Santé

La longévité accrue, une révolution négligée

Dossier - Le vieillissement est-il irréversible ?
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Il est probable que les hommes vivront de plus en plus longtemps. L'évolution actuelle le montre mais encore faut-il que ces années de vie supplémentaire ne soient pas assombries par tous ces maux qui font le quotidien des personnes âgées.

  
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La prolongation de la vie ne doit pas être examinée en évoquant unilatéralement une dégradation physiologique observée d'ailleurs jusque là à un âge beaucoup moins avancé que celui auquel on parvient aujourd'hui.

La longévité accrue. © Halfpoint, Fotolia

Les possibilités de donner une vie satisfaisante personnelle, familiale et sociale aux individus très âgés semble être une tâche à la fois primordiale et accessible pour peu que les recherches s'y adonnent avec plus d'intensité qu'actuellement.

Conseils de longévité

C'est dans cet esprit que l'Organisation Mondiale de la Santé a décidé de faire de 1999 l'année des personnes âgées et le Docteur Gro Harlem Bruntdtland, son directeur général a récemment annoncé la célébration internationale du concept de la "longévité active" (active ageing), établissant un programme global de recherches global sur le vieillissement et la santé. La vie au cours de l'âge, dit-elle, dépend de ce que nous en ferons, et en particulier de l'état de santé avec lequel nous pourrons atteindre cette période d'une existence prolongée. C'est dire que dans notre pays les décisions doivent être particulièrement attentives à la situation, car les recherches biologiques et médicales sont relativement peu développées dans ce domaine, et l'enseignement de nos médecins souffre du manque de la reconnaissance universitaire de la discipline gériatrique. Les travaux doivent porter en particulier sur la prévention des maladies liées au vieillissement. On sait que les causes de décès des plus importantes relèvent actuellement du domaine cardio-vasculaire, mais un effort très sérieux dans ce domaine a déjà permis d'en réduire la fréquence et la gravité, et ce sont deux autres séries d'affections qui menacent d'être les plus graves à brève échéance. D'une part, les affections cérébrales, tout particulièrement neuro-dégénératives, dont la maladie d'Alzheimer est le prototype, et pour lesquels les travaux sur leur mécanisme de survenue, leur traitement et leur prévention s'imposent au premier rang.

D'autre part, les cancers, particulièrement fréquents au fur et à mesure de la progression de l'âge, et dont également l'étude des mécanismes, des traitements et de la prévention doivent être améliorés, tout particulièrement du sein, de la prostate, au niveau du tube digestif et du système lymphatique. Si certaines recherches sont déjà entreprises en France jusqu'à un certain point, bien que rarement en fonction du vieillissement de la population, il n'en est pas de même pour les travaux qui concernent l'amélioration de la santé des sujets âgés, pour obtenir une santé optimale, un successful ageing, permettant une activité et un bonheur personnels satisfaisant pour chacun, facilitant la vie des familles au sein desquelles coïncideront couramment quatre ou cinq générations, et permettant la réintégration des personnes âgées dans la société.

Ostéoporose

Cette question des recherches pour une prolongation de l'existence dans des circonstances satisfaisantes inclut des travaux sur les mécanismes fondamentaux du vieillissement, par exemple sur les télomères déjà citées (peu étudiés en France), sur la mémoire, l'ostéoporose, la physiologie musculaire dégradée, le système immunitaire, le vieillissement de la peau et des organes des sens etc. Les recherches appliquées corrélatives aux travaux fondamentaux porteront au moins pendant un certain temps, essentiellement sur des recherches de type pharmacologique, de supplétions hormonales, d'administration de produits corrigeant des défauts métaboliques. Les problèmes de la nutrition des personnes âgées devront être également examinés avec soin.

Système immunitaire

Les limites de la retraite, c'est-à-dire de l'exclusion sociale de la collectivité active, sont un problème qu'il faut prendre en compte, d'autant qu'il est de notoriété publique que souvent arrêter de travailler n'est pas favorable loin de là à l'état de santé. La révolution de la communication quasi concomitante de celle de la longévité pourrait apporter des réponses innovantes au phénomène d'exclusion : il serait par exemple envisageable de concevoir un programme permettant une réinsertion des personnes à la retraite dans la société, y compris pour leur permettre une activité responsable et rétribuée, grâce à un enseignement prodigué secondairement au cours de leur existence, et utilisant les ordinateurs pour participer à la vie créatrice et marchande de la société sans avoir physiquement à se déplacer. Il y a là un grand projet à mettre au point qui naturellement associerait les nouveaux moyens techniques de la communication et les conseils suggérés par de nouvelles recherches des sciences de l'homme.

Aussi, peut-on espérer une vie prolongée, en bonne santé, avec fonctionnement cérébral préservé à condition que l'on découvre des produits et des conditions permettant de maintenir nos mécanismes biologiques fondamentaux, ceux d'ordre général comme ceux de chaque organe et fonction métabolique.

Le problème se posera alors au niveau des individus pour savoir s'ils sont vraiment disposés à vivre plus longtemps. Il le sera aussi au niveau de la société qui n'est pas encore prête à faire que cette existence prolongée soit profitable à la fois à chacun et à l'ensemble. Les phases successives de l'existence 1) études 2) travail plus ou moins pénible et malheureusement mal accepté parce que ressenti comme une obligation à durée déterminée, 3) retraite-exclusion à l'écart de la vie de la cité, seront modifiés et cette séquence apparemment immuable bouleversée rapidement.

Il faudra résoudre tous ces problèmes. L'essentiel sera d'abord d'assurer un bon état physique au sens large du terme, évitant au maximum les handicaps et les incapacités. Il faudra inventer des modalités sociales qui assurent aux personnes âgées une vie intégrée dans la société, et supprimer (optionnellement) la barrière de la retraite qui impose d'être incapable au seul vu de la date de naissance. Cette réintégration dans la vie sociale des personnes âgées ne sera au début souhaitée que par une minorité, tant est fortement acceptée l'idée qu'il faut se reposer après "une vie de dur labeur".

Mais c'est beaucoup parce que les efforts de meilleure santé pour les personnes d'âge ont été jusque là insuffisants. L'espoir qui est permis, d'intégrer dans une vie active et heureuse les années les plus tardives, est peut être ce qui caractérisera le millénaire qui s'annonce.