Le moteur à propergol solide, commun aux lanceurs Ariane 6 et Vega C, sera testé en juin sur le site du Centre spatial guyanais. © Cnes, ESA, service Optique du CSG

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Moteur à propulsion solide : premier essai pour Ariane 6 et Vega

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Pour limiter les coûts de développement et gagner en compétitivité, l'Agence spatiale européenne (ESA) et le Cnes ont doté Ariane 6 et Vega C d'un moteur à propergol solide commun, le P120. Un premier essai est prévu courant juin au Centre spatial guyanais. Les explications avec Jean-Marc Astorg, directeur des lanceurs du Cnes.

Alors que les premiers tirs des futurs lanceurs Vega et Ariane 6 auront lieu respectivement à l'automne 2019 et en juillet 2020, le développement se poursuit selon le calendrier, sans retard. Prochaine étape : la réalisation d'un essai statique du moteur à propergol solide qu'auront en commun ces deux lanceurs. Baptisé P120, ce moteur sera utilisé comme premier étage du lanceur Vega C à partir de fin 2019, et comme étage d'accélération (EAP) pour les deux versions d'Ariane 6 à partir de mi-2020 : Ariane 62 avec 2 EAP et Ariane 64 avec 4 EAP.

Après des essais réussis de suppression des oscillations de pression sur le site de Gironde de DGA Essais de missiles (mars 2015) et de pression du corps de propulsion dans l'usine d'Avio de Colleferro, en Italie (juin 2017), trois essais de développement et de qualification sont prévus sur le site du Centre spatial guyanais. Ils ont pour but de vérifier la performance du moteur dans son ensemble.

Comme nous l'explique Jean-Marc Astorg, directeur des lanceurs du Cnes, un premier essai est prévu courant juin dans « une configuration représentative d'un vol ». Plus de « 100 paramètres seront enregistrés lors de ces trois essais ».

Le P120, le plus gros moteur à propergol solide monolithique du monde. © Cnes, ESA, service Optique du CSG

Cet essai sera-t-il réalisé sur le Banc d'essai des accélérateurs à poudre (BEAP) développé pour les boosters d'Ariane 5 ?

Jean-Marc Astorg : Oui. Cependant, ce banc d'essai a été reconverti pour Vega et Ariane 6. Trois essais de développement et de qualification sont prévus. Le premier nous permettra de vérifier le bon fonctionnement général du moteur en conditions réelles d'exploitation. Les suivants, dits « de qualification », amèneront le moteur aux limites de ses capacités en termes de vitesse, de combustion, de température et de pression. Nous vérifierons aussi le respect de la loi de poussée.

Qu'entendez-vous par « loi de poussée » ?

Jean-Marc Astorg : Bien que la vitesse de combustion du propergol soit relativement constante, il est néanmoins possible de provoquer des variations importantes de la poussée du moteur afin d'optimiser la performance du lanceur. La poussée étant proportionnelle à la surface de combustion, en faisant varier celle-ci au cours du temps à partir d'une forme initiale du bloc de propergol, on peut obtenir la loi de poussée cherchée.

Que cherchez-vous à vérifier ou à démontrer ?

Jean-Marc Astorg : Globalement, l'objectif d'un essai au BEAP est de vérifier la performance du moteur : évolution de la poussée, impulsion spécifique, activation de la tuyère, etc. Ces données sont fondamentales pour valider la performance des deux lanceurs Ariane 6 et Vega C. Si l'on compare à l'aéronautique, c'est l'équivalent d'un banc de moteur d'avion sur un banc statique avant de partir pour des essais en vol sur avion !

S'agit-il vraiment du plus gros moteur à propergol solide monolithique du monde ?

Jean-Marc Astorg : Oui, lorsque le P120 sera en service, il sera bien le plus gros moteur à propergol solide monolithique du monde. Avec un diamètre de 3,4 m, une longueur de 11,7 m et un chargement en propergol de 143,6 tonnes, il détrônera l'actuel P80 de Vega. Ce dernier est un moteur actuellement en service mesurant 11,2 m de long, avec un diamètre de 3 m et un chargement en propergol de 88 tonnes.

Le banc d'essai des boosters est situé sur le site du Centre spatial guyanais. Ici, essai d'un booster d'appoint d'Ariane 5 (mai 2000). Le banc a été modifié pour s'adapter aux moteurs à propergol solide d'Ariane 6 et Vega. © Cnes, ESA, service Optique du CSG

Quels sont les principaux intérêts d'un moteur à propergol solide monolithique ?

Jean-Marc Astorg : D'abord, ils sont excellents pour donner un boost au décollage. Certes, les performances de ces moteurs sont moins brillantes que celles des moteurs à propulsion liquide : un kilo de propergol solide produit une poussée inférieure à celle d'un kilo de propergol liquide. Mais, l'autre intérêt du monolithique, c'est qu'il est composé d'un segment unique, au lieu de plusieurs segments dont la coulée est réalisée séparément pour, après, être intégrés. Il n'a donc pas les liaisons qu'ont les boosters à poudre d’Ariane 5. Ces EAP sont constitués de 7 viroles qui sont autant de points de rupture potentiels et de sujets à problèmes. On se souvient tous de l'explosion, en janvier 1986, de la navette Challenger. Elle avait été provoquée par la rupture des joints toriques, situés entre les deux premiers segments du booster droit de la navette, provoquant vers l'extérieur une fuite de gaz incandescents.

Un autre intérêt des propergols solides est leur simplicité de préparation (préparés en des confections spéciales ou directement coulés dans le moteur) et d'utilisation (ils n'ont pas besoin d'un réseau de canalisation comme cela est nécessaire pour les moteurs à propulsion liquide).

Cette technologie est certes très maîtrisée. Mais quels sont les risques encourus ou les points à surveiller lors d'un décollage ?

Jean-Marc Astorg : Il n'est pas possible de simuler au sol lors des essais statiques l'ensemble des phénomènes se produisant lors d'un lancement, en particulier l'effet de l'accélération sur le fonctionnement du moteur, les charges aérodynamiques, le fonctionnement sous vide, le pilotage du lanceur. C'est pourquoi un vol de qualification d'un nouveau lanceur est toujours une première !

L'étage à poudre de la filière Vega-Ariane 6 a-t-il un potentiel de développement ou bien, avec ce P120, arrivez-vous aux limites de ses capacités ?

Jean-Marc Astorg : Ce moteur a un potentiel de développement limité à quelque 180 tonnes de propergol solide mais, comme tous les moteurs à propulsion solide, il n'est pas souple vis-à-vis des évolutions. Quelle que soit la taille d'une évolution du moteur, il est nécessaire d'initier de nouvelles phases de développement qui sont très contraignantes en termes de temps et de budget. C'est très différent des moteurs à propulsion liquide, dont l'augmentation de la taille des réservoirs offre une plus grande souplesse d'évolution de la performance.

  • Le P120 est un moteur à propergol solide qui sera commun aux deux lanceurs Ariane 6 et Vega C.
  • Il s'agit du plus gros moteur à propergol solide monolithique du monde.
  • Le premier essai de ce moteur aura lieu dans une configuration représentative d’un lancement.
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