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Sur Mars, Phoenix le géologue a du mal à manier sa pelle

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La première parcelle de sol martien prélevé par le bras robotisé de Phoenix n'a pu être analysée et ne pourra peut-être pas l'être. On ne comprend pas très bien les raisons de cet échec mais un second échantillon a été préparé...

Traces de creusement dans le sol. Crédit : Nasa

La sonde chargée d'étudier le sol martien connaît décidément des débuts difficiles. Après avoir correctement prélevé une pelletée de terrain et l'avoir, cette fois, déposée au bon endroit, le matériau récolté refuse de pénétrer dans l'instrument !

Les détecteurs de l'analyseur thermique Tega (Thermal Evolved Gas Analyzer) sont formels : ou bien aucune parcelle d'échantillon n'est parvenue dans les instruments ou bien celles-ci représentent moins d'un milligramme et échappent à leur examen.

L'analyse des échantillons se faisant à haute température, leur masse doit répondre à des exigences précises. Trop faible, les résultats ne seraient pas significatifs. Trop forte, la résistance électrique du micro-four, alimentée par les seuls panneaux solaires de Phoenix, ne pourrait en élever la température aux mille degrés exigés. Idéalement, 30 milligrammes sont souhaités.

Pelletée de sol prélevée par Phoenix. Crédit : Nasa

Pour cela, la petite excavatrice montée à l'extrémité du bras robotisé dispose l'échantillon sur un tamis disposé à l'entrée du four et dont la trame ne laisse passer que des parcelles de un millimètre environ. Celles-ci parviennent à l'intérieur du four où elles sont soumises à la question... Mais voilà, rien n'est passé lors de cette première tentative.

Un dispositif vibreur avait pourtant été prévu pour parer à cette éventualité et a parfaitement fonctionné ainsi que le montrent les images enregistrées. Mais sans résultat.

Les techniciens pensent que le terrain déposé sur la tamis présente une granulométrie trop importante, ce qui serait surprenant car même dans ce cas des parcelles de poussières ou de minuscules débris devraient exister entre les grains. Une autre hypothèse voudrait que le sol ait été comme cimenté par du sel agissant à la manière d'un liant, ou qu'il soit simplement rendu humide sous l'action des moteurs d'atterrissage ou par de l'humidité ambiante.

L'échantillon, posé sur le tamis d'entrée. Crédit : Nasa

Le système vibrant sera une nouvelle fois utilisé pour tenter de dissocier les particules et en faire tomber suffisamment à travers le filtre, mais les techniciens doutent du résultat. Cependant, cette mésaventure n'est pas vraiment un échec car elle apporte de nouveaux éléments sur la connaissance du sol martien et de sa texture. Ils viendront s'ajouter aux résultats des analyses biochimiques à venir, dont on ne doute pas qu'elles finiront par être effectuées.

Une deuxième pelletée

Déjà, la pelle a prélevé un nouvel échantillon qui sera soumis à la fois au microscope de la sonde et, une nouvelle fois, à l'instrument Tega. Une approche différente a été décidée. L'excédent sera d'abord vidé à côté de l'atterrisseur par secousses successives, afin d'éliminer les plus gros morceaux. Le reste sera ensuite saupoudré au-dessus du réceptacle du microscope, puis du Meca (Electrochemistry et du Conductivity Analyzer). Si les images montrent que l'expérience est concluante, une troisième partie sera alors déposée sur le filtre du Tega tout en l'agitant.

Le ressort mystérieux. Crédit : Nasa

Enfin, les techniciens ont réussi à identifier un mystérieux ressort qui était apparu sur les images, à proximité d'un des pieds de l'atterrisseur. Un moment, on avait envisagé qu'il puisse s'agir d'une pièce oubliée lors du montage ou de l'intégration de Phoenix, ce qui aurait été très grave, ou même d'un passager clandestin introduit volontairement (Surveyor-1, la première sonde américaine à s'être posée sur la Lune, possédait un tel passager clandestin. Qui s'en souvient ? A suivre...).

Mais ce ressort martien provenait bien du vaisseau spatial et faisait partie du dispositif de protection thermique du bras robotique, qu'il a protégé durant les 679 millions de kilomètres parcourus à travers le système solaire.

Le passager clandestin de Surveyor-1

Lancée par la Nasa le 30 mai 1966 avec une caméra vidéo pour seul instrument scientifique, Surveyor-1 se posa trois jours plus tard sur la Lune, dans l'Océan des Tempêtes. Le succès fut complet et les résultats supérieurs aux attentes.

Surveyor-1 (image d'artiste). Crédit : Nasa

Mais un technicien de la société Hugues, principal maître d'œuvre de la sonde, se désolait que l'agence spatiale n'ait pas profité de l'occasion pour porter l'emblème de son pays sur la Lune sous une forme plus fortement symbolique qu'une simple décoration peinte sur un des flancs du vaisseau. Il acheta donc un véritable petit drapeau américain en tissu chez un marchand de jouets, le roula très soigneusement et parvint à l'introduire, à l'insu du reste de l'équipe, à l'intérieur d'un tube formant l'armature du train d'atterrissage.

C'est ainsi que le premier drapeau américain parvint sur le sol lunaire il y a plus de quarante ans ! Peut-être le reverra-t-on un jour...