La paralysie du sommeil s'accompagne d'hallucinations visuelles, auditives ou sensorielles dans 75 % des cas. © Sam Moghdadam Khamsey, Unsplash
Santé

Quels sont les mécanismes de la paralysie du sommeil ?

Question/RéponseClassé sous :Sommeil , cerveau , paralysie du sommeil
 

[EN VIDÉO] La paralysie du sommeil  Qu'est-ce que c'est, et qui touche-t-elle ? Sylvie Royant-Parola, psychiatre et médecin spécialiste du sommeil, répond à ces questions ! 

Comme 7,6 % de la population, vous avez peut-être déjà souffert de paralysie du sommeil, sans savoir forcément mettre de mot dessus. Ce trouble du sommeil se manifeste par une impossibilité de bouger ou de crier, et survient au réveil ou à l'endormissement. La bonne nouvelle, c'est que la paralysie du sommeil est complètement bénigne.

La sensation d'être cloué dans son lit, paralysé, bloqué entre le sommeil et l'éveil, sans pouvoir appeler à l'aide et parfois avec une présence menaçante. La paralysie du sommeil, à ne pas confondre avec des terreurs nocturnes, peut être anxiogène pour celui qui la vit.

Ce que l'on appelle « paralysie du sommeil » est en fait une atonie musculaire, et est, lorsqu'on est endormi, tout à fait normale. Pendant le sommeil, le cerveau et le reste du corps passent par différentes phases. Celle qui nous intéresse ici, c'est celle pendant laquelle les rêves se produisent : le sommeil paradoxal.

Il est aussi appelé REM sleep en anglais pour « rapid eye movement ». Le sommeil paradoxal se caractérise et se différencie des autres phases de sommeil notamment par une intense activité cérébrale, et une absence de tonus musculaire, appelée atonie. Cette atonie s'explique par le fait que le cerveau empêche le rêveur de vivre littéralement son rêve, sans quoi il se lèverait et se mettrait, lui ou son entourage, en danger. Le corps est donc paralysé, sans que le dormeur n'en ait conscience. L'atonie complète ne concerne que les muscles volontaires, dits aussi muscles squelettiques, ceux liés à la motricité. Les muscles lisses, ou involontaires, comme ceux de la respiration ou de la digestion - autrement dit, ceux qui fonctionnent indépendamment de notre volonté - ne voient leur tonus que réduit.

75 % des cas de paralysie du sommeil s'accompagnent d'hallucinations

Il arrive parfois que lors du passage entre l'état d'éveil et celui de sommeil, le sujet soit conscient alors que le corps est toujours - ou déjà - dans l'état d'atonie qui caractérise le sommeil paradoxal : c'est la paralysie du sommeil. Cela peut survenir au réveil, on parle alors de paralysie du sommeil hypnopompique, ou lors de l’endormissement, on parle alors de paralysie du sommeil hypnagogique.

Dans 75 % des cas, la paralysie du sommeil peut s'accompagner de vivides hallucinations auditives, visuelles ou sensorielles. Les témoignages de sujets qui les ont vécues permettent de catégoriser trois types d'hallucinations récurrentes lors de la paralysie du sommeil. Dans le premier cas, le paralysé voit ou ressent une présence intruse, voire hostile, dans la pièce. Dans le deuxième cas, le paralysé décrit une sensation d'oppression sur son thorax. Ces deux premiers types d'hallucinations sont souvent liés. Le troisième type correspond à des hallucinations vestibulo-motrices et à une impression de flotter, voler ou de sortir de son corps.

Quels sont les facteurs soupçonnés de favoriser les épisodes de paralysie du sommeil ?

La littérature médicale actuelle suggère donc que la paralysie du sommeil s'explique par un état de conscience alternatif entre le sommeil et l'éveil. Il est pour l'heure difficile de déterminer pourquoi l'atonie musculaire et l'imagerie cérébrale du sommeil paradoxal persistent lors de l'éveil. 

Certains facteurs semblent néanmoins favoriser les épisodes de paralysie du sommeil. Des études ont montré un certain degré d'association entre la paralysie du sommeil et la consommation d'alcool, l’anxiété, l'exposition à des événements traumatiques, le fait de dormir sur le dos, une grande fatigue, ou encore un rythme circadien non aligné avec le cycle jour-nuit local (chez les travailleurs de nuit ou les personnes souffrant d'un décalage horaire par exemple).

La paralysie du sommeil est plus fréquente chez les insomniaques que chez les dormeurs sains, mais aucun lien de causalité n'a pu être trouvé entre ces deux troubles. © Shuttershock

La paralysie du sommeil est également prévalente chez les insomniaques, les narcoleptiques, les personnes atteintes de troubles psychiatriques ou encore les étudiants. Comme aucun lien de causalité n'a pu être prouvé pour l'instant, il est pour l'heure difficile de déterminer la nature de la corrélation entre ces facteurs et la paralysie du sommeil.

La paralysie du sommeil est-elle sans risque pour la santé ?

Une explication possible des hallucinations qui accompagnent les épisodes de paralysie du sommeil se base sur le fait que la respiration devient irrégulière lors du sommeil paradoxal. Cela est dû à la réduction de tonus des muscles respiratoires : le volume alvéolaire peut alors être jusqu'à 40 % plus faible que pendant l'éveil. Associé à un état d'hypervigilance qui prend son origine dans le mésencéphale et qui peut mener à la peur qui accompagne ces épisodes, cela peut en partie expliquer les hallucinations lors desquelles le sujet a l'impression d'être oppressé au niveau de la poitrine.

Malgré la sensation de peur et de panique qu'ils peuvent causer, les épisodes de paralysie du sommeil sont bénins, peuvent survenir chez des sujets sains et ne sont pas le signe de troubles psychiatriques sous-jacents. En comprendre le mécanisme peut aider à mieux les vivre. Ils peuvent cependant, s'ils sont trop fréquents, être source d'anxiété au point parfois d'affecter l'hygiène de vie de celui qui en souffre. Il convient alors d'améliorer son rythme de sommeil, voire de consulter un médecin, si ces épisodes prennent le pas sur la vie.

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