Santé

Les causes de la surdité verbale et cortex auditif sensible au langage

Dossier - Les sens trompés, quand le cerveau dévoile ses faiblesses
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Les spécialistes du cerveau rencontrent régulièrement des personnes aux symptômes inquiétants, surprenants, souvent inexpliqués. Pour poser ses diagnostics, le neurologue mène enquêtes médicales et scientifiques avec perspicacité. Un voyage surprenant dans les recoins du cerveau.

  
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Qu'est-ce donc que cette « surdité verbale » qui ne perturbe que l'audition des mots ? Dès la fin du XIXe siècle, des neurologues ont décrit des cas de patients se trouvant dans l'impossibilité de comprendre les sons du langage, alors qu'ils continuent à percevoir correctement les autres sons ou la musique.

Quelles sont les causes de la surdité ? © Tatiana Shepeleva, Shutterstock

Les patients atteints de « surdité verbale » réagissent aux intonations ; ils perçoivent même qu'on leur pose une question, ou qu'on leur parle sur un ton affirmatif.

À la recherche de la cause

Pour autant, ces personnes n'ont pas perdu le sens des mots, puisqu'elles lisent sans difficulté, parlent et écrivent... Que s'est-il passé dans les aires cérébrales dédiées au traitement des sons ? Ce système est-il double ? Existerait-il un système pour entendre les bruits courants, et un autre pour entendre la parole ? Auquel cas, ce serait ce second système qui serait déficient chez Francisco. Examinons si cette hypothèse est plausible.

La surdité verbale rend les sons du langage inaccessible au patient, sans empêcher la perception de tous les autres sons. La communication par écrit n’est en revanche pas affectée. © Wikimedia Commons, cc by sa 3.0

Que se passe-t-il lorsqu'une personne vous parle ? Les ondes vibratoires parviennent à l'oreille interne, qui les convertit en signal électrique se propageant le long du nerf auditif. Ensuite, ces informations électriques traversent la partie basse du cerveau, le tronc cérébral, et enfin arrivent dans les deux hémisphères cérébraux. L'aire de réception auditive primaire traite tous les sons, aussi bien la sonnerie d'un téléphone que le son de la parole (cette zone, située sur la face supérieure du lobe temporal, est nommée gyrus de Heschl). Normalement, il suffit qu'un des maillons de la chaîne soit endommagé (que ce soit l'oreille interne, le nerf auditif, le tronc cérébral ou cette aire de réception auditive primaire) pour que le patient devienne incapable d'entendre le moindre son : ni sonnerie de téléphone ni conversation. Après l'aire de réception auditive primaire, une partie des informations auditives est transmise à une zone nommée cortex auditif sensible au langage.

Que se passe-t-il si cette zone est endommagée ? Le patient devient sourd aux sons du langage, tout en gardant l'accès aux autres sons. Il peut alors entendre la sonnerie du téléphone, mais pas ce que lui dirait la personne avec laquelle il est en communication. Francisco entendait et identifiait la plupart des bruits de son environnement, à l'exception de ceux du langage. Son acuité auditive était normale ; en outre, il a fallu que ses deux cortex auditifs sensibles au langage, du côté droit et du côté gauche, soient atteints pour que le sens des phrases lui devînt étranger. La récupération est inconstante dans de pareils cas, et le déficit a tendance à persister, sans réelle possibilité d'amélioration. Ainsi, la surdité verbale indique qu'il existe un stade d'intégration spécifique aux sons du langage, faisant appel à cette aire spécialisée du cerveau, le cortex auditif sensible au langage.

Cris et chuchotements... sous un crâne

On suppose depuis longtemps que cette zone cérébrale traite les sons du langage. Toutefois, son existence et sa localisation n'ont été établies que récemment, grâce aux techniques d'imagerie cérébrale fonctionnelle. Distincte de l'aire de réception primaire des sons, elle est située sur la face supérieure du lobe temporal. En faisant écouter à des sujets sains différentes sortes de bruits et de sons, y compris des mots, les neurobiologistes ont constaté que les neurones de cette zone sont sensibles à certaines propriétés acoustiques caractéristiques du langage humain, notamment les séquences temporelles des signaux verbaux, que ces signaux aient ou non un sens. Le cortex auditif sensible au langage est activé non seulement par des mots réels, mais aussi par des pseudomots (séquences de lettres prononçables sans signification) et même par des mots inversés. Cette aire permet de reconnaître le langage et d'y prêter attention. Chez Francisco, le langage s'apparente à « un bruit de vent dans les arbres, à un murmure indistinct », car toute la chaîne de la perception des mots est altérée. Sa malchance est d'avoir subi deux lésions symétriques : à l'avenir, il devra communiquer par écrit... en portugais comme en français.