« En route vers Mars » ! Superbe photo de l’astrophotographe John Chumack. Au fil de son rapprochement avec la Terre, Mars est plus brillante, jour après jour. © John Chumack, APOD

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Très brillante, Mars est au plus près de la Terre ce soir depuis 15 ans

ActualitéClassé sous :Astronomie , planète mars , Terre

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Le point rouge très brillant que vous voyez au-dessus de l'horizon sud-est le soir, c'est Mars. Il est rare de voir cette planète si étincelante dans la nuit. Sa luminosité va culminer ces jours-ci, moment où la distance entre la Planète rouge et la Terre est la plus petite. Il s'agit de la plus courte depuis quinze ans. Indéniablement, Mars est la star de l'été !

Ces jours-ci, ou plutôt ces soirs-ci, quand l'étincelante Vénus s'enfuit sous l'horizon ouest, son amant, Mars, se hisse au-dessus du sud-est. Attend-il qu'elle s'en aille pour se montrer ? Ou, au contraire, tente-t-il de la rattraper pour lui dire son amour ? On pourrait aussi penser que Mars essaie de nous atteindre. En effet, dans sa danse orbitale autour du Soleil, la planète qui porte le nom du dieu de la guerre dans la mythologie romaine (fils de Junon et Jupiter, mais aussi père de Romulus et Remus, Mars fut d'abord dieu de l'agriculture pour les Romains) n'a pas cessé de se rapprocher de la Terre au cours de ces derniers mois.

Si bien qu'il est impossible de la manquer au cours de ces douces soirées de juillet, lorsque l'astre fait son entrée dans le ciel étoilé. Une entrée fracassante, cette année. Quel éclat ! Une fois n'est pas coutume, Mars la rouge est plus brillante que son aîné Jupiter (certes plus éloignée, mais tellement plus grande). Et cela va durer encore plusieurs jours.

Mais alors, pourquoi Mars brille-t-elle autant cette année ? D'abord, le 27 juillet sera le jour de son opposition. Autrement dit, la Planète rouge sera alignée avec la Terre et le Soleil. D'ailleurs, ajoutons que ce sera aussi le cas de la Lune : ce même soir, en effet, la Pleine Lune nous fera l'honneur d'une belle éclipse totale, et cela à côté de Mars ! Mais revenons à Mars. N'est-ce pas à l'occasion de ce jour de l'opposition que la distance entre nos deux planètes devrait être la plus petite ? Eh bien, pas tout à fait.

À droite, dernier portrait de Mars par Hubble à l'occasion de l'opposition de 2018. Par comparaison avec l'opposition de 2016, bien des détails sont estompés par la tempête globale de poussière qui s'est levée fin mai. © Nasa, ESA, STScI

La plus petite distance entre Mars et la Terre le 31 juillet

En raison de l'excentricité de l'orbite de Mars, cette dernière sera au plus proche de la Terre quelques jours plus tard, le 31 juillet. Ce jour-là, l'espace entre la Planète rouge et la Terre ne sera que de 57,6 millions de kilomètres. Et non, Mars ne deviendra pas aussi grosse que la Lune, comme le prétend une rumeur récurrente sur Internet. C'est totalement impossible.

2018 est un excellent cru, le meilleur depuis 2003. Ce dernier restera longtemps dans les annales pour avoir été la plus petite distance entre Mars et la Terre depuis... 60.000 ans. L'écart entre les deux planètes n'était alors que de 55,7 millions de kilomètres, soit deux millions de kilomètres de moins que cette année ; 2018 est tout de même beaucoup mieux que la précédente opposition de 2016, qui était de 76,1 millions de kilomètres, et que celle de 2012, de 100,8 millions de kilomètres. Nous n'aurons pas Mars aussi proche avant 2287 !

Naturellement, ce rapprochement augmente la taille apparente de notre voisine : en 2012, la taille apparente de Mars était de 13 secondes d'arc ('') contre 24 actuellement ! Cela se traduit donc par une luminosité plus généreuse, à rendre jalouses Jupiter et Vénus, ainsi que bien des étoiles qui règnent sur le ciel de l'été (Véga, Deneb, Altaïr, Arcturus, etc.).

