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Y a-t-il de l’eau dans les geysers d’Encelade ?

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Les geysers observés sur Encelade, la septième lune de Saturne par ordre de taille, pourraient contenir de l'eau sous forme liquide. Voilà qui amènerait le satellite au rang d'objectif prioritaire dans la recherche de la vie.

La glace, qui apparaît ici en bleu sur cette photo prise par Cassini en juillet 2005, est située exactement au niveau des rayures de tigre. Crédit Nasa

La surface d'Encelade est parcourue de nombreuses stries baptisées rayures de tigre. Il s'en s'échappe de nombreux jets très fins qui s'étendent dans toutes les directions, observés depuis 2004 par la sonde américaine Cassini. Plusieurs études avaient déjà permis de déterminer que ces geysers contenaient entre autres de la vapeur d'eau. Celle-ci est à la base de la formation de l'anneau E qu'elle alimente en permanence.

Encelade au-dessus de l’anneau B. Cliquer pour agrandir. Crédit Nasa

Candice Hansen, chercheur pour le compte du JPL (Jet Propulsion Laboratory) à la Nasa, vient de publier une étude selon laquelle ces jets contiendraient également de l'eau sous forme liquide. Elle base cette conclusion sur le fait que la matière est éjectée de la surface à une vitesse atteignant 2.180 km/h, ce qui est considéré comme irréalisable par des particules solides ou gelées.

« Atteindre une telle vitesse est difficilement envisageable sans liquides » affirme Candice Hansen. L'astronome insiste toutefois sur le fait que si cette nouvelle étude conforte l'hypothèse de présence d'eau liquide sous la surface d'Encelade, elle n'en apporte pas une preuve définitive et que d'autres études sont encore à effectuer.

Eruption à travers la couche de glace d'Encelade. Crédit Nasa

Serait-il possible de recueillir l'eau d'Encelade ?

Carolyn Porco, une astronome du projet Cassini, estime que le satellite est devenu un des objectifs privilégiés pour la recherche de la vie dans le système solaire, au même titre qu'Europe. Mais si elle estime que l'hypothèse liquide se renforce au vu des derniers résultats fournis par Cassini, ce n'est pas tout à fait l'avis de Andrew Ingersoll, planétologue à l'Institut de Technologie de Californie, qui pense pour sa part qu'un flux de particules de glace très froides peut atteindre une telle vitesse.

Quoi qu'il en soit, si cette découverte est confirmée, un pas décisif sera apporté dans la recherche de la vie, actuellement focalisée sur les océans cachés sous la surface gelée d'Europe, un des satellites de Jupiter. Plusieurs scénarios de missions avaient déjà été élaborés, mettant en œuvre un atterrisseur équipé d'un dispositif de forage afin d'atteindre la couche liquide. Mais alors que le spectre d'une contamination accidentelle et potentiellement catastrophique pour la science hantait les chercheurs, Encelade redistribue les cartes en permettant une recherche similaire avec des moyens infiniment moins complexes.

Jet de matière au-dessus du pôle sud. Crédit Nasa

En effet, Cassini a traversé à deux reprises et sans dommage les geysers d'Encelade, notamment le 11 août 2008 à une altitude de moins de 50 km et il ne serait pas inenvisageable d'équiper une future mission d'un dispositif de collecte d'échantillons pouvant être ramené au sol, à l'instar de ce qui a déjà été fait pour d'autres objectifs (échantillons de la queue de la comète Wild-II par Stardust en juillet 2004, échantillons de vent solaire par Genesis de novembre 2001 à avril 2004). Outre l'avantage de la simplification par rapport à un atterrissage, une opération complexe de percement de la glace et un décollage, une telle mission dont le coût serait bien plus réduit présenterait à la fois l'avantage de pouvoir être réalisée plus rapidement et d'écarter tout risque de contamination.

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