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Révélation sur les Nuages de Magellan : ils ne seraient pas des satellites de la Voie Lactée !

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Alors que l'on croyait depuis des lustres que ces galaxies naines tournaient autour de la nôtre, des mesures récentes montrent qu'elles sont bien trop rapides. Elles ne font que passer !

Ferdinand Magellan (1480-1521)

Les Nuages de Magellan sont bien connus dans le monde de l'astrophysique, surtout depuis l'explosion en 1987 d'une supernova dans le Grand Nuage de Magellan. L'explosion d'une étoile aussi proche de la Terre est un événement rare à l'échelle humaine. Les Nuages de Magellan sont des galaxies naines, que l'on considère depuis des centaines d'années comme des satellites de notre Galaxie. D'après une étude récente de Gurtina Besla du Harvard-Smithsonian Center for Astrophysics, publiée avec d'autres collègues dans Astrophysical Journal, il n'en serait rien. Le Grand et le Petit Nuage de Magellan seraient des nouveaux venus, juste de passage dans l'environnement proche de notre Galaxie.  

Le Grand Nuage de Magellan, cliquez pour agrandir (Crédit: Copyright Robert Gendler and Josch Hambsch 2005) .

C'est Ferdinand Magellan qui a découvert dans le ciel de l'hémisphère sud, lors de son tour du monde au XVI ième siècle, ces deux petites galaxies situées à environ 200 000 années-lumière pour le Petit Nuage (PNM) et 160 000 pour le Grand (GNM). A l'époque, bien sûr, personne ne connaissait la nature exacte de ces objets nébuleux et il faudra attendre le XX ième siècle, avec notamment Edwin Hubble, pour que l'on ait la preuve qu'il s'agissait bien d'un des ces « univers-îles » proposés par Wright et Kant. Ils contiennent chacun quelques milliards d'étoiles mais notre galaxies en contient elle pas loin de 200 milliards. Le PNM est 100 fois plus petit que notre Galaxie et le GNM environ 10 fois.

Une fois de plus, c'est l'amélioration de la précision des mesures qui a permis de révolutionner notre image du monde astrophysique. D'après les dernières évaluations, les Nuages de Magellan se déplacent trop rapidement pour être gravitationnellement liés à notre Galaxie. Il s'agirait donc de nouveaux venus et pas de satellites subissant les forces de marée générées par la Voie Lactée. Une autre explication, semblant moins probable, est que cette dernière serait plus massive que prévu.

Les énigmes s'accumulent

Si les Nuages de Magellan ne sont pas des satellites de notre Galaxie, cela soulève un certain nombre de problèmes. Le diamètre de notre Galaxie est compris entre 70 000 et 100 000 années-lumière et quant à l'épaisseur du disque, elle est  de quelques milliers d'années-lumière seulement. Or, on sait que ce disque est distordu. Il s'élève de 10 000 années-lumière sur une partie et au contraire s'abaisse dans une même proportion sur une autre.
On accusait jusqu'ici les Nuages de Magellan d'être responsables de cette distorsion lors d'une précédente orbite. Mais s'ils ne se promènent dans notre voisinage que depuis 1 à 3 milliards d'années, les forces de marée qu'ils exercent n'ont pas eu le temps et l'intensité nécessaires pour produire cette déformation du plan galactique. De même, le fameux courant Magellanique s'étendant entre les deux nuages est ordinairement interprété comme de l'hydrogène neutre arraché par les forces de marée combinées de ceux-ci et de notre Galaxie, toujours lors d'un précédent passage à faible distance. De plus, les deux nuages portent les traces de périodes successives et récentes de formations d'étoiles qui, là encore, s'expliqueraient bien avec l'influence des forces de marée de la Galaxie lors de passages proches.
La réponse à ces questions viendra probablement de nouvelles observations et d'une meilleure simulation des interactions gravitationnelles entre, non seulement les nuages, mais aussi la Voie Lactée. Le monde des galaxies est décidément plein de surprises et d'une richesse que l'on ne soupçonnait pas du temps de Hubble...

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