Malgré l'éclat de Mars, un astrophotographe a réussi à mettre en évidence les deux petites lunes qui gravitent autour de la Planète rouge : Phobos (27 km) et Deimos (15 km). © Dzmitry Kananovich, Spaceweather

Mais alors, avec une taille apparente semblable, c'est donc le meilleur moment pour observer Mars ? La réponse est : oui, mais... cela ne sera pas évident. En fait, cela dépend de l'endroit où vous êtes et aussi de la tempête de poussière qui sévit en ce moment à la surface de Mars. Apparue fin mai, la petite tempête est devenue monstrueuse, au point d'englober toute la planète, ou presque. Ainsi, le ciel s'est considérablement obscurci vu de la surface de Mars, ce qui n'est pas sans poser de problème au rover Opportunity, très dépendant de la lumière solaire. Les éclaircies se font attendre et, comme souvent avec de telles tempêtes, la poussière se dissipe lentement.

Observer Mars

En clair, la météo martienne n'est pas de notre côté et ne favorise pas l'observation des reliefs emblématiques (dans tous les cas, il faut posséder une lunette ou un télescope). Car, hélas, la tempête tend à gommer les taches sombres de la surface martienne et à les uniformiser. Toutefois, la calotte polaire sud de Mars reste bien visible, et, comme l'été approche dans son hémisphère sud, nous devrions voir sa taille diminuer au fil des semaines. À noter aussi que, sur de récentes photographies d'astronomes amateurs, on devine les taches sombres au sol malgré les intempéries. Tout n'est pas perdu.

Mars, le 21 juillet 2018, photographiée depuis la Terre par Damian Peach. © Damian Peach (@peachastro)

Mars brille en ce moment dans la constellation du Capricorne, ce qui veut dire que quand l'astre passe le sud (donc, quand il est au plus haut dans le ciel), vu de France métropolitaine, il n'est guère plus élevé qu'une vingtaine de degrés au-dessus de l'horizon. Ce n'est donc pas beaucoup et l'observation de la planète peut être gênée par la turbulence atmosphérique (les couches de l'atmosphère terrestre sont plus épaisses près de l'horizon).

Autrement dit, la Planète rouge peut apparaître assez floue et fluctuante dans un instrument. Des conditions qui pénalisent l'observation aux latitudes moyennes. Pour en profiter au maximum, il faut donc se diriger vers les latitudes plus basses. Au passage, signalons que le meilleur endroit pour observer l'éclipse totale de Lune du 27 juillet — la plus longue du siècle — sera l'île de La Réunion. Et Mars brille à côté.

Quoi qu'il en soit, Mars est superbe à regarder à l'œil nu. Comme on l'a vu, il est rare de la voir si brillante. Quasiment tout l'été, l'astre va percer la nuit de son intense éclat rouge orangé. Impressionnant. 

  • Le 27 juillet, le même jour que la plus longue éclipse de Lune du siècle, Mars sera en opposition. Le Soleil, la Terre et Mars seront alignés.
  • Mais ce sera le 31 juillet que la distance entre la Planète rouge et la Terre sera la plus courte.
  • En conséquence, Mars est très brillante. On ne l’a pas vue autant briller depuis quinze ans.
Pour en savoir plus

Opposition de Mars de 2012

Article de Jean-Baptiste Feldmann publié le 29 février 2012

C'est une nouvelle opposition martienne qui se produira le 3 mars prochain. L'occasion pour les astronomes de scruter une nouvelle fois la surface de la fascinante Planète rouge.

