Cette illustration représente la face nocturne de l’exoplanète WASP-76b. La face éclairée de cette exoplanète géante et ultra-chaude voit sa température grimper au-delà des 2.400 degrés Celsius, ce qui suffit à vaporiser les métaux. De forts vents charrient la vapeur de fer vers la face nocturne de moindre température où elle se condense en gouttelettes de fer. À gauche de l’image, figure la frontière du soir, où s’effectue la transition jour-nuit à la surface de l’exoplanète. © ESO/M. Kornmesser

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Il pleut du fer en fusion sur l'exoplanète infernale Wasp-76b

ActualitéClassé sous :Astronomie , Corot-7b , exoplanète

WASP-76 b est une Jupiter chaude dont on commence à sonder la composition de son atmosphère. Les études réalisées conduisent à penser qu'il s'y forme des gouttes de fer en fusion à la frontière, entre sa face diurne et sa face nocturne, alors que l'exoplanète est en rotation synchrone autour de son étoile hôte.

« Il y a plus de choses dans le Ciel et sur la Terre, Horatio, qu'il n'en est rêvé dans votre philosophie. » Cette citation célèbre du Hamlet de William Shakespeare peut sans aucun doute s'appliquer à WASP-76 b, une exoplanète découverte en 2016 dans le cadre d'une campagne d'observation menée avec WASP (Wide Angle Search for Planets), et à bien d'autres comme l'explique la vidéo ci-dessous.

Elle tire son nom de WASP, un consortium international de plusieurs organisations académiques effectuant une recherche ultra-grand angle d'exoplanètes par la méthode du transit à l'aide de deux observatoires robotiques en fonctionnement continu couvrant l'hémisphère Nord et l'hémisphère Sud. L'un se trouve à l'observatoire de Roque de los Muchachos à La Palma dans les îles Canaries, l'autre se trouve à l'Observatoire astronomique sud-africain, (en anglais South African Astronomical Observatory ; en abrégé Saao).

Mais, aujourd'hui WASP-76 b vient sur le devant de la scène à la suite d'un communiqué de l'ESO qu'accompagne une publication de la revue Nature. Il annonce que des astronomes l'étudiant à l'aide de l'instrument Espresso équipant depuis quelques temps le VLT, ont mis en évidence dans l'atmosphère de cette exoplanète des averses de fer en fusion !  

David Ehrenreich, professeur à l'Université de Genève en Suisse, et qui a conduit l'équipe à l'origine de cette découverte, explique en effet dans le communiqué : « Nous pourrions affirmer que cette planète est caractérisée par une météo pluvieuse en soirée, au détail près qu'il s'agit ici de précipitations de fer » . WASP-76 b vient donc rejoindre la liste des exoplanètes les plus étranges ayant fait l'objet d'une détection ou d'une étude au moyen des télescopes de l'ESO.

Un extrait de l'ESOCast portant sur les exoplanètes les plus étranges ayant fait l’objet de recherches au moyen des télescopes de l’ESO. Dans ce passage, le cas de WASP-76 b est abordé. Pour obtenir une traduction en français assez fidèle, cliquez sur le rectangle blanc en bas à droite. Les sous-titres en anglais devraient alors apparaître. Cliquez ensuite sur l'écrou à droite du rectangle, puis sur « Sous-titres » et enfin sur « Traduire automatiquement ». Choisissez « Français ». © ESO

Rappelons qu'Espresso - pour Echelle SPectrograph for Rocky Exoplanets and Stable Spectroscopic Observations (spectrographe à échelle dédié à l'étude des exoplanètes rocheuses et aux observations spectroscopiques stables) - fut à l'origine conçu pour détecter par la méthode des vitesses radiales des exoterres potentielles autour d'étoiles de type solaire. Mais, comme l'explique dans le communiqué de l'Eso, Pedro Figueira, scientifique en charge de l'instrument au Chili : « Nous nous sommes rapidement aperçus que la formidable puissance collectrice du VLT, conjuguée à l'extrême stabilité d'Espresso, en faisait un instrument idéal pour étudier les atmosphères exoplanétaires. »

