Une fois positionné sur son orbite géostationnaire, GO-3S dominera un tiers de la planète et sera capable d'observer en temps réel n'importe quel point en moins de 5 minutes. © Astrium

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Bourget 2011 : GO-3S, un télescope géostationnaire pour la surveillance

ActualitéClassé sous :Astronautique , Astrium , orbite géostationnaire

Immobile par rapport à nous, surveillant un tiers de la surface terrestre avec son puissant télescope et sa caméra filmant en temps réel, GO-3S, encore à l'état de projet, intéresse les militaires et la sécurité civile. Rencontre avec le vice-président Défense et sécurité d'Astrium, qui nous détaille cet instrument hors normes.

Astrium a profité du Salon du Bourget pour présenter un projet innovant de satellite d'observation de la Terre depuis l'orbite géostationnaire (GO-3S, Geostationary Observation Space Surveillance System). Doté d'un miroir de plus de 4 mètres, ce satellite est conçu pour obtenir de l'information en temps réel à chaque fois que l'urgence l'exige dans des missions humanitaires ou de sécurité et de défense.

Cette idée de placer un satellite d'observation sur une orbite géostationnaire s'explique par les limites qu'impose l'utilisation de satellites d'observation de la Terre, qu'ils soient civils ou militaires. En effet, installés sur des orbites basses de 600 à 800 kilomètres d'altitude, ces satellites sont dotés d'instruments d'observation et de surveillance très performants mais ne sont pas en permanence au-dessus du même point, de sorte que lorsque l'on a besoin d'une information immédiate ou de réaliser un suivi d'un événement au sol, on en est réduit à attendre le passage d'un satellite au-dessus de la zone concernée. Malgré une fréquence élevée de revisite, cette situation est dommageable dans bien des situations où la vie humaine est en jeu.

Image simulée de l'aéroport de Nice tel que l'observerait GO-3S. © Astrium

Pour s'affranchir de cette contrainte, Astrium propose d'envoyer sur une orbite géostationnaire un « télescope pointé en permanence » au-dessus d'une très grande partie de l'Europe, de l'Afrique du Nord et du Moyen Orient, principaux foyers de crises.

Garder notre avance technologique

Comme nous l'explique Bernard Molard, vice-président Défense et sécurité d'Astrium, en charge du projet GO-3S, il s'agit d'un projet non sollicité, qu'Astrium « développe sur ses fonds propres et qui ne verra vraisemblablement pas le jour avant plusieurs années ». En filigrane se dessine une stratégie visant à pérenniser l'avance technologique de la France. Il est clair que demain tout le monde sera capable de faire un Hélios (satellite militaire français d'observation) en « raison des transferts de technologies ». D'où la volonté de pousser notre pays à « investir dans ce type de technologies très innovantes pour maintenir toujours une longueur d'avance ».

L'idée est d'obtenir de l'information « en temps réel et en continu » au moyen d'un miroir de 4,20 mètres à quelque 36.000 kilomètres d'altitude qui donnera une résolution de 3 mètres avec une fréquence de prise de vue d'une image par seconde, « voire dix images par seconde dans certains cas ». Cette résolution peut paraître faible, mais « tous les militaires qui sont venus nous rendre visite ont été éblouis par la dynamique de l'image ». Il faut garder à l'esprit qu' « il s'agit d'une image par seconde ». Et ça change tout. L'Homme bénéficie d'une sorte de « rémanence rétinienne additionnée à la fluidité de la transmission » qui lui permet d'obtenir d'avantage d'informations qu'une image fixe.

Une plateforme à inventer

GO-3S « est un peu comparable aux concepts cars de l'automobile». Malgré six points délicats identifiés, ce projet montre ce que la « technologie actuelle nous permet d'envisager » car Astrium est en mesure de le réaliser « pour peu que l'on accentue le travail sur ces points durs ». GO-3S n'utilisera pas de plateforme existante. Ce sera un miroir équipé de détecteurs CMOS de nouvelle génération qui « doivent restituer 100 kilomètres par 100 kilomètres ».

Autour de ce miroir, « on construira ce qu'il faudra pour mettre tous les systèmes nécessaires à son fonctionnement ». Cette future plateforme devra être parfaitement stable, « depuis cette altitude on ne peut pas se permettre la moindre vibration sous peine d'obtenir des images fortement dégradées » et animée par un système de pilotage extrêmement précis.

Pour l'instant, il n'y a pas de feuille de route. Mais si Astrium décide d'investir dans ce projet dès 2012-2013, un démonstrateur pourrait voler en 2017-2018 et une solution finale arriver vers 2020-2025. © Astrium

Si ce n'est la durée du polissage de deux ans, le miroir ne pose pas trop de problème à Astrium qui « maîtrise la technologie de fabrication de miroirs de très grandes dimensions ». Celui qui est envisagé est du même type que celui d'Herschel, le télescope spatial infrarouge de 3,5 mètres de l'Agence spatiale européenne. Il s'agit d'un « miroir monolithique en carbure de silicium de 4,20 mètres de diamètre », qu'il aurait été possible de faire plus grand, mais « on s'est limité à cette taille pour qu'il soit compatible avec un lancement sur une Ariane 5 ».

Un satellite pour tout voir

Comme le souligne Bernard Molard, ce projet est une « rupture technologique pour une révolution opérationnelle ». Concernant le financement de ce projet, « on peut imaginer des investissements de différentes natures » provenant de gouvernements pour des usages doubles, de l'Union européenne, voire de partenariats public-privé ou émanant d'un investisseur privé qui « revendrait la minute de vidéo dans un schéma similaire à ce que font aujourd'hui les satellites de télécommunications ».

S'il ne fait guère de doutes que les militaires seront les principaux utilisateurs de ce service, « ce ne seront pas les seuls ». Les applications d'un tel système seront multiples comme « des missions humanitaires, de surveillance de catastrophes naturelles (feux de forêts, tsunamis, tremblement de terre), de surveillance maritime (piraterie, dégazage, pêche illicite) ». Enfin, on peut envisager qu'avec l'apport d'un nouveau service, « des idées d'utilisations auxquelles on ne pense pas aujourd'hui soient une réalité demain ».

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