Santé

De l’insomnie aux apnées du sommeil

Dossier - Tout savoir sur le sommeil
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Forme de perte de conscience au rôle encore mal connu, le sommeil occupe une part significative de nos vies. Il est unique chez chacun de nous, et étroitement lié au rythme circadien et à la régulation métabolique.

  
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Si les recherches sur le sommeil les plus anciennes remontent aux années 1850-1900, la médecine du sommeil est une discipline nouvelle qui émerge depuis les années 1950 et qui prend son envol depuis les années 1980. En 30 ans, les connaissances sur le sommeil ont progressé d'une manière très importante avec l'identification de 2 nouveaux syndromes, les apnées du sommeil et le syndrome des jambes sans repos.

Machine spéciale pour éviter les apnées du sommeil. © Brian Chase, Shutterstock

L’insomnie

Symptôme fréquent, l'insomnie touche 20 à 30 % de la population avec 15 à 20 % d'insomnie modérée et 9 à 10 % d'insomnie sévère. Signe de gravité, près de 10 % de la population consomme régulièrement un anxiolytique ou un hypnotique. Les femmes sont deux fois plus touchées par l'insomnie que les hommes. Le plus souvent, elle est le symptôme d'un mal-être, de difficultés que rencontre la personne dans sa vie. Véritable baromètre de l'humeur, elle est un signal d'alerte, d'où son importance dans tous les troubles anxieux et dépressifs. Mais elle peut aussi être une maladie qui évolue pour son propre compte comme dans l'insomnie psychophysiologique.

Les femmes sont deux fois plus frappées par l’insomnie que les hommes. © DR

L'anxiété, sous toutes ses formes, est une grande pourvoyeuse d'insomnie. De l'anxiété généralisée qui perturbe le sommeil à tout moment de la nuit, en passant par les Toc (troubles obsessifs compulsifs) ou les phobies, l'anxiété est très éveillante et donc insomniante. Elle provoque le plus souvent des difficultés d'endormissement liées à des pensées récurrentes, des idées qui s'imposent, des préoccupations obsédantes. Les angoisses qui surviennent le plus souvent vers trois ou quatre heures du matin ou en fin de nuit, sont plus souvent liées à une période de stress mal supportée dont le risque est d'évoluer vers une dépression si une solution n'est pas trouvée.

La dépression est l'autre cause fréquente d'insomnie. Elle explique, avec l'anxiété, près de 50 % des insomnies. Il s'agit le plus souvent d'une insomnie de seconde partie de nuit, avec sensation d'un réveil précoce ou d'un sommeil très morcelé en fin de nuit. Le début de cette insomnie est soit progressif, soit au contraire brutal après plusieurs nuits d'« insomnie totale » où la personne dit ne pas avoir fermé l'œil de la nuit. Lorsque le symptôme n'est pas identifié comme signe de dépression et que l'on traite symptomatiquement l'insomnie par des hypnotiques ou des anxiolytiques, la dépression peut s'aggraver. Le tableau clinique devient alors évident. Il est important de s'alerter devant les premiers de cette insomnie particulière, car plus le diagnostic est posé rapidement, plus la mise en route d'un traitement adapté a des chances d'apporter une amélioration.

Moins bien connue, l'insomnie psychophysiologique est en cause dans 15 à 20 % des insomnies. Il s'agit d'une insomnie « conditionnée », c'est-à-dire qui s'est créée à partir d'une expérience initiale d'insomnie suivie par la peur de ne pas dormir. Le début de l'insomnie est lié à une cause habituellement clairement identifiée. La répétition des nuits d'insomnie fait qu'au bout d'un certain temps une angoisse liée au sommeil apparaît. La personne est persuadée qu'elle ne va pas dormir, que son insomnie va recommencer, avec toutes les conséquences désastreuses qu'elle anticipe sur la qualité de sa journée le lendemain. Il s'agit essentiellement d'une insomnie d'endormissement. Elle est associée à des comportements qui aggravent l'insomnie. Le plus fréquent est de rester trop longtemps au lit. Il n'est pas rare de voir un insomniaque passer 12 heures au lit pour un temps de sommeil déclaré de 5 heures. Cette situation le conforte dans l'idée qu'il est vraiment incapable de dormir.

Certaines maladies interfèrent avec le sommeil dans le sens où elles gênent son installation ou son maintien. Ainsi une hyperthyroïdie peut augmenter les systèmes d'éveil de telle manière que le sommeil aura du mal à s'installer. Un asthme dont les crises surviennent la nuit entraîne une oppression respiratoire et des quintes de toux nocturnes qui gênent l'endormissement ou qui réveillent au cours de la nuit. De même pour un reflux gastro-œsophagien qui se traduit par des régurgitations de liquide gastrique dans la bouche.

Le syndrome des jambes sans repos

C'est un trouble qui mine la vie d'une manière sévère à 2 % de nos concitoyens. Dans la soirée au repos, ou lors du coucher, la personne a des sensations parasites désagréables, à type de picotements, d'agacements, de brûlures ou d'« électricité », qui l'obligent à bouger ses jambes, à se lever ou à marcher. Cette gêne et ce comportement entraînent le plus souvent une insomnie d'endormissement majeure, mais peuvent survenir également au décours de la nuit. Il n'est pas rare que ces sensations touchent également les membres supérieurs. Dans 80 % des cas, ces sensations sont associées à des mouvements périodiques nocturnes. Ce sont des secousses brèves, involontaires, périodiques, qui touchent préférentiellement les jambes et réveillent parfois le dormeur (le plus souvent, il n'en a pas conscience) et surtout le conjoint. Le matin, la personne se réveille fatiguée, sans savoir pourquoi.

Nous passons par de nombreux stades de sommeil (Schlafstadium) au fil des heures de repos (Stunden Schlaf). © Wikipédia

Les mécanismes de ce syndrome sont mal connus. Souvent qualifié de « mauvais état veineux », l'état circulatoire est rarement en cause, bien qu'il puisse exacerber les symptômes. L'origine est plutôt neurologique, avec des troubles de la régulation du contrôle des neurones moteurs dans laquelle un neuromédiateur, la dopamine, et le fer, qui agit conjointement avec elle, sont impliqués.

Les apnées du sommeil

Les apnées n'ont été identifiées comme un syndrome particulier qu'en 1976 par Christian Guilleminault. Elles sont liées à un arrêt du passage de l'air au niveau des voies aériennes supérieures. On parle de syndrome d'apnées quand la personne fait plus de dix apnées ou hypopnées (l'air passe encore un peu) par heure avec des événements dont la durée est supérieure à dix secondes. Le syndrome d'apnées est considéré comme sévère au-dessus de trente apnées ou hypopnées par heure.

Les apnées sont le plus souvent de mécanisme obstructif car il existe un rétrécissement des voies aériennes supérieures qui se produit exclusivement au cours du sommeil. Ce rétrécissement est largement favorisé par la prise de poids, car la graisse se dépose également au niveau du pharynx et infiltre la base de la langue. Une morphologie particulière est souvent retrouvée : menton en arrière, cou large et épais, ou bien au contraire un visage long et étroit. Il y a d'ailleurs un facteur génétique qui explique les cas familiaux de syndrome d'apnées du sommeil.