« Nous pensons que les œstrogènesœstrogènes pourraient avoir un rapport avec la lecture, explique le docteur Sally Shaywitz, et l'observation selon laquelle les œstrogènes augmentent l'activité d'une région du cerveaucerveau dont dépend le stockage de l'information phonologique est une découverte qui conforte considérablement cette hypothèse. » La guerre des sexes aurait-elle pour nouveau théâtre le cerveau ? « Les hommes sont plus doués pour certaines choses, les femmes pour d'autres, dit le docteur Ruben Gur, et notre rôle est de comprendre pourquoi. » 

Gènes, œstrogènes et cerveau : quel rapport ? Ici, un brin d'ADN. © Zffoto, Fotolia
Gènes, œstrogènes et cerveau : quel rapport ? Ici, un brin d'ADN. © Zffoto, Fotolia

Gènes d'expression paternelle

Le fait de travailler sur des chimèreschimères androgénétiques pose un problème aux chercheurs qui étudient le cerveau et le comportement, car il est rare qu'elles vivent plus de vingt-quatre heures. Les travaux sur des gènesgènes d'expression paternelle gouvernés par l'empreinte génomiquegénomique (MestMest et Peg1) font apparaître une remarquable similitude d'expression avec les régions du cerveau où s'accumulent les cellules androgénétiques.

Ces gènes soumis à l'empreinte génomique sont exprimés dans toutes les parties de l'hypothalamus, ainsi que dans certaines parties du système limbiquesystème limbique. Ces gènes d'expression paternelle ont ceci de commun qu'ils influencent fortement le comportement maternel. Les souris chez lesquelles ces gènes ont été volontairement mutés sont indifférentes à leur progéniture, elles ne libèrent et ne nettoient qu'une petite partie des souriceaux en vue de l'allaitementallaitement. Ce qui est intéressant, c'est qu'il s'agit ici de gènes uniquement exprimés à travers la lignée paternelle, mais que cette expression a sur le cerveau de la femelle une action qui influence son instinct maternel. Pour intéressantes que soient ces découvertes, qui font apparaître sous un jour nouveau certains aspects de l'évolution du cerveau et du comportement humain, il convient toutefois de se garder d'une interprétation par trop simpliste.

Le cerveau. © DR
Le cerveau. © DR

Les gènes sous contrôle de l'empreinte génomique sont, pour la plupart, des gènes de régulation qui modulent l'expression d'autres gènes. Ils font, autrement dit, partie du génomegénome et ne fonctionnent pas isolément. Considérer la fonction des gènes en les isolant du génome serait aussi absurde que de vouloir comprendre le fonctionnement du cerveau à partir d'un seul neuroneneurone. Il est néanmoins intéressant de noter que le remodelage du cerveau qui s'est fait sous l'action de l'empreinte génomique et sous l'influence des différences de comportement mâle-femelle a amélioré l'efficacité des hormoneshormones sexuelles en faveur de leurs vertus socialisatrices.

Les œstrogènes

Une étude montre que l'on observe sur les scans cérébraux de femmes post-ménopausiques sous œstrogènes des signes distincts d'activité lorsqu'on demande à celles-ci de se rappeler des séries de mots ou de figures abstraites. Quand on compare leurs scans avec ceux des femmes recevant un placeboplacebo, on s'aperçoit que l'activité cérébrale est plus grande chez les femmes sous œstrogènes, avec une prédominance de l'hémisphère gauche lorsqu'elles mettent ces mots ou ces figures en mémoire et une prédominance de l'hémisphère droit lorsqu'elles les restituent.

Cette étude montre que les œstrogènes modifient la façon dont l'information circule dans le cerveau, et Sally Shaywitz constate que les différences ressemblent à celles que l'on peut observer lorsqu'on compare des sujets jeunes à des sujets plus âgés. Voilà qui devrait encourager davantage encore les femmes qui envisagent un traitement de substitution hormonale et qui conduit aussi à s'interroger sur les effets que les œstrogènes, et peut-être aussi d'autres hormones sexuelles, pourraient exercer sur le cerveau dès l'âge de la pubertépuberté.

Pour tenter de répondre à cette question, Sally Shaywitz mène une étude longitudinale chez des personnes se situant dans cette tranche d'âge. Cette recherche prolonge les travaux qu'elle, son mari, le docteur Bennet Shaywitz, et leur équipe de Yale, consacrent depuis plusieurs années à la dyslexiedyslexie. Ces travaux ont pour but d'étudier les circuits neuronaux sous-tendant la lecture et de permettre de comprendre les altérations de ces circuits aboutissant à la dyslexie. On sait aujourd'hui que le traitement du langage a pour préalable la capacité à décomposer les mots en phonèmesphonèmes, qui sont la plus petite unité du langage parlé. Lire, c'est segmenter le mot écrit en phonèmes le composant et que représentent les lettres. La dyslexie résulte d'une incapacité du cerveau à opérer cette segmentation. Sally Shaywitz fait observer que l'une des régions du cerveau dont l'activité était renforcée chez les femmes sous œstrogènes (le lobe pariétal inférieur) est la même que celle dont elle a démontré qu'elle intervenait dans le stockage de l'information phonologique.

Notons pour finir que l'une des raisons d'étudier les différences homme-femme existant sur le plan cérébral est d'ouvrir aux chercheurs des pistes sur la façon de traiter des pathologiespathologies cérébrales bien déterminées, que l'on rencontre plus souvent chez l'un que chez l'autre, par exemple la schizophrénie, plus fréquente chez l'homme que chez la femme. « Nous devons apprendre à nous aider les uns les autres », dit le docteur Ruben Gur en guise de conclusion.