Une Jupiter chaude en rotation synchrone

C'est donc ce qu'ont commencé à faire les astronomes en septembre 2018 avec WASP-76 b qui orbite autour de WASP-76, une étoile de type F qui se situe à environ 390 années-lumière du Système solaire dans la constellation des Poissons. Rappelons que les étoiles de type F ont des températures de surface qui varient entre 6.000 et 7.600 K et des masse entre 1,05 et 1,4 masse solaire. L'exoplanète, d'abord détectée par la méthode du transit, avait vu son existence confirmée par celle des vitesses radiales de sorte que l'on savait qu'elle avait une masse d'environ 0,92 fois celle de Jupiter pour un rayon environ 1,8 fois plus grand, soit environ 20 fois celui de la Terre. C'est donc une géante gazeuse, or elle orbite autour de son étoile hôte en seulement 1,8 jour à une distance d'environ 0,033 UA. WASP-76 b est donc clairement une Jupiter chaude.

On sait de plus que l'exoplanète est en rotation synchrone autour de WASP-76 et qu'elle lui montre donc toujours sa même face comme dans le cas de la Lune par rapport à la Terre. Les mesures indiquent que sa face diurne voit sa température de surface grimper au-delà des 2.400 degrés Celsius car elle reçoit de son étoile hôte un rayonnement des milliers de fois supérieur à celui que la Terre reçoit du Soleil, ce qui est largement suffisant pour vaporiser les métaux dont elle est constituée.

Sur cette vue d'artiste du dessinateur, Frederik Peeters, de forts vents charrient la vapeur de fer vers la face nocturne, plus tempérée, où elle se condense en gouttelettes de fer. © Frederik Peeters, ESO

Il pleut du fer sur la face sombre

Par contre, la température de la face nocturne est d'environ 1.500 degrés Celsius, ce qui veut dire qu'il y a nécessairement des vents violents qui transportent de la matière et de la chaleur entre les deux faces. En plus d'un gradient thermique, il s'établit aussi un gradient chimique entre ces dernières d'après les mesures d'Espresso et tout particulièrement entre les deux côtés de la frontière entre les faces diurne et nocturne, l'équivalent du terminateur de la Lune. Du premier côté, en allant en direction de la face nocturne, donc comme si c'était le soir, on trouve la signature spectrale de la vapeur de fer (sa température de fusion est de  1.538 °C ) mais, comme l'explique David Ehrenreich, « étonnamment toutefois, nous n'avons détecté aucune trace de vapeur de fer à la frontière du matin. Il s'ensuit qu'il pleut du fer sur la face sombre de cette exoplanète extrême ».

Sa collègue Maria Rosa Zapatero Osorio, astrophysicienne au Centre d'Astrobiologie de Madrid (Espagne) et responsable de l'équipe scientifique d'Espresso précise toujours dans le communiqué de l'Eso que « les observations indiquent que la vapeur de fer est abondante dans l'atmosphère surplombant la face éclairée - de température élevée - de WASP-76b. Une fraction de ce fer se trouve injectée du côté nocturne sous le double effet de la rotation de la planète et de la circulation atmosphérique. À la rencontre de cet environnement plus froid, le fer condense et retombe sous forme de pluie » .

Quelles sont les exoplanètes les plus étranges ayant fait l’objet de recherches au moyen des télescopes de l’ESO ? Cet ESOCast apporte la réponse à cette question. Pour obtenir une traduction en français assez fidèle, cliquez sur le rectangle blanc en bas à droite. Les sous-titres en anglais devraient alors apparaître. Cliquez ensuite sur l'écrou à droite du rectangle, puis sur « Sous-titres » et enfin sur « Traduire automatiquement ». Choisissez « Français ». © ESO

  • Depuis 1995, des milliers d'exoplanètes ont été découvertes et certaines sont dignes des rêves de la science-fiction.
  • Les astronomes ont ainsi découvert une superterre, Corot-7B, en rotation synchrone autour de son étoile et si proche d'elle que sa face diurne doit être couverte de lac de lave et qu'il y pleut des gouttes de roches en fusion et même des cailloux dans les régions plus froides.
  • Un cas similaire se produit avec WASP-76 b mais il s'agit cette fois-ci d'une géante gazeuse où les averses sont faites de gouttes de fer en fusion.
Pour en savoir plus

Des averses de pierres sur l'exoplanète Corot-7b ?

