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Y aura-t-il une tempête d'étoiles filantes le 23 mai ?

ActualitéClassé sous :Astronomie , essaim d'étoiles filantes , météorite

Plusieurs spécialistes estiment que la nuit du 23 au 24 mai sera probablement le théâtre d'une exceptionnelle pluie d'étoiles filantes. Les débris essaimés voici plusieurs dizaines d'années par la comète 209P/Linear pourraient en effet s'abîmer dans notre atmosphère. Les moins optimistes prédisent néanmoins une pluie intense, rythmée par la chute de 100 à 400 météores par heure. Un spectacle à ne pas manquer.

Image composite de la pluie annuelle d’étoiles filantes des Lyrides. En moyenne, 18 météores ont été observés chaque heure lors du pic d’activité dans la nuit du 22 au 23 avril. L’essaim météoritique doit son nom au radiant localisé en direction de la constellation de la Lyre. © Yuri Beletsky (via Apod)

La traditionnelle pluie d'étoiles filantes qui parsème d'étincelles les douces soirées autour des 12 et 13 août, œuvre des Perséides, est loin d'être le seul rendez-vous météoritique de l'année à ne pas manquer : les essaims sont nombreux à animer nos nuits chaque mois, à l'instar des récentes Lyrides de la fin avril ou les myriades de Léonides (novembre) et Géminides (décembre). Bien sûr, il arrive que leur activité soit plus faible que prévu, différée de quelques heures, voire favorable aux observateurs situés dans une autre région du monde. Le contraire peut également se produire, pour la plus grande joie de celles et ceux qui se sont préparés à les admirer.

Rappelons que dans chaque cas, il s'agit à l'origine de comètes qui se sont délestées d'une partie de leurs gaz, poussières et petits grains lors de leur approche périodique du Soleil. Aussi la fuite et l'abandon de débris sont-ils inégaux et parents de courants de densité variable. Lorsqu'il arrive que la Terre croise ces essaims, leur chute dans l'atmosphère provoque alors des accès de fièvre météoritiques que l'on aime tant saisir. Bientôt, vraisemblablement dans la nuit du 23 au 24 mai, peut-être essuierons-nous une exceptionnelle tempête d'étoiles filantes. Pourquoi un tel phénomène, et à quoi faut-il s'attendre.

Sur ce diagramme créé à partir des calculs de Jérémie Vaubaillon, on peut distinguer les courants de poussières laissés par les passages successifs de la comète 209P/Linear entre 1803 et 1924. Le trait orange marque l’orbite terrestre et chaque croix la position de notre planète au fil des jours. Les axes sont gradués en unités astronomiques (AU en anglais). © Jérémie Vaubaillon, IMCCE

Les premiers à évoquer la possibilité d'une tempête météoritique à cette date sont des spécialistes internationaux de la question. Dès 2012, Esko Lyytinen, Peter Jenniskens (Nasa) et Jérémie Vaubaillon (Institut de mécanique céleste) ont en effet réalisé, après calculs, que les courants de débris émis par la petite comète 209P/Linear entre 1803 et 1924 devraient en partie pénétrer notre atmosphère au cours de la nuit du 23 au 24 mai. Ces poussières seront si minuscules que seuls les plus gros grains seraient visibles. Aussi, s'ils sont en grand nombre comme le prédisent les chercheurs, nous pourrions alors assister à une véritable tempête météoritique comme nous n'en avons pas vu depuis longtemps...

Pluie ou tempête de météorites ?

Corroborant leurs calculs, d'autres experts tempèrent néanmoins leur optimisme et préfèrent parler d'un pic d'activité entre 100 et 400 météores par heure. En deçà des 1.000 météores par heure pour parler d'une tempête, le pic calculé est tout de même énorme comparé aux illustres Perséides, qui ont coutume de nous émerveiller avec 100 à 150 météores par heure, selon les années. Quoi qu'il en soit, tous préviennent que l'activité reste difficile à anticiper, car les veines de débris de cette comète découverte seulement en 2004 grâce au programme Linear sont encore mal connues. Petite (la taille de son noyau est estimée entre 0,8 et 1 km) et très difficile à observer, sa période orbitale n'est que de cinq ans. Ce 6 mai, l'astre chevelu, paré de sa queue de gaz et de poussières, atteindra sa distance minimale au Soleil, ou périhélie, laquelle est de 145 millions de kilomètres (soit 0,9 UA, une distance presque égale à celle qui nous sépare de notre étoile). Le 29 mai, elle ne sera qu'à 8,2 millions de kilomètres, soit 0,0554 UA, de la Terre.

Portrait de la comète-parent 209P/Linear réalisé le 14 avril par le télescope Liverpool installé à l’observatoire de La Palma, aux Canaries. Bien que proche de son périhélie, qui a lieu le 6 mai, la petite comète brillait avec une magnitude de 17. Sa période orbitale est de cinq ans. © E. Guido, N. Howes, B. Mueller, M. Nicolini, N. Samarasinha (via remanzacco.blogspot.fr)

Si son activité se confirme, l'essaim devrait avoir pour radiant la Girafe (Camelopardalis), petite et délicate constellation proche du pôle nord céleste, coincée entre Cassiopée et la Grande Ourse. Cette position circumpolaire est très profitable aux observateurs de l'hémisphère nord et garantit une visibilité pour toute la nuit. En outre, la Lune ne représentera aucun gêne, car le fin croissant, en conjonction avec l'étincelante Vénus, ne se lèvera pas avant 4 h 30. Afin d'optimiser la contemplation, il ne  restera plus qu'à trouver un site dégagé et relativement épargné par la pollution lumineuse envahissante de nos villes, à vous installer confortablement puis à patienter et compter. Naturellement, le suspense demeurera jusqu'à cette soirée du pic d'activité des Camélopardalides. Bonne observation !

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