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Wasp-12b, une exoplanète à l'agonie...

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Six milliards de tonnes à la seconde ! C'est la masse de gaz s'échappant de l'exoplanète Wasp-12b selon des chercheurs du Kavli Institute for Astronomy and Astrophysics (KIAA) à l'Université de Pékin. Cette Jupiter chaude n'en a que pour une dizaine de millions d'années avant de disparaître. C'est la première fois que l'on observe la mort d'une planète...

Une vue d'artiste représentant Wasp-12b autour de son soleil. Sa forme est en réalité celle d'un ballon de rugby. Crédit : Esa/C. Carreau

En 15 ans, depuis la découverte de la première exoplanète, notre vision de la planétologie a radicalement changé. On connaît déjà pas loin de 400 systèmes planétaires dans la Galaxie et la formation des planètes, bien que plus complexe et plus riche qu'on ne l'imaginait, est finalement un processus aussi banal que la formation des étoiles. Pour l'apparition de la vie, la question demeure ouverte mais on a de plus en plus de raisons de penser qu'il doit en être de même. Pour ce qui est de l'apparition d'une vie intelligente, en revanche, on en est encore réduit à des spéculations.

Depuis sa découverte, l'exoplanète Wasp-12b intriguait les astrophysiciens. Elle est située à environ 900 années-lumière dans la constellation du Cocher et se trouve en orbite très rapprochée autour d'une étoile semblable au Soleil. Il lui suffit en effet d'un jour pour achever sa révolution autour de son étoile hôte à une distance 75 fois plus petite que celle séparant la Terre et le Soleil.

Or, avec sa masse une fois et demie plus importante que Jupiter, les premiers modèles astrophysiques lui donnaient une taille très similaire à celle de Jupiter. Mais les observations s'obstinaient à lui donner, elles, un volume six fois plus important. Quelle pouvait bien être la cause de ce désaccord ?

Chauffage interne et atmosphère gonflée

On savait, bien sûr, que l'atmosphère de la planète était surchauffée, donc dilatée, en raison de sa proximité à son étoile. Mais cette explication était problématique et insuffisante. Il semblerait bien que la solution ait finalement été trouvée et elle fait intervenir les forces de marée, très importantes à une aussi faible distance de l'étoile.

Avec de telles forces de marée, non seulement la planète doit adopter comme forme d'équilibre celle d'un ballon de rugby mais, surtout, elle doit subir un processus de chauffage interne similaire à celui à l'origine de l'activité volcanique d'une super Io. C'est cette dissipation d'énergie sous forme de chaleur qui ferait gonfler considérablement l'atmosphère de la planète et expliquerait les 2.500 °C de sa surface.

Il en résulterait aussi une perte de masse spectaculaire, toujours à cause des forces de marée : six milliards de tonnes à la seconde !

Selon l'astrophysicienne Shulin Li, du KIAA, Wasp-12b n'aurait plus qu'une dizaine de millions d'années à vivre avant que sa masse ne soit entièrement engloutie par son étoile. Pour le moment, les gaz arrachés à la Jupiter chaude constituent un disque de matières tombant en spiralant vers l'étoile Wasp-12.

Remarquablement, une analyse fine de l'orbite de Wasp-12b indique qu'il doit exister dans ce disque une exoplanète de type super-Terre. A cette distance de l'étoile, il doit probablement s'agir d'une super Io. Un article sur cette découverte a été publié dans Nature et sur arXiv.

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