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Poil animal exemple : Le Poil à laine

Dossier - Le poil sous tous ses angles
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Du nom de commune à la coiffure de Louis XIV en passant par le moulin à foulon et la protection des bébés phoques, faisons le tour du poil : ça tombe bien il est cylindrique ! Mais il est aussi vivant et nous nous y attarderons un peu chez les végétaux et chez les animaux.

  
DossiersLe poil sous tous ses angles
 

Le mot laine est communément utilisé pour désigner les fibres kératiniques d'origine ovine utilisées dans la production textile. Mais le mot laine est aussi utilisé dans d'autres domaines tels que le bâtiment : laine de verre et laine de roche.

Moutons.© Pixel2013, Pixabay, DP

1 - Légalement, on désigne par « laine » les fibres du mouton ainsi que d'autres animaux (mais dans ce cas on appelle ces textiles par leur nom) dont la toison est composée de fibres kératiniques tels que :
- la chèvre angora qui donne le mohair ,
- le lama qui donne l'alpaga,
- le lapin albinos ou lapin angora,
- la chèvre Cachemire

Mais on peut faire de la laine de chien, c'est très doux, en tous cas pour la laine de Bobtail !  On peut aussi faire de la laine de yack ou de bœuf musqué selon les régions.

Coupe des poils de lapin angora – © FAO

La laine est utilisée dans tous les domaines du textile : tricot, vêtements tissés, chaussant, tissus d'ameublement, tapis et autres.

2-  La fibre de laine de mouton  (Source : Bulletin de l'ATELIER n°17 - 2002)

La fibre peut être tordue, tournée, vrillée et reprendre ensuite sa forme. Elle est aussi élastique et peut s'allonger jusqu'à 30% de sa longueur initiale sans se rompre, elle a une grande résistance à la tension. La laine est un excellent isolant thermique, (et phonique aussi !) et laisse respirer la peau naturellement. Elle emprisonne près de 80% d'air dans son propre poids. Elle absorbe facilement l'humidité (1 kg de laine contient environ 150 g d'eau). La laine a une grande affinité pour l'eau mais les deux parties du cortex (ortho et para) ont des affinités différentes ce qui fait qu'elles s'enroulent en spirale l'une autour de l'autre, créant la frisure de la fibre.

Frisure

La laine s'enflamme à 600°C et brûle lentement. Les compagnies d'aviation l'utilisent pour leurs sièges et moquettes. Elle ne retient pas la poussière, se salit peu et peut être teinte dans toutes les couleurs.

La laine est une matière première renouvelable, elle repousse après la tonte. Sa production demande peu d'énergie : les moutons sont élevés en plein air. En revanche les moutons font des dégâts au niveau du pâturage et provoquent une désertification des régions d'élevage : Espagne, Ecosse, Islande, Afrique...

La laine est 100% biodégradable.

Une fibre de laine mesure de 20 à 80 microns de diamètre et sa longueur varie de 2 à 30 cm. La fibre de laine est recouverte d'écailles ; sa section montre une sorte d'écorce appelée cuticule où se creuse un canal, comme le poil qu'elle est !

Fibres de laine au MO

La substance chimique de la laine s'appelle la kératine. C'est une matière albuminoïde complexe se décomposant en une vingtaine d'acides aminés dont deux, l'acide glutamique et la cystine sont particulièrement importants.

La cystine contenant du soufre donne à la molécule des propriétés élastiques ainsi qu'une grande résistance à la rupture. L'acide glutamique explique l'affinité de la laine pour les colorants acides.

Molécules

Les acides aminés de la kératine fixent facilement les molécules d'eau (mécanisme d'adsorption). De plus la laine est très hydrophile vis-à-vis de la vapeur de l'eau, mais a une réaction hydrophobe vis-à-vis de l'eau liquide.

Feutrage : lorsqu'on frotte des fibres de laine mouillées l'une contre l'autre, celles-ci s'accrochent par leurs écailles. La mousse de savon est un agent qui facilite le feutrage.

Lustre : la forme, les dimensions des écailles et le fait qu'elles soient plus ou moins saillantes déterminent la brillance ou lustre de la fibre. Les fibres de mérinos aux écailles saillantes sont mates, les fibres de chèvre angora aux écailles peu saillantes paraissent lisses et lustrées.

3 - Le diamètre de quelques fibres animales :

  • Manech : 42 à 50 microns
  • Ile de France : 28 microns
  • Mérinos d'Arles : 19 à 23 microns
  • Chèvre angora : 24 à 39 microns
  • Alpaga : 15 à 30 microns
  • Vigogne : 10 à 15 microns
  • Chèvre cachemire : 14,5 à 16 microns
  • Lapin angora : 15 à 60 microns

4 - Tonte et tri

Les moutons sont tondus au printemps. Les toisons sont roulées, puis empaquetées en balles de 170 kg. Elles sont transportées par bateau vers les pays transformateurs où elles sont stockées.

