Sciences

Le méthane martien de plus en plus énigmatique...

ActualitéClassé sous :Astronomie , Les planètes , méthane de Mars

Pourquoi l'atmosphère de la Planète rouge concentre-t-elle le méthane dans une seule région ? Parce qu'il est produit là seulement et qu'il est ensuite détruit par l'atmosphère. L'explication est logique... mais aucun phénomène connu n'explique une destruction aussi efficace, expliquent deux chercheurs français, pour qui Mars est vraiment invivable.

Mais pourquoi le méthane n'est-il pas plus régulièrement réparti dans l'atmosphère de Mars ? Ici les concentrations mesurées, en fausses couleurs, décroissant selon l'ordre rouge, jaune, vert et bleu. © Nasa

En 2003, des émanations de méthane avait été détectées dans l'atmosphère martienne, une découverte confirmée en 2004 par Thérèse Encrenaz grâce aux données de Mars Express. L'observation avait suscité un certain émoi chez les planétologues car le méthane (CH4) est détruit dans l'atmosphère à l'échelle de quelques siècles. Si donc on en observe c'est que la planète en produit encore, de manière plus ou moins régulière et même en quantités importantes. Mars serait donc une planète vivante au sens géologique du terme, avec des mécanismes encore à l'œuvre et peut-être volcaniques, qui n'ont jamais été observés. Certains allaient même plus loin, se plaisant à imaginer des organismes vivants enfouis dans le sous-sol et émettant ce gaz, qui, sur notre planète, est surtout d'origine biologique.

La question la plus épineuse est celle de la distribution du méthane dans l'atmosphère. Loin d'être homogène, elle est concentrée autour d'un vaste territoire, quelque part dans l'hémisphère nord. Si le lieu de production est là, c'est que le méthane doit être détruit dans l'atmosphère suffisamment rapidement pour ne pas avoir le temps de s'étaler tout autour de la planète.

Une durée de vie de quelques siècles, courte pour la géologie mais longue pour la météorologie, est suffisante pour permettre à ce gaz de se diffuser dans la totalité de l'atmosphère martienne.

Pour sortir des spéculations, Franck Lefèvre (du Latmos, université de Saint-Quentin-en-Yvelines) et François Forget (université Pierre et Marie Curie, Paris) ont utilisé un modèle climatique de l'atmosphère de Mars, intégrant les phénomènes chimiques (photochimiques surtout) qui s'y déroulent. L'idée est de retrouver les paramètres conduisant à cette curieuse concentration locale.

Sale temps sur Mars

Le résultat est négatif. Les phénomènes photochimiques connus comme étant à l'origine de la destruction du méthane ne peuvent pas expliquer, affirment ces deux chercheurs, la très forte hétérogénéité de la répartition de ce gaz. Qui plus est, expliquent-ils dans la revue Nature, les cycles connus de condensation et de sublimation du dioxyde de carbone (CO2) peuvent au contraire générer des variations à long terme des quantités atmosphériques de méthane. A peu près le contraire de ce que l'on observe...

Pour retrouver la répartition du méthane telle que la voient les instruments actuels, il faudrait que la durée de vie de ce gaz dans l'atmosphère soit de seulement 200 jours. C'est 600 fois plus court que ce qu'impliquent les processus photochimiques connus sur Terre... Les auteurs envisagent le cas où le méthane pourrait être détruit au niveau de la surface du sol. Il faudrait alors que ce gaz ne survive pas plus d'une heure dans l'atmosphère martienne.

La conclusion des deux planétologues est qu'il doit exister, probablement dans l'atmosphère, un mécanisme extrêmement efficace pour détruire les molécules de méthane. Dans ce cas, l'environnement martien devrait être bien plus agressif qu'on ne le pense, et, pour tout dire, invivable. Un mécanisme capable de rompre si rapidement la molécule CH4 devrait en effet venir à bout de n'importe quel composé organique (à base de carbone).

Conclusion : la disparition de méthane, comme sa production, constitue un épais mystère, qui devrait donner du travail aux planétologues penchés sur Mars...

Abonnez-vous à la lettre d'information La quotidienne : nos dernières actualités du jour.

!

Merci pour votre inscription.
Heureux de vous compter parmi nos lecteurs !

Cela vous intéressera aussi