En lisant cet article, il est très probable que vous scrolliez de la main droite si, comme 70 à 90 % des êtres humains, vous êtes droitier. Cette particularité propre à l’Homme est d’autant plus intéressante que les scientifiques essaient de l’expliquer depuis plus d’un siècle.

Cela vous intéressera aussi

Une grande majorité des êtres humains sont droitiers : on estime en effet que 7 à 9 personnes sur 10 le sont. Cette proportion est sensiblement la même partout sur le globe. Plusieurs théories tentent aujourd'hui d’expliquer pourquoi les gauchers sont si peu représentés, mais les mécanismes impliqués restent encore peu identifiés.

La latéralité (dominance du côté droit ou gauche sur l’autre pour l’exécution de tâches ou le remplissage de fonctions biologiques) n’est pas propre à l’Homme. Chez certaines espèces, la répartition est quasi égale. Chez les chats, elle dépend même du sexe : les mâles sont majoritairement gauchers alors que les femelles sont majoritairement droitières. Chez certains primates comme le chimpanzé et le gorille, la majorité des individus sont droitiers. Mais l’Homme est le seul chez qui le ratio est aussi déséquilibré en faveur des droitiers.

Être droitier : un avantage évolutif ?

On sait que la génétique joue un rôle dans ce qui détermine si une personne est gauchère ou droitière. Un couple de gauchers aura plus de chances d’avoir un enfant gaucher qu’un couple de droitiers ou mixte, mais il aura toujours plus de chance de donner naissance à un enfant droitier que gaucher. Certains des gènes impliqués ont d’ores et déjà pu être identifiés par des chercheurs britanniques.

Mais la génétique n’est pas la seule force en action, et ses mécanismes restent d’ailleurs mal identifiés. La latéralité peut aussi être influencée par des facteurs sociaux ou culturels. C’est d’ailleurs le point de départ d’une autre théorie qui pourrait expliquer pourquoi les gauchers sont minoritaires.

L’Homme a souvent été décrit comme un animal social, et d’un point de vue évolutif, il est plus avantageux de s’adapter à sa communauté. Pour vivre ensemble, partager des outils et des espaces, et une meilleure coopération sociale, il est aussi plus avantageux d’être habile de la même main que les autres. Les tout premiers outils de nos ancêtres, vieux de plus de 3 millions d’années, ne semblent pas indiquer de biais particulier de la répartition entre droitiers et gauchers. Il est donc possible de supposer qu’avec le temps, un côté ait gagné le jeu de l’évolution pour que les individus puissent plus facilement utiliser les outils faits par les autres.

Être gaucher présente quelques avantages dans le domaine sportif. © NDABCREATIVITY, Adobe Stock
Être gaucher présente quelques avantages dans le domaine sportif. © NDABCREATIVITY, Adobe Stock

Les gauchers plus représentés dans le sport de haut niveau

La question qui se poserait alors serait de savoir pourquoi le côté droit est celui qui l’a emporté sur le gauche. Une hypothèse nous vient du fonctionnement même du cerveau et de sa latéralité : l’hémisphère gauche contrôle le côté droit du corps, et inversement. On sait aussi que le langage est une des fonctions qui, elle, est asymétrique puisque chez la plupart des gens, l’aire responsable du langage est située dans l’hémisphère gauche. Cela mènerait à une utilisation accrue de l’hémisphère gauche et donc à une préférence pour le côté droit. Néanmoins, le lien n’est pas aussi simple puisque l’aire du langage n’est pas systématiquement dans l’hémisphère gauche chez 100 % des droitiers, et elle est aussi à gauche chez la plupart des gauchers.

Ces théories peuvent amener à se demander pourquoi les gauchers n’ont pas simplement disparu avec l’évolution. Une explication réside dans le fait qu’être gaucher confère certains avantages, notamment en combat car il ajoute un facteur inattendu. Dans certains sports comme l’escrime, le tennis de table, le badminton ou le tennis, les gauchers sont significativement plus représentés que dans la population générale.