Article de Laurent Sacco publié le 13/10/2009

Selon un programme utilisé pour simuler le volcanisme sur Io, l'un des lunes de Jupiter, l'exoplanète rocheuse découverte récemment par Corot en orbite autour d'une étoile naine dans la constellation de la Licorne serait le siège d'un étrange phénomène : il y pleuvrait des petits cailloux !

Laura Schaefer et Bruce Fegley Jr, deux chercheurs américains, ont appliqué leurs connaissances en géochimie et minéralogie pour tenter de comprendre l'atmosphère de la planète Corot-7b. Cinq fois plus massive que la Terre et d'un diamètre presque double, cette planète tourne à seulement 2,5 millions de kilomètres de son étoile hôte, une naine orange.

Découverte récemment par le satellite Corot, elle est si proche de son étoile quelle doit déjà avoir atteint l'état de de rotation synchrone, comme c'est le cas pour Mercure. Mais Corot-7b est bien plus proche encore de son étoile (Corot-7). Le rayon de son orbite est 23 fois inférieur à celui de Mercure. La température doit donc y être très élevée et il n'y a bien sûr aucune chance que de la vie y soit présente.

En tenant compte de ces deux données, orbite synchrone et de faible rayon, les modèles des astrophysiciens conduisent à attribuer une température de 2.600 kelvins sur la face diurne perpétuellement éclairée par Corot-7 et une température de seulement 50 kelvins pour la face nocturne, perpétuellement dans l'obscurité. A quoi pouvaient donc bien ressembler la surface et l'atmosphère d'une telle exoplanète tellurique ?

C'est pour répondre à ces questions que Schaefer et Fegley ont utilisé un programme conçu en 1986 en collaboration avec le grand A. G. W. Cameron, bien connu pour ses travaux sur les étoiles à neutrons et la formation du système solaire. Baptisé Magma, ce programme permet de prédire l'apparition de minéraux par condensation d'un gaz d'atomes à hautes températures.

Des fontaines de laves sur la surface soufrée de Io, l'une des lunes de Jupiter. Crédit : Nasa

Comme une tour de distillation de pétrole brut

Un tel gaz, se condensant en minéraux quand il refroidit, a souvent été postulé pour comprendre la formation des planètes dans la nébuleuse proto-solaire. Il devait exister aussi à la surface de la Terre et de la Lune lorsqu'elles étaient recouvertes par un océan de magma. En 2004, Schaefer et Fegley l'avait adapté pour tenir compte des conditions régnant à la surface de Io, la lune volcanique autour de Jupiter. Appliqués à Corot-7b, les calculs d'équilibres thermochimiques du programme conduisent à de bien singulières conclusions.

Par exemple la surface de l'exoplanète sur la face diurne doit être couverte de lacs de lave similaires à ceux que l'on connaît à Hawaï mais à une échelle bien plus imposante.

L'atmosphère quant à elle ne doit contenir ni azote, ni vapeur d'eau, ni gaz carbonique mais, paradoxalement, elle est riche en oxygène. Cela ne doit pas surprendre, les silicates formant les planètes telluriques sont riches en atomes d'oxygène. Le quartz des granites, par exemple, est majoritairement constitué d'association de tétraèdres de formule SiO4. Portées à hautes températures, les roches en fusion de la surface de Corot-7b doivent donc libérer des quantités non négligeables d'oxygène.

Selon les calculs de Magma, l'atmosphère de Corot-7b serait stratifiée à la manière d'une tour de distillation pour le pétrole, différentes molécules s'étageant verticalement en fonction de leur volatilité. Selon l'altitude et la température, différents minéraux doivent se condenser.

Essentiellement composée de vapeur de sodium, de potassium, de monoxyde de silicium et donc aussi d'oxygène, l'atmosphère doit voir apparaître des minéraux tels que la wollastonite, la spinelle et le corindon, pour n'en citer que quelques-uns.

La conclusion la plus remarquable de cette étude est qu'il doit par conséquent se produire sur Corot-7b de véritables pluies de petits cailloux tombant à la surface de lacs de lave et issus de ce que l'on pourrait nommer des nuages rocheux.

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[EN VIDÉO] Esocast : comment les exoplanètes sont-elles détectées ?  Les découvertes d'exoplanètes, qui tournent autour d'autres étoiles, se multiplient. Les scientifiques de l’Eso (European southern observatory ou Observatoire européen austral) utilisent diverses techniques afin de les mettre en évidence. Les explications dans cet épisode d’Esocast. 

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