Représentation artistique d'une bande de poussière hypothétique autour de KIC 8462852, également connue sous le nom d'étoile de Tabby. Ceci n’est qu’une des nombreuses explications possibles du scintillement étrange de cette étoile. © Nasa, JPL

Sciences

Une étoile mystérieuse qui change de luminosité sans que l'on sache pourquoi

ActualitéClassé sous :Astronomie , étoile , VVV-WIT-07

L'étoile variable VVV-WIT-07 présente des anomalies dans sa variation de luminosité qui la rapproche du cas de la fameuse étoile de Tabby, dont on s'était demandé si elle n'était pas entourée par mégastructure extraterrestre de type sphère de Dyson. L'hypothèse a été depuis réfutée mais le mystère subsiste. VVV-WIT-07 pourrait être un objet de Mamajek.

L'étoile variable VVV-WIT-07 fait un peu parler d'elle en ce moment, heureusement sans déclencher un engouement médiatique qui a ce stade serait très exagéré. En effet, en 2012, dans le cadre d'une campagne d'étude menée depuis 2010 avec VISTA (acronyme de l'anglais Visible and Infrared Survey Telescope for Astronomy), un télescope de l'Observatoire européen austral (ESO) doté d'un miroir de 4,5 mètres permettant de faire des observations dans l'infrarouge proche, la luminosité de VVV-WIT-07 a brusquement varié.

A priori, rien de surprenant à cela puisque cette étude, nommée VISTA Variables in the Via Lactea (The VVV Survey), avait précisément pour but de repérer des étoiles variables pour dresser une carte de leur distribution en 3D au voisinage du centre de la Voie lactée, dans le bulbe central. Une telle carte devrait fournir des informations intéressantes permettant aux astronomes de mieux comprendre l'origine, la formation et la structure de notre Galaxie.

Sauf que VVV-WIT-07, après avoir vu sa luminosité baisser lentement sur 11 jours, a brusquement perdu environ 75 % de celle-ci pendant 48 jours. Ce qui n'est pas conforme à ce à quoi l'on peut s'attendre d'une étoile variable, qui certes fluctuent pour certaines de façon périodique et plus chaotiquement pour d'autres, mais pas avec une telle chute de luminosité. Par contre, cela fait penser à un comportement analogue déjà observé avec la fameuse étoile de Tabby (des baisses de luminosité plus ou moins erratiques et contradictoires quand à leurs interprétations, avec une baisse maximale de 20 %). Or certains avaient sérieusement suggéré avec cet astre que l'on était peut-être en présence d'une technosignature, en l'occurrence le transit d'une gigantesque structure artificielle devant cette étoile. On pense maintenant que ce n'est très probablement pas le cas, mais la multiplication d'observations similaires pourrait bien finir par nous donner des éléments qui nous forceraient à conclure que nous sommes bel et bien en présence des fameuses sphères de Dyson, ou leurs variantes, dans la Voie lactée.

Une conférence sur la chasse aux mégastructures E.T. Pour obtenir une traduction en français assez fidèle, cliquez sur le rectangle blanc en bas à droite. Les sous-titres en anglais devraient alors apparaître. Cliquez ensuite sur l'écrou à droite du rectangle, puis sur « Sous-titres » et enfin sur « Traduire automatiquement ». Choisissez « Français ». © SETI Institute

Une mégastructure alien ou un objet de Mamajek ?

Mais comme le disait le défunt Carl Sagan, une hypothèse extraordinaire nécessite pour être confirmée des preuves extraordinaires. Nous en sommes très, très loin même si l'on continue à travailler sur de l'Optical Seti.

VVV-WIT-07 pourrait bien plutôt être ce que l'on peut appeler un objet de Mamajek, du nom de l'astrophysicien Eric Mamajek du célèbre Jet Propulsion Laboratory de la Nasa, et pas une autre étoile de Tabby, comme les chercheurs l'expliquent dans un article publié dans Monthly Notices of the Royal Astronomical Society, mais en accès libre sur arXiv.

La brutale baisse de luminosité observée, s'ajoutant à des variations nettement plus faibles et plus ou moins périodiques, s'expliquerait donc de la même manière que pour l’étoile J1407 (aussi appelée objet de Mamajek), c'est-à-dire par le transit devant VVV-WIT-07 d'une exoplanète possédant un système d'anneaux bien plus étendus que ceux de Saturne (200 fois plus dans le cas de J1407).

