On estime que 60 millions d'arbres sont tombés à cause du souffle de l'explosion de la Toungouska. La photo a été prise en mai 1929, soit 21 ans après l'explosion. © Leonid Kulik, DP

Sciences

La Nasa dresse le portrait-robot de l'astéroïde de l'évènement de la Toungouska

ActualitéClassé sous :comète , géologie , carbone

Des scientifiques de la Nasa ont étudié en détail l'événement de Tcheliabinsk, survenu en février 2013, afin de mieux comprendre l'explosion de la Toungouska, en 1908, et de déterminer les principales caractéristiques de l'objet à l'origine de cet événement. Ils ont aussi réévalué à plusieurs millénaires, et non plus siècles, l'intervalle moyen entre des impacts d'astéroïdes de ce type avec la Terre.

Il y a 111 ans, le 30 juin 1908 à 0 h 14 TU, a eu lieu en Sibérie centrale, dans la région de la Toungouska, l'une des plus puissantes explosions enregistrées de l'histoire. Selon certaines sources, elle aurait été 1.000 fois plus importante que celle causée par la bombe d'Hiroshima 37 ans plus tard. La terre a tremblé jusqu'à l'observatoire magnétique d'Irkoutsk (magnitude 5), à plus de 1.000 km du site de la déflagration autour duquel 60 millions d'arbres se sont couchés sur une surface de 2.000 km2. Seul un mort a été recensé tant la région concernée est isolée. 

L'évènement Toungouska a cela d'intéressant qu'il est le plus grand impact jamais observé par l'Homme moderne. Il est caractéristique du type d'impact contre « lequel nous aurons probablement à nous protéger à l'avenir », tient à préciser David Morrison, chercheur en sciences planétaires au Centre Ames de la Nasa.

Depuis cette date, plusieurs études ont été engagées pour savoir ce qu'il s'était passé. La première a eu lieu avec une expédition scientifique envoyée sur place en 1927, soit 19 ans après l'événement. À cette époque, aucune trace de météorite n'avait été décelée et beaucoup de scientifiques avaient alors favorisé l'hypothèse de l'impact d'une comète, après avoir écarté d'autres suppositions telles que des événements volcaniques ou miniers. Depuis cette date, les scientifiques ont acquis la quasi certitude que le bolide qui avait percuté la Terre était une météorite et non pas une comète.

Comme les cas d'observations sont heureusement rares, notre compréhension des processus qui déterminent comment des astéroïdes se disloquent et explosent lorsqu'ils entrent dans l'atmosphère en est limitée. Néanmoins, des progrès récents dans la modélisation et l'analyse d'événements comme Tcheliabinsk et autres phénomènes météorologiques, contribuent à améliorer cette connaissance afin de mieux évaluer les menaces potentielles d'astéroïdes dans le futur.

Trace de la trajectoire de la météorite de Tcheliabinsk. © M. Ahmetvaleev, Droits réservés

L'événement de Tcheliabinsk est survenu il y a six ans, le 15 février 2013, à l'est de l'Oural, en Russie. Ce jour-là, un astéroïde de 19 mètres a explosé dans le ciel provoquant une onde de choc qui fit jusqu'à 1.500 blessés et des dégâts matériels très importants. Cette boule de feu très documentée a permis aux chercheurs d'appliquer des techniques modernes de modélisation informatique pour expliquer ce qui était vu, entendu et ressenti. Il a ainsi été possible de déterminer avec précision la taille du bolide, sa trajectoire et sa vitesse d'entrée dans l'atmosphère terrestre. L'interprétation qui en résulte est que Tcheliabinsk était très probablement un astéroïde pierreux de la taille d'un immeuble de cinq étages qui s'est brisé à une quinzaine de kilomètres du sol. Cela a généré une onde de choc équivalente à une explosion de 550 kilotonnes. À la différence de l'explosion de la Toungouska, cette explosion n'a pas été suffisante pour arracher des arbres ou faire tomber des structures en dur. D'après les connaissances actuelles de la population d'astéroïdes, un objet tel que le météore de Tcheliabinsk peut percuter la Terre tous les 10 à 100 ans en moyenne.

S'appuyant sur cette méthode de travail et la technique d'analyse utilisée pour l'évènement de Tcheliabinsk, une étude, menée par le Centre Ames de la Nasa et parrainée par le Planetary Defense Coordination Office, a conclut que l'explosion de la région de la Toungouska provenait d'un objet massif entré en collision avec la Terre. L'objet était un corps tellurique et non pas glacé, mesurant entre 50 et 80 mètres de diamètre. Il est entré dans l'atmosphère terrestre à environ 55.000 km/h et s'est désintégré en libérant l'équivalent d'une quantité d'énergie entre 10 à 30 mégatonnes. Rappelons que la puissance de l'explosion d'Hiroshima a été évaluée à 15 kilotonnes.

