Santé

Interview : cholestérol et maladies cardio-vasculaires, la polémique

Dossier - Le cholestérol de A à Z
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Le cholestérol est une molécule essentielle à l'organisme. Dans le sang, il est transporté grâce à deux types de lipoprotéines : les LDL, pour le « mauvais cholestérol » et les HDL, pour le « bon cholestérol ».

  
DossiersLe cholestérol de A à Z
 

Michel de Lorgeril est chercheur au CNRS, au laboratoire TIMC-IMAG de Grenoble. Cardiologue et nutritionniste, il anime l'équipe « Cœur et nutrition » dont les thèmes de recherches concernent les lipides de l'alimentation et les polyphénols.

Savoir détecter le cholestérol. © Sfam photo, Shutterstock

Michel de Lorgeril a publié plusieurs livres remettant en cause l'implication du cholestérol dans les maladies cardio-vasculaires et répondu à nos questions.

Que pensez-vous du rôle du cholestérol dans les maladies cardio-vasculaires ?

Lorsque je fais des conférences à des médecins et que je pose quelques questions basiques, la problématique du cholestérol apparaît très vite comme une illusion, voire une véritable arnaque, comme je l'écris dans mon livre. Par exemple, qu'est-ce qu'un infarctus ? Un infarctus est dû à une artère bouchée par un thrombus. Lors de la formation d'un thrombus, les plaquettes s'agrègent et la coagulation se met en route, avec la formation de fibrine, et en parallèle de plasmine. Le cholestérol ne joue aucun rôle dans l'agrégation des plaquettes, la coagulation et la fibrinolyse, donc aucun rôle dans l'occlusion totale de l'artère qui provoque l'infarctus. Car ce n'est pas l'athérosclérose qui provoque l'infarctus, mais le thrombus. De la même façon, un accident vasculaire est dû à une thrombose.

Michel de Lorgeril. © DR

Le cholestérol est-il impliqué dans l'athérosclérose ?

Lors de la phase lente et chronique de l'athérosclérose, des lésions diminuent le diamètre de l'artère. L'obstruction de l'artère est progressive et se fait sous forme de plaques. L'artère est à peu près normale sauf au niveau de la sténose. Le principal travail du cardiologue consiste à identifier et localiser ces plaques. S'il trouve des plaques d'athérosclérose, le cardiologue peut pratiquer une angioplastie : en glissant un cathéter avec un ballonnet, il fait exploser la plaque en mettant une forte pression dans le ballonnet. Les plaques d'athérosclérose sont dures. Le cholestérol ne joue évidemment aucun rôle important dans ces plaques. Prenez un aliment riche en cholestérol, comme le beurre : à 37 °C, il est mou. Dans les conditions de pression du sang, le cholestérol ne peut pas former des plaques dures et obstructives.

Que penser du cholestérol présent dans le cœur lipidique des plaques ?

Dans certaines lésions jeunes, il existe ce qu'on appelle un cor lipidique. Au maximum, le cor lipidique représente 30 % de la masse de la lésion obstructive. Si on analyse ces lésions sur des personnes décédées, on observe que la composition chimique du cor lipidique correspond approximativement à celle du plasma à jeun. Le cor lipidique contient du cholestérol, qui n'est jamais seul, mais accompagné d'un acide gras pour former un ester. Le cor lipidique contient aussi des triglycérides, des phospholipides et des acides gras libres. Au pire, le cholestérol correspond au tiers des lipides qui ne représentent eux-mêmes que 30 % de la plaque. Donc le cholestérol correspond seulement à 10 % de la plaque. Ce n'est donc pas lui qui bouche les artères, même pendant la phase lente et chronique de l'athérosclérose.

Comment est produit le thrombus responsable d'infarctus (ou d'accident vasculaire cérébral) ?

La thrombose naît par différents mécanismes. Un des mieux identifiés est l'ulcération de la plaque, un peu comme un furoncle qui s'ouvre. Ce processus est inflammatoire. Le cholestérol qui n'est pas un médiateur de l'inflammation n'y joue aucun rôle. Un autre mécanisme est celui dû à une altération de l'endothélium vasculaire, qui peut être provoquée par le tabac ou de mauvaises habitudes alimentaires, mais pas par le cholestérol. Pour éviter la thrombose dans l'artère, il faut une action anticoagulante de l'endothélium. Cette monocouche de cellules a une action antiplaquettaire grâce à deux enzymes : la NO-synthase et la prostacycline-synthase. L'aspirine bloque la cyclo-oxygénase des plaquettes mais aussi la prostacycline de l'endothélium ! La plaquette n'a pas de noyau et ne peut pas refabriquer de cyclo-oxygénase, contrairement à l'endothélium qui peut refabriquer de la prostacycline. C'est pourquoi il faut donner de petites doses d'aspirine. Des superaspirines (Vioxx ou Coxib) sont arrivées sur le marché et il y a eu un terrible scandale : le Vioxx faisait autant de mal à l'estomac que l'ibuprofène et l'aspirine et il provoquait des phlébites et autres complications cardio-vasculaires !

Que faut-il penser des statines ? Sont-elles cancérogènes ?

Les personnes ayant un taux de cholestérol trop bas ou trop haut ont une espérance de vie plus brève que celles qui ont un taux de cholestérol dans la moyenne. Le fait de vivre de manière « toxique » (sédentarité, tabac et mauvaises habitudes alimentaires) augmente le risque d'infarctus et parfois (mais pas toujours) le taux de cholestérol. Le responsable de l'infarctus, c'est le mode de vie toxique et pas le cholestérol, même si, chez certains sujets, un cholestérol élevé peut être un indicateur du mode de vie toxique. Chez les personnes qui ont spontanément un taux de cholestérol bas, la diminution d'espérance de vie est due à des problèmes neuropsychologiques ou des cancers, pour dire les choses simplement. Mais ce ne sont pas les cancers qui provoquent la diminution du cholestérol, c'est le contraire : c'est le cholestérol abaissé qui favorise les cancers. On peut se demander si on reproduit cette situation lorsqu'on diminue le taux de cholestérol de quelqu'un avec un médicament. Les études faites sur ces médicaments ne sont pas translucides : les laboratoires pharmaceutiques font plusieurs essais statistiques et ils publient le  « bon ». Si on lit entre les lignes, on constate que ces médicaments n'ont aucune efficacité et augmentent le nombre de cancers. Le principe de précaution doit être appliqué car ces médicaments ne servent à rien au niveau du cœur.

Propos recueillis le 2 mars 2009.