Tonte

Il existe un Championnat de France de tonte de moutons à TRIAIZE en Vendée
en juillet, et également un championnat du monde.

On distingue quatre catégories de fibres :

- la laine : fibre à croissance continue, sans canal médullaire. Grandes écailles aussi hautes que le diamètre de la fibre et en faisant entièrement le tour. Les écailles se recouvrent peu et sont très saillantes. La section est circulaire. La fibre de laine est très fine, souple et présente des propriétés d'élasticité, de plasticité et de résistance à la rupture excellentes grâce à la part prépondérante du cortex dans sa composition. Son aptitude au feutrage est remarquable.

- le jarre : fibre à croissance périodique, brève par rapport à la phase de latence. Généralement court, il possède un gros canal médullaire (9/10ème du diamètre). Les écailles qui se recouvrent sont rectangulaires et peu saillantes. La section est ovale. Cette fibre grossière présente de médiocres qualités mécaniques. Le jarre est une production des follicules primaires et en particulier du follicule central

- le poil : fibre à croissance continue avec un canal médullaire de diamètre inférieur à la moitié de celui de la fibre. Ecailles en hexagones, peu saillantes. La section est circulaire. C'est une fibre grossière, longue, résistante, assez rigide. Utilisé pour les matelas, les tapis et, s' il est fin, dans les laines à tricoter. Les poils sont produits par les follicules primaires uniquement

- l'hétérotype : fibre à croissance périodique dont la croissance s'étend sur une année. L'extrémité est semblable au poil tandis que la partie racine est identique au brin de laine.

Tonte et tri chez l'alpaga : Les Alpagas sont tondus une fois par an en été. Leur laine est réputée pour sa finesse, sa douceur, sa chaleur et sa résistance. La tonte permet de récolter 2 à 3 kg de laine par animal. Une autre particularité est l'absence de suint. Au lavage l'absence de suint est un avantage car elle permet d'avoir un rendement très élevé de l'ordre de 80 %, alors que pour la laine de mouton la perte est de 50 %.

Lama

On distingue trois sortes de toisons : \n-- la toison mère de la croupe à l'épaule et d'un flanc à l'autre, une laine de qualité fine pour les articles haut de gamme tels que les pelotes, les écharpes et les pulls ;\n-- une seconde de qualité moindre prise sur le cou, le bas des flancs et le haut des pattes (fibres épaisses), une laine de qualité moyenne pour la confection d'articles où le toucher est moins déterminant comme les chaussettes et les plaids ;\n-- la troisième toison prise sur le reste de l'animal constitue le «bragas» (terme d'Amérique Latine) pour la confection des tapis.

5 - Le lavage

La laine de mouton arrive aux usines "en suint". Elle contient 20 à 45 % d'impuretés végétales ou minérales fixées à la toison par la lanoline. Le lavage donne une laine blanche, propre mais emmêlée et pleine d'impuretés végétales ou minérales.

6 -  Le cardage

De grands cylindres, garnis de fines pointes d'acier, tournant à grande vitesse, parallélisent et démêlent les fibres et éliminent les impuretés.

Machine à carder © Académie de Rouen


Ensuite, la laine peut :

-- soit être filée et donner des produits rustiques, d'aspect naturel (gros pulls, tweeds, tapis) : c'est le cycle cardé, \n-- soit être peignée et donner des produits fins et doux : c'est le cycle peigné.
Le mot cardage dérive de chardon, plante hérissée de piquant qui pousse le long des chemins.

La cardère : Depuis l'antiquité, une variété de cardère cultivée aux têtes allongées, aux pointes recourbées vers le bas était utilisée dans l'industrie lainière pour la finition à la main des draps de laines. Au XIXe siècle les machines à lainer comportaient encore des peignes en cardères

7 - Le peignage

Le ruban de carde passe au travers de peignes de plus en plus fins qui éliminent les impuretés et les fibres trop courtes. On obtient une mèche peignée lisse pour la filature.

8 - Le filage

On tire des fibres de la toison cardée et on les tord. La torsion entraîne d'autres fibres et, ensemble, ces fibres forment un fil solide. On enroule ce fil sur un bâton, appelé fuseau. On peut filer toutes sortes de fibres et en se servant d'autres types de fibres il est possible de fabriquer par filage des cordes, des câbles etc. Il existe différentes sortes de fuseaux.

-- Un fuseau suspendu est un bâton court et droit avec un poids au bout. Le poids s'appelle fusaïole et peut être en bois, en terre cuite ou en pierre. C'est le poids qui entraîne le fuseau lorsqu'on fait tourner celui-ci. Le bâton est entaillé à un bout pour accrocher le fil. On peut faire tourner le fuseau à la main, en le tenant suspendu, ou le faire rouler sur sa cuisse.

