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Don Quichotte : la comète qui se faisait passer pour un astéroïde

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Le troisième plus gros astéroïde géocroiseur connu, Don Quichotte, a longtemps été soupçonné, en raison de sa trajectoire, d'être une « comète morte » ou éteinte. Or, d'après les recherches menées par une équipe d'astronomes, il serait bien une comète, mais toujours en activité.

L'atmosphère (ou coma) de la comète Don Quichotte, sur une image capturée par le télescope spatial Spitzer. © Nasa, JPL-Caltech, DLR, NAU

Depuis sa découverte le 26 septembre 1983, Don Quichotte (3552) fut longtemps considéré comme un astéroïde géocroiseur de la famille Amor (ils seraient plus de 3.600), voire comme une comète asséchée susceptible d'avoir épuisé toutes ses réserves de glace d'eau et de glace carbonique au cours de sa longue carrière passée.

Son orbite particulièrement elliptique, entre Jupiter et la Terre, a conduit les chercheurs sur cette piste comme le rappelle l'astronome Michael Mommert, qui débuta ses recherches au German Aerospace Center avant de rejoindre la Northern Arizona University (NAU) : « Son orbite ressemblait à celle d'une comète, si bien qu'il a été supposé que c'était une comète qui avait réussi à se débarrasser de tous ses dépôts de glace ».

Or, en réétudiant les images acquises en août 2009 lors d'une précédente campagne d'observation avec le télescope spatial Spitzer (rayonnement infrarouge), son équipe de la NAU, associée à des chercheurs du Harvard-Smithsonian Center for Astrophysics, a établi la véritable identité de cet objet céleste. Long d'environ 18 km, ce troisième plus gros astéroïde géocroiseur connu se montrait « plus brillant que prévu ».

Le géocroiseur Don Quichotte : une comète discrète

Don Quichotte est loin d'être une « comète morte » (et encore moins un astéroïde), car tout indique qu'elle est toujours active. En témoignent les « émissions étendues » observées qui trahissent une atmosphère (appelée la coma) très ténue et une délicate queue cométaire. D'une faible luminosité, celle-ci échappa aux regards pourtant scrupuleux des astronomes durant trois décennies.

« La découverte d'émissions de dioxyde de carbone de Don Quichotte nécessitait la sensibilité aux longueurs d'onde infrarouge du télescope Spitzer et n'aurait jamais été possible en employant des télescopes terrestres », commente Michael Mommert.

Capturée dans l’infrarouge par le télescope spatial Spitzer, on peut voir sur l’image de gauche la coma (l’atmosphère) ténue de Don Quichotte. À droite, l’image a été nettoyée afin de mettre en évidence la queue de la comète. Celle-ci est naturellement à l’opposé du Soleil. © Nasa, JPL-Caltech, NAU

Enquête sur les origines de l’eau

Bien qu'approchant régulièrement l'orbite terrestre, la comète ne représente pas directement une menace pour notre biosphère, aucun impact n'étant prévu à l'horizon de plusieurs décennies. Ce qui intéresse davantage les chercheurs, c'est sa composition. Renfermant approximativement 100 milliards de tonnes d'eau (soit à peu près autant que le lac Tahoe en Californie), Don Quichotte appartient probablement à une grande famille de corps célestes qui jadis, il y a plus de 4 milliards d'années, ont massivement contribué à constituer les stocks d'eau de notre Planète bleue.

Une découverte qui implique que de la glace carbonique et de l'eau soient également présentes à la surface de nombreux autres géocroiseurs, comme le suggère Michael Mommert. Ce dernier a présenté le fruit des recherches de son équipe à l'European Planetary Space Congress (EPSC) qui s'est tenu à Londres du 8 au 13 septembre 2013.

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