Photographiée en haute résolution, la région lunaire de Platon révèle un pan de l'histoire de notre satellite. © Christian Viladrich

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En image : la région de Platon, un morceau de l'histoire lunaire

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Photographiée à très haute résolution par l'astronome amateur Christian Viladrich, la partie nord-est du bassin lunaire Imbrium raconte une page du passé mouvementé de notre satellite.

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La Lune, satellite naturel de la Terre, fascine les hommes depuis toujours, qu'ils soient scientifiques ou poètes. Après l'aventure Apollo, d'autres missions, automatiques celles-là, ont poursuivi le travail d'exploration. De nombreuses sondes comme l'actuelle Chang'e-2 ont contribué à révéler des détails lunaires insoupçonnés et à nous permettre de retracer les grandes lignes de la formation de notre satellite. Si les scientifiques s'accordent à peu près tous sur le scénario de la naissance de la Lune il y a 4,4 milliards d'années des débris d'une collision entre notre très jeune Terre et un petit corps céleste baptisé Théia, il reste encore beaucoup de points à élucider, comme l'asymétrie entre les deux faces lunaires.

Depuis le sol terrestre, les astronomes ne se privent pas de photographier les différents reliefs qui parsèment la face visible. Certains amateurs ont même acquis un savoir-faire particulier et excellent dans l'art de saisir de très fins détails géologiques. C'est le cas par exemple de Christian Viladrich, dont les photographies lunaires réalisées avec un télescope de 35 centimètres de diamètre sont mondialement connues. Pour apprécier toute la richesse du cliché que nous présentons en bas de cet article, il faut nous replonger dans le passé de notre satellite.

Cette carte de la Lune permet de situer la photographie présentée en bas de l'article. © DR

Un impact et ses conséquences

L'image de Christian Viladrich montre une partie du bord nord-est de la mer des Pluies, Mare Imbrium, avec deux formations très célèbres : le cirque Platon au centre et la vallée des Alpes à droite. Lors de la formation de la Lune, il reste de gros planétésimaux dans le Système solaire, qui vont peu à peu aller frapper les différentes planètes.

Sur la Lune, l'ère imbrienne débute il y a 3,85 milliards d'années avec l'impact d'un astéroïde d'une centaine de kilomètres formant un bassin d'environ 1.500 kilomètres de diamètre : Mare Imbrium. Les effets de l'impact se font sentir jusqu'à une profondeur de 150 kilomètres où se trouve alors la zone en fusion. D'importantes quantités de lave jaillissent à la surface et comblent peu à peu le bassin, ne laissant dépasser que les reliefs les plus élevés. Certains ressemblent à des îlots dans la mer, comme ceux visibles juste au sud de Platon, un cirque lui aussi rempli par les flots de lave.

Cette lave très fluide s'étend sur de grandes distances et empêche l'édification de boucliers volcaniques comme on en trouve sur la Terre, Mars ou Vénus. Ne pouvant supporter le poids du basalte, le fond du bassin s'affaisse. Un réajustement tectonique se manifeste par des ondulations concentriques en bordure de Mare Imbrium. Certaines sont observables au nord de Platon, dans une bande étroite d'écoulement basaltique appelée Mare Frigoris.

La vallée des Alpes est une autre manifestation typique des tensions provoquées par l'enfoncement de Mare Imbrium. Cette gigantesque faille est l'exemple le plus spectaculaire des nombreuses cicatrices orientées de façon radiale par rapport au centre du bassin. Il subsiste au fond de cette vallée une faille qui serpente tout le long. C'est le vestige d'un tube de lave qui s'est effondré, une curiosité que la sonde LRO a pu observer ailleurs.

Lorsque l'ère imbrienne s'achève, 700 millions d'années après avoir commencer, l'écorce du bassin est suffisamment épaisse pour bloquer efficacement de nouvelles remontées de magma. La région est alors plongée dans un sommeil géologique définitif, uniquement troublé par quelques petits impacts qui vont marquer la surface lisse des plaines de lave. Quelques-uns sont même observables au fond de Platon. Le relief subit depuis une lente érosion provoquée par l'incessante chute de micrométéorites. Deux milliards d'années d'une action lente mais efficace qui a tout érodé, supprimant tout sommet pointu ou arête saillante, comme le révèle un examen détaillé de l'image ci-dessous.

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