-- Un rouet est composé d'un fuseau et d'une roue pour le faire tourner sans arrêt. On appuie avec le pied sur une pédale pour faire tourner la roue. La sangle qui passe autour de la roue entraîne le fuseau. On tire sur les fibres pour créer le fil.

On attribue l'invention du rouet à un allemand, sculpteur sur bois au cours du 16ème siècle. Avant cette invention, on filait au fuseau. L'invention du rouet permit de tordre et enrouler simultanément le fil, accélérant le travail. Le rouet est équipé d'une pédale qui permet de garder les deux mains libres pour tirer les mèches des boules de laine cardée. Ceci permet non seulement de travailler plus vite, mais aussi de filer un fil plus fin.

9 -  Le tissage

Les fils de chaîne disposés dans le sens de la longueur s'entrecroisent avec les fils de trame conduits par une navette dans le sens de la largeur.

10  - Le foulage

Le foulage est le processus qui épaissit un tissu de laine déjà tissé ou tricoté. Il est à distinguer du feutrage, qui prend de la toison et la passe par le même processus sans aucune structure initiale. Le feutrage donne un tissu qui est d'habitude beaucoup plus raide que le foulage. On peut fouler un tissu très légèrement, pour l'ébouriffer un peu, il sera plus doux, plus poilu et plus épais (donc plus chaud), mais quand même toujours très souple.

Moulin à foulon Encyclopédie de Diderot et d'Alembert, Paris, 1750-1780. Cette planche représente une vue en perspective du mécanisme d'un moulin à foulon traditionnel. L'arbre à cames, entraîné par une roue hydraulique, fait retomber alternativement sur l'étoffe de lourdes piles de bois.

Un exemple bien connu est le tissu loden, conçu pour résister au climat des Alpes, qui est tricoté avant d'être feutré. En général, les meilleurs candidats au foulage sont les tissus tricotés ou tissés lâchement, à la fois parce qu'ils permettent plus de mouvement des fils et donc feutrent plus efficacement, et parce que le résultat a plus de chances d'être d'une épaisseur confortable.

11 -  Fabrication de feutre

Le feutrage est l'une des premières formes de textile. Le feutre donne à la laine une qualité très forte de protection du vent quand elle est assez épaisse, et elle devient aussi relativement résistante à l'eau.

Les tribus nomades asiatiques ont dû leur succès, en partie à la domestication du cheval, qui leur a permit de se déplacer de grandes distances rapidement, mais aussi à leur maîtrise du feutrage, qui leur a permit de survivre à des conditions météorologiques très dures. La laine est une ressource renouvelable, qui pousse vite mais c'est une ressource dont la source est elle-même est portative, et en case de besoin une source pratique de nourriture. Donc c'est un matériau idéal pour la survie nomade.

Les tentes qui en sont faites sont aussi habitables que des maisons plus solides, elles sont légères, transportées facilement, résistantes au feu et ne vous tueront pas dans un tremblement de terre ! Le feutre des yourtes est fait de 90% de laine de mouton et 10% de poils de yack. C'est l'eau et le malaxage qui fait le lien des laines entre elles. Son épaisseur est de 15à 20 mm, sa couleur grise. Il n'est pas lavé, il garde donc des qualités de protection parfaite mais il peut avoir une légère odeur en climat humide.

Les nomades asiatiques ont également donné le pantalon, qui a rendu la chevauchée plus facile, et qui est le vêtement de choix d'une vie active !

Le mécanisme du feutrage est l'abrasion : Quand les poils sont frottés ensemble les écailles s'accrochent, et l'objet entier rétrécit d'une manière irréversible en formant un tissu qui ne peut plus être séparé.  Il y a des manières de faciliter le processus : encourager les écailles à s'ouvrir accélère le processus et diminue le travail. Une des manières est de mouiller les fibres à l'eau chaude. Alterner l'eau chaude et froide fonctionne encore mieux. Le savon (pas le détergent) favorise le processus.

Préparation industrielle  : Il faut arracher les poils, les mélanger et on procède au bastissage : les poils sont projetés sur des cônes où ils adhérent par aspiration. Puis le foulage en trempant les cônes dans l'eau bouillante avec de l'acide sulfurique ; une fois sec, le feutre peut être découpé et taillé.

Bastissage

Dans l'industrie chapelière, le feutre est fabriqué avec des poils d'animaux notamment le lapin ou l'agneau. Le poil de castor était réservé aux objets luxueux et il a été utilisé jusqu'au XIXe siècle avant d'être remplacé par le haut-de-forme en soie.  Le feutre huilé est aussi utilisé en mécanique comme filtre et joint d'étanchéité aux poussières.