Dans le cas de l'étoile de Tabby, les variations erratiques de luminosité sont très probablement causées par des masses de poussières proches de l'étoile, mais dont la nature précise reste indéterminée. On sait qu'il ne peut s'agir de mégastructures aliens car les creux dans les courbes de lumière ne sont pas aussi intenses dans différentes longueurs d'onde. En effet, ces structures devraient être opaques à toutes les longueurs d'onde où ont été réalisées les observations. Pour la même raison, planètes et étoiles naines sont aussi exclues. On n'observe pas non plus de traces spectrales de masses de gaz neutre ou ionisé, ce qui n'est pas favorable à l'idée d'un transit de nuages de matière interstellaire.

Les chercheurs continuent d'observer VVV-WIT-07, espérant glaner des informations suffisantes pour percer son mystère en confirmant certaines des hypothèses qu'ils ont à son sujet. On pourrait s'attendre à quelques révélations concernant une population aujourd'hui encore largement cachée de ces étoiles mystérieuses dans quelques années, avec la mise en service du LSST.

  • L’étoile variable VVV-WIT-07 présente des anomalies dans sa variation de luminosité qui la rapproche du cas de la fameuse étoile de Tabby dont on s'était demandé si elle n'était pas entourée par une sphère de Dyson construite par une civilisation E.T avancée.
  • L'hypothèse a depuis été réfutée et il s'agirait plutôt de masses de poussières sous une forme encore indéterminée. Mais le mystère subsiste.
  • VVV-WIT-07 pourrait être un objet de Mamajek, c'est à dire un immense système d'anneaux bien plus grands que ceux de Saturne et que l'on pense exister autour d'une exoplanète autour de l'étoile J1407.
Pour en savoir plus

La fin de l'énigme pour l'étoile mystérieuse SCP 06F6 ?

Article de Laurent Sacco publié le 08/06/2009

En septembre 2006, le télescope Hubble observait ce qui se présentait comme une supernova mais avec des caractéristiques jusque-là inconnues. Mystérieuse, la nouvelle étoile défiait les explications des théoriciens... jusqu'à aujourd'hui. Il s'agirait de l'explosion d'une étoile massive lointaine riche en carbone, selon des astrophysiciens de l'Université de Warwick.

Le 26 février 2006, le télescope Hubble découvrait dans la constellation du Bouvier la brusque apparition d'un nouvel objet qui pouvait s'apparenter à une supernova. Cependant, comme l'expliquait dans une publication de septembre 2008 l'équipe d'astronomes responsable de la découverte, SCP 06F6 montrait des signes contradictoires avec la nature d'une simple supernova. Il ne pouvait s'agir ni d'une SN I ni d'une SN II.

Perplexes quant à la nature de SCP 06F6, les astrophysiciens ne pouvaient pas lui attribuer non plus une distance exacte. Il pouvait tout aussi bien s'agir d'un objet extragalactique que d'un phénomène ayant eu lieu à l'intérieur des limites de la Voie lactée.

L'objet est resté particulièrement brillant pendant une centaine de jours puis sa luminosité a décru sur une période de temps comparable. La courbe de lumière pouvait faire penser à une supernova SN II mais sa durée, avec son pic de luminosité, était quatre fois plus longue que pour des supernovae de cette classe. L'analyse fine de son spectre montrait aussi des caractéristiques jamais observées dans une supernova ni dans aucun objet connu des astrophysiciens.

Dans le domaine des rayons X, SCP 06F6 se montre tout aussi étrange pour une supernova puisqu'il est cent fois plus brillant. Ordinairement, un important flux de rayons X est produit lorsqu'un objet compact accrète une importante quantité de matière et certains ont fini par émettre l'hypothèse d'un trou noir avalant une étoile qu'il était en train de mettre en pièces avec ses forces de marée. Pour d'autres, il pourrait s'agir de la chute sur une naine blanche d'un gros astéroïde. Toutes ces explications posent des problèmes. De plus, SCP 06F6 ne semble faire partie d'aucune galaxie ou amas de galaxies. Les chercheurs ont un moment pensé à un phénomène de microlentille gravitationnelle qui aurait amplifié le flux d'un objet céleste. Mais l'explication ne tient pas. On pourra lire ces hypothèses dans l'article de Noam Soker, Adam Frankowski et Amit Kashi (Technion, Israël) donné en lien en bas.

La clef : le carbone

Une explication plausible semble émerger aujourd'hui de la part de chercheurs de l'Université de Warwick. Les astrophysiciens avaient déjà noté que le spectre de SCP 06F6 pouvait s'expliquer en partie comme des raies d'absorptions de molécules carbonées décalées vers le rouge. Ils ont poursuivi les investigations dans cette direction et des chercheurs comme Boris Gänsicke en sont arrivés à la conclusion que l'on était probablement en présence de l'explosion en supernova d'une étoile particulièrement riche en carbone située à environ 2 milliards d'années-lumière. Les étoiles carbonées, comme La Superba située à 710 années-lumière dans la constellation des Chiens de chasse, ont en effet une atmosphère riche en molécules de carbone.

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