprétation, si elle venait à être avérée, serait fort intéressante, mais peut-être pas aussi révolutionnaire tout de même (quoique) que la découverte d'Homo naledi ou que celle des restes fossilisés d'Homo sapiens primitifs sur le site de Djebel Irhoud, au Maroc.

Tout commença en 2002, lorsque le paléontologue polonais Gerard Gierlinski tomba par hasard sur ce qui semblait être des empreintes fossiles de mammifères dans une couche sédimentaire, lors de ses vacances en Crète. Le chercheur ne revint vraiment sur le site qu'en 2010 ; c'est alors que des recherches plus approfondies débutèrent dans la région de Trachilos, près de la ville de Kissamos, située à l'ouest de l'île. Une véritable piste, avec 29 traces de pas dont les tailles sont comprises entre 9,9 et 22,3 cm de longueur, fut finalement découverte. Or, selon les chercheurs, ces traces proviendraient de bipèdes et, surtout, de mammifères dont les pieds seraient ceux d'hominines, ce qui les rattacherait directement à nous.

Le lac Assal est une partie du fond de la mer Rouge mais exondé. Il se trouve sur le territoire de Djibouti. © Lucia Pagano

Des hominines qui traversent une Méditerranée à sec ?

Les chercheurs ont bien évidemment voulu dater leur trouvaille. Ils ont été aidés en cela par la présence de foraminifères dans la strate sédimentaire portant les empreintes de pas supputées. Il faut savoir que ces micro-organismes marins évoluent avec le temps, ce qui fait d'eux des marqueurs temporels efficaces pour dater une couche dans laquelle ils se trouvent fossilisés. Dans un premier temps, un âge compris entre 8,5 et 3,5 millions d'années fut ainsi obtenu. Ces traces sont donc au moins aussi anciennes que celles de Laetoli, découvertes en Tanzanie en 1978 et qui sont datées d'environ 3,5 millions d'années (très célèbres, elles sont attribuées aux australopithèques).

Mais comment diable des hominines primitifs de cette époque, tout juste en train de développer des outils rudimentaires, auraient-ils bien pu traverser la Méditerranée ? C'est oublier un peu vite la fameuse crise de salinité messinienne, c'est-à-dire un assèchement important, et peut-être même complet, de cette mer du fait de la fermeture temporaire du détroit de Gibraltar, provoquée par les mouvements de la tectonique des plaques. Transitoire, cet assèchement s'est produit pendant le Messinien, à la fin du Miocène, il y a 5,96 à 5,33 millions d'années. Or, justement, les études stratigraphiques montrent que la couche trouvée en Crète est proche d'une couche repère bien connue de cet évènement. Nous savons donc que les bipèdes ayant laissé ces traces devaient vivre il y a environ 5,7 millions d'années. Une bonne partie de la Méditerranée ressemblait alors à la dépression de l’Afar et le Sahara n'était pas un désert mais une savane africaine.

La Crète n'étant alors pas une île, les traces de Trachilos pourraient bien avoir été laissées par des hominines. Mais certains paléoanthropologues le nient sur la base de la structure de ces empreintes qui, hélas, ne sont pas d'une qualité suffisante pour que le débat soit tranché rapidement. Or, jusqu'à présent, les traces d'hominines datant de plus de 2 millions d'années ont toutes été retrouvées en Afrique. Il faudrait donc en conclure que ces hominines auraient pu s'aventurer au-delà plus tôt qu'on ne le pensait. D'ailleurs, c'est bien ce que certains pensent déjà en se basant sur des découvertes de dents appartenant au grécopithèque (Graecopithecus freybergi) qui, bien que cela soit débattu, pourraient faire de lui l'ancêtre du genre Homo, ce qui bouleverserait nos idées sur nos origines.

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