La recherche en alcoologie ne dispose pas d'outils fiables capables de mesurer précisément les quantités réelles d'alcoolalcool ingérées par un individu au cours du temps. C'est pourquoi les nombreuses études qui se consacrent aux effets de l'alcool sur la santé reposent exclusivement sur des données déclaratives qui se révèlent parfois insuffisantes.

La mise au point d'un marqueur biologique de la consommation permettrait, selon le groupe d'experts, de contourner cet obstacle. Cet outil pourrait également aider à mieux quantifier les risques, notamment à préciser les doses à partir desquelles une maladie apparaît.

Alcool au volant est dangereux.© Stevepb - Domaine public

Alcool au volant est dangereux. © Stevepb - Domaine public

L'étude de certains facteurs comme le cytochromecytochrome CYP2E1 ou les cytokinescytokines impliqués dans les mécanismes de toxicitétoxicité de l'alcool, mais dont le rôle exact reste insuffisamment connu, pourrait permettre de mieux comprendre l'évolution des pathologiespathologies liées à la consommation d'alcool.

Le développement de certaines maladies liées à l'alcool est en partie soumis à une susceptibilité génétiquegénétique individuelle. C'est ce qu'ont révélé de récentes études. Le groupe d'experts recommande de poursuivre les recherches dans ce domaine.

En France, plusieurs cohortescohortes collectent chaque année de précieuses données de mortalité et de morbiditémorbidité. Certaines de ces cohortes étudient, entre autres, l'impact de la consommation d'alcool sur la santé. Le groupe d'experts recommande de renforcer et d'exploiter ces dispositifs qui pourraient ainsi apporter des informations sur l'histoire naturelle des maladies induites par la consommation d'alcool.

L'alcool : quelques chiffres

D'après les données statistiques de l'Inserm, on compte en France près de 23 000 décès directement liés à une consommation excessive et régulière d'alcool, dont plus de la moitié par cancerscancers des voies aérodigestives supérieures, et près de 40% par cirrhosecirrhose du foiefoie.

Les hommes sont les plus touchés : la consommation régulière et excessive d'alcool est responsable de 7% des décès masculins et de 2% des décès féminins, en France. La tranche d'âge 45-55 ans est particulièrement concernée puisque dans cette catégorie de la population, l'intoxication alcoolique chronique provoque 20% des décès masculins et 10% des décès chez la femme.

En 20 ans, le taux de mortalité lié à la consommation chronique d'alcool a chuté d'environ 40%. Mais cette baisse a subi un ralentissement ces dernières années. Aujourd'hui, les ventes d'alcool en France restent parmi les plus élevées d'Europe. Il existe de fortes disparités régionales concernant la mortalité liée à la consommation d'alcool. De ce point de vue, la France est coupée en deux, la moitié nord étant beaucoup plus frappée que la moitié sud : le taux de mortalité lié à la consommation excessive d'alcool est 3 fois supérieur chez les hommes et près de 5 fois supérieur chez les femmes dans le Nord-Pas-de-Calais par rapport à la région Midi-Pyrénées.

Il existe aussi des disparités importantes de mortalité selon les différentes catégories socioprofessionnelles : les ouvriers et les employés meurent 10 fois plus d'alcoolisme, de cirrhose et de cancer des voies aérodigestives supérieures que les cadres supérieurs et les professions libérales.

Qu'est-ce que l'expertise collective ?

L'expertise collective Inserm fait le point, dans un domaine précis, sur les connaissances scientifiques et médicales. Pour répondre à une question posée par les pouvoirs publics ou le secteur privé, l'Inserm réunit un groupe pluridisciplinaire composé de scientifiques et de médecins. Ces experts rassemblent, analysent la littérature scientifique internationale (plus de 1500 articles pour cette expertise collective) et en synthétisent les points essentiels. Des lignes de force sont dégagées et des recommandations sont ensuite élaborées afin d'aider le demandeur dans sa prise de décision.

Qui a réalisé cette expertise ?

    Le groupe d'experts

    • Claudine BERR, épidémiologie en neurologieneurologie et psychopathologie, Inserm U360, Paris
    • Françoise CLAVEL-CHAPELON, épidémiologie des cancers, Inserm U521, Villejuif
    • Sylvain DALLY, médecine interne, hôpital Fernand-Widal, Paris
    • Jean-Luc DAVAL, biologie et médecine du développement humain, Inserm EMI 0014, Nancy
    • Frédéric FUMERON, recherche en nutrition, faculté de médecine Xavier-Bichat, Paris
    • Catherine GIRRE, médecine interne, hôpital Fernand-Widal, Paris
    • Béatrice LARROQUE, épidémiologie en santé périnatale et en santé des femmes, Inserm U149, Villejuif
    • Danièle LUCAS, biochimiebiochimie, équipe EA 948, faculté de médecine, Brest
    • Pedro MARQUES-VIDAL, épidémiologie et analyses en santé publique, Inserm U558, Toulouse
    • Philippe MATHURIN, hépato-gastro-entérologie, hôpital Antoine-Béclère, Clamart