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L'observatoire Hess II vient de détecter son premier pulsar en gamma

ActualitéClassé sous :Astronomie , Etoile à Neutrons , Pulsar

Installé en Namibie, l'observatoire Hess II vient de détecter des rayons gamma en provenance du pulsar Vela situé à environ 1.000 années-lumière de la Terre dans la Voie lactée. Il s'agit du second, après celui du Crabe en 2008, à avoir été décelé par un télescope gamma au sol. Ces premiers résultats augurent la possibilité d'explorer et de dévoiler de nombreuses sources cosmiques de rayons gamma (trous noirs supermassifs, amas de galaxies, supernovae, étoiles doubles et pulsars en particulier) dans un nouveau domaine en énergie.

Vue du réseau de télescopes Hess en Namibie. Le nom de l'observatoire est un acronyme mais il rappelle le prix Nobel de physique de 1936, Victor Hess, qui a découvert les rayons cosmiques au début du XXe siècle (1912-1913). © Hess Collaboration, Clementina Medina

Dans l'univers, les trous noirs supermassifs, les amas de galaxies, les supernovæ, les étoiles doubles et les pulsars jouent le rôle d'accélérateurs naturels de particules cosmiques (électrons, ions...). Elles y acquièrent une très grande énergie, révélée par l'émission de rayons gamma. Lorsque ces rayons atteignent l'atmosphère terrestre, ils y déposent leur énergie sous la forme d'une gerbe de particules secondaires, lesquelles émettent un flash très ténu de lumière bleutée que les télescopes gamma peuvent détecter.

Le réseau de télescopes Hess II, plus grand observatoire gamma jamais construit, combine cinq télescopes de différentes tailles. Il est dédié à l'étude des rayons gamma d'origine cosmique de très grande énergie (de 1.000 GeV). Équipé d'un miroir géant de 28 m de diamètre, le cinquième télescope ajouté en 2012 permet d'abaisser aux alentours de 30 GeV le domaine en énergie étudié. C'est le dispositif Hess II qui vient de faire ses preuves.

Le pulsar de Vela

En effet, la collaboration Hess est parvenue à détecter plusieurs milliers de rayons gamma d'une énergie de seulement 30 GeV depuis le sol namibien. « Une prouesse aux limites de la technologie actuelle », souligne Mathieu de Naurois, chercheur CNRS au Laboratoire Leprince-Ringuet (CNRS/École Polytechnique) et directeur adjoint de la collaboration Hess. Le signal enregistré par le télescope provient du pulsar de Vela situé à environ 1.000 années-lumière de la Terre dans la constellation des Voiles. Un pulsar est une étoile à neutrons en rotation rapide, correspondant au noyau résiduel d'une étoile massive après son explosion en supernova. Les astronomes ont aujourd'hui recensé plus de 2.000 pulsars dans la Voie lactée grâce à leur rayonnement en ondes radio, mais n'ont pu mettre en évidence l'émission de rayons gamma qu'en provenance d'environ 140 objets, et ce à partir du télescope spatial Fermi. Jusqu'à présent, seul le pulsar du Crabe avait pu être décelé à partir d'un observatoire gamma au sol.

Une vidéo de présentation des observations du pulsar de Vela, mais en rayons X, par le télescope spatial Chandra. Pour obtenir une traduction en français assez fidèle, cliquez sur le rectangle avec deux barres horizontales en bas à droite. Les sous-titres en anglais devraient alors apparaître, si ce n'est pas déjà le cas. En passant simplement la souris sur le rectangle, vous devriez voir l'expression « Traduire les sous-titres ». Cliquez pour faire apparaître le menu du choix de la langue, choisissez « français », puis cliquez sur « OK ». © Chandra X-ray Observatory, YouTube

Arache Djannati-Ataï, chercheur CNRS spécialiste des pulsars, Thomas Tavernier, son étudiant au Laboratoire Astroparticule et cosmologie (CNRS/université Paris Diderot/CEA/Observatoire de Paris), qui ont analysé ces nouvelles données avec des collègues de Hess précisent : « la détection de ces photons gamma dans la direction du pulsar de Vela vieux de 11.000 ans, à la période de 89 millisecondes, c'est-à-dire exactement celle de la rotation de l'astre [on peut comparer Vela à un cœur qui battrait toutes les 89 ms], démontre que Hess est maintenant en mesure d'explorer les phénomènes les plus extrêmes au voisinage des pulsars — à l'intérieur même de leur magnétosphère mais aussi potentiellement au-delà de leur cylindre de lumière — ce qui va permettre de mieux comprendre les processus d'accélération de particules et de rayonnement de haute énergie de ces objets fascinants ».

Une nouvelle ère pour l'astronomie gamma

Deux ans de travail (réglage et étalonnage de l'instrument, développement de logiciels de traitement de données) ont été nécessaires pour aboutir à ce succès. « Le principal défi résidait dans le fait de réduire le plus possible le seuil en énergie de l'instrument, tout en conservant le signal au-dessus d'un bruit de fond colossal, explique Mathieu de Naurois. Pour la première fois, cela nous a permis de détecter un signal gamma de seulement 30 GeV, aux limites de la technologie actuelle. Dans la mesure où le télescope surveille une fraction de l'atmosphère correspondant à plus de 10 hectares, nous recueillons, à la même énergie, un nombre de rayons gamma considérablement plus élevé que les satellites les plus grands tels que Fermi. » Pour les sources les plus intenses, le télescope est capable d'enregistrer jusqu'à un photon gamma de haute énergie par seconde — un record mondial à ces énergies.

La Voie lactée recèle de nombreux pulsars, et la situation de Hess II en Namibie permet d'explorer les régions centrales de notre Galaxie. Les données récoltées par Hess II démontrent la faculté pour ces télescopes d'explorer et de dévoiler bon nombre des grands mystères de l'univers.

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