Le ciel du soir est en ce moment riche en planètes. Une fois le soleil couché, on peut déjà tenter le délicat repérage de Mercure sur l'horizon ouest dans les feux crépusculaires. Puis en relevant les yeux personne ne peut ensuite manquer la danse à laquelle se livrent Jupiter et Vénus, spectacle dont l'apothéose est fixée au 14 mars quand les deux astres seront au plus près. Lorsque le ciel est assez sombre tournez-vous vers l'est : la constellation du Lion (connue pour abriter un célèbre trio de galaxies) se lève, accompagnée du point brillant orangé de la planète Mars. Bien qu'elles reviennent tous les 800 jours en moyenne, les oppositions martiennes sont loin de se ressembler.

Le 27 août 2003, nous avions vécu une opposition périhélique exceptionnelle. La planète passait alors à moins de 56 millions de kilomètres de nous, la plus courte distance depuis 60.000 ans, et son diamètre de 25 secondes d'arc était une aubaine pour tous les heureux possesseurs de télescope. Le télescope spatial Hubble lui-même avait été sollicité pour immortaliser ce rapprochement exceptionnel. Cette fois-ci l'opposition est aphélique et Mars sera presque deux fois plus petite dans nos instruments, à plus de 100 millions de kilomètres de nous. Mais ne baissons pas les bras, cette configuration n'est pas si défavorable qu'elle n'y paraît...

La planète Mars saisie le 26 février dernier dans un télescope de 20 centimètres de diamètre. De nombreux détails sont déjà visibles. © R. Morisan

Mars : une planète petite mais nette

Si la planète Mars ne présentera cette fois-ci qu'un diamètre apparent maximum de 13,9 secondes d'arc, les observations depuis la Terre devraient être assez spectaculaires. D'abord bien sûr parce que le matériel astronomique ne cesse d'évoluer (en particulier chez les amateurs) et que des images détaillées ont déjà été réalisées depuis quelque temps, comme le cliché ci-dessus proposé sur notre forum d'astronomie par Richard Morisan, un astrophotographe amateur qui avait déjà imagé la tempête martienne de 2010.

Avec son télescope de seulement 20 centimètres de diamètre, il nous dévoile l'hémisphère boréal de la planète et sa calotte polaire (en bas de l'image). La spectaculaire formation sombre au milieu du disque est Syrtis Major, un plateau volcanique sombre à proximité duquel la sonde Mars Express a photographié de profondes fractures.

En janvier la planète Mars et la Lune s'étaient donné rendez-vous à l'aube. © J.-B. Feldmann

À suivre, une calotte polaire et des satellites

Autre raison de satisfaction, cette opposition se déroule alors que la planète Mars a une déclinaison positive, ce qui signifie que lorsqu'elle passe au méridien (le point le plus élevé de sa trajectoire dans le ciel) elle culmine bien au-dessus des turbulences atmosphériques qui troublent les images télescopiques lorsqu'on pointe des astres à une faible hauteur. Dernière raison de se réjouir, les oppositions aphéliques sont celles où l'atmosphère de Mars est la moins agitée. Très éloignée du Soleil, la Planète rouge est moins sujette aux grandes tempêtes. Ces dernières sont connues pour sévir lors des oppositions périhéliques, soulevant d'immenses quantités de poussière qui masquent les détails du paysage martien pendant plusieurs semaines. En 2003 la grande tempête du mois de décembre avait laissé planer une menace sur l'arrivée prochaine des rovers Beagle 2Spirit et Opportunity.

Voilà donc de bonnes raisons de penser que le cru martien 2012 sera de grande qualité. Concernant l'observation de la planète elle-même, c'est l'hémisphère boréal orienté vers nous qui sera le plus étudié, avec en particulier les modifications de l'étendue de la calotte polaire nord, un empilement de glace et de poussière, sur trois kilomètres d'épaisseur, sculpté par l'activité éolienne. L'opposition est également l'un des rares moments où les astronomes amateurs peuvent tenter de repérer les deux satellites Phobos et Deimos (magnitudes 12 et 13). Enfin, gageons que les astrodessinateurs se chargeront eux aussi d'immortaliser cette opposition avec leurs crayons comme ils l'avaient fait il y a deux ans.

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