Le risque d’un impact similaire repoussé aux calendes grecques

De nouvelles recherches menées par la Nasa indiquent que les collisions d'astéroïdes de ce gabarit avec la Terre sont moins fréquentes qu'on ne le pensait auparavant. Ces études ont été combinées aux estimations les plus récentes de la population d'astéroïdes et les chercheurs ont conclu que l'intervalle moyen entre de tels impacts était de l'ordre de plusieurs millénaires, et non siècles, comme supposé précédemment, sur la base d'estimations antérieures et de tailles plus petites.

Cela dit, si le risque d'un impact potentiellement dévastateur s'éloigne, nous devons rester conscients de ce danger et nous y préparer. Des astéroïdes ont frappé la Terre et d'autres frapperont encore.

  • L'explosion de la Toungouska est une des explosions les plus puissantes enregistrées de l’histoire.
  • Elle a été provoquée par un météorite de 50 à 80 mètres de diamètre.
  • L'intervalle moyen d'un impact entre des astéroïdes de ce gabarit avec la Terre est de plusieurs milliers d'années.
Pour en savoir plus

Le mystère de l'explosion de la Toungouska enfin percé ?

Article de Delphine Bossy, publié le 29/06/2013

Il aura fallu attendre plus d'un siècle pour lever l'incertitude sur l'origine de l'explosion de la Toungouska, l'une des plus importantes de l'histoire. La déflagration, qui s'est propagée sur un rayon d'un millier de kilomètres, est survenue des suites d'une collision avec une météorite, d'après une nouvelle étude. Cette révélation définit l'événement comme la plus grosse explosion de météorite de mémoire d'humain.

Une « cascade de feu », un souffle des centaines de fois plus puissant que celui de la bombe qui a dévasté Hiroshima. Le 30 juin 1908, une mystérieuse explosion a embrasé la forêt sibérienne. La déflagration s'est propagée sur un rayon de plus de 1.000 km, où le panache de fumée a atteint 20 km d'altitude. La terre a tremblé, et 60 millions d'arbres ont été couchés. L'événement s'est produit au centre de la Sibérie, dans la région de la Toungouska où seuls les Toungouzes, peuple nomade d'éleveurs de rennes, foulent la taïga.

Depuis maintenant 105 ans, le mystère plane sur l'origine de l'événement. La région est une taïga, vaste tourbière peu habitée, les témoignages sont donc rares. L'explosion aurait pu être provoquée par une météorite, une comète ou par la foudre. Certains envisageaient aussi la possibilité d'un largage soudain de méthane issu de conduites volcaniques, parmi des théories plus absurdes. La première expédition n'est intervenue qu'en 1927, soit 19 ans après l'événement. À cette époque, aucune trace de météorite n'avait été décelée et beaucoup de scientifiques avaient alors favorisé l'hypothèse de l'impact d'une comète.

L'hypocentre de l'événement de la Toungouska est pointé en rouge sur la carte. Le disque bleu désigne la superficie sur laquelle la déflagration a été ressentie. © Denys, Wikipédia, GNU 1.2

Une comète est principalement constituée de glace, elle est donc parfaitement capable de provoquer une explosion de cette ampleur sans laisser de traces. Par ailleurs, le chercheur Andrei Zlobin a récemment découvert des regmaglyptes qui suggéraient que ces roches avaient traversé l'atmosphère. La densité des roches, voisine de celle de la comète de Halley, appuyait l'hypothèse de l'impact d'une comète. Mais voilà qu'une nouvelle étude, publiée dans la revue Planetary and Space Science, veut trancher la question : selon eux, la catastrophe de la Toungouska a été provoquée par une météorite.

La plus grosse explosion de météorite au monde

L'équipe de scientifiques, menée par le chercheur Victor Kvasnytsya de la National Academy of Sciences d'Ukraine, a collecté des fragments de roche microscopiques piégés dans la tourbe, et plus précisément dans une couche de végétation partiellement décomposée datant de 1905. Ils ont trouvé des agrégats de diamant, de lonsdaléite et de graphite. Ces trois minéraux sont des allotropes du carbone, c'est-à-dire différentes formes cristallines. La lonsdaléite est connue pour se former de façon soudaine sous l'effet d'une onde de choc créée par une explosion, par exemple provoquée par l'impact d'une météorite.

Ces microéchantillons, étudiés en microscopie électronique à balayage (MEB) et en transmission (MET), révèlent même que la lonsdaléite contient de petites incursions de sulfures de fer, d'alliages de nickel et de fer, de troïlite et de taenite, minéraux caractéristiques d'objets célestes tels que les astéroïdes.

Le témoignage des autochtones brossait un tableau de l'explosion des plus apocalyptiques. La boule de feu a traversé le ciel, la déflagration a tout détruit sur son passage et l'onde de choc a mis sur les genoux tout être de la région qui se tenait debout. Les arbres étaient nus et pointaient vers l'extérieur par rapport au point d'impact. Aujourd'hui, c'est officiel, l'explosion de cette météorite de la Toungouska est la plus grosse jamais enregistrée dans le monde.

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