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Quelles ont été les grandes étapes de votre activité de chercheur ?

Dossier - Axel Kahn : engagements et vie d'un chercheur
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Au travers de ce dossier, nous vous présentons l'interview d'Axel Kahn publiée dans le magazine "Nouveaux Regards" d'avril - septembre 2007. Axel Kahn revient sur sa vie de chercheur, ses engagements et ses combats. "Le but d'un intellectuel n'est pas simplement la victoire".

  
DossiersAxel Kahn : engagements et vie d'un chercheur
 

Nouveaux Regards :  Quelles ont été les grandes étapes de votre activité de chercheur ?

- Axel Kahn  : J'ai fait preuve d'une grande fidélité à mes goûts initiaux. C'est à l'époque où j'étais externe, en deuxième année de médecine, que j'ai décidé de m'orienter vers une forme plus scientifique de l'exercice de ma profession. J'étais intéressé par les globules rouges, les cellules du sang et le foie. Pourquoi ? Etant un homme pratique, je me disais que, pour disposer d'un matériel d'étude en biochimie, il suffisait de faire une prise de sang. Quant au foie, j'avais repéré que beaucoup de phénomènes s'y déroulaient. Toute ma vie, j'ai mené des recherches aussi bien sur différents aspects de la biochimie, de la génétique des cellules sanguines et du foie, que sur leurs applications. J'ai ainsi participé à la découverte de l'hormone de régulation du fer, l'hepcidineC'est une découverte majeure, au plan fondamental comme thérapeutique, puisque cette hormone règle le taux de fer dans l'organisme. S'il y a trop de fer, la conséquence est une maladie :  l'hémochromatose, cirrhose ou cancer du foie ; s'il n'y en a pas assez, c'est une anémieDonc, vous voyez, je retrouvais mes premières amours : les éléments du sang et le foie.

Entre temps, je me suis intéressé aux mécanismes génétiques des maladies hépatiques et des cellules sanguines, des globules rouges, des anémies hémolytiques. Egalement aux mécanismes du cancer (du foie en particulier) et des leucémiesC'est tout naturellement et légitimement que je suis devenu généticien car l'un des déterminants des processus biochimiques que j'étudiais était à approfondir et à rechercher au niveau des gènes. Aussi, lorsqu'on a pu les manipuler, je l'ai fait, ce qui  m'a amené à être parmi les premiers à m'engager dans la thérapie génique, c'est-à-dire à utiliser le gène en tant que médicament.

Avant même la découverte de l'hepcidine, avec mon équipe de recherche, nous avons joué un rôle très important dans la compréhension des mécanismes du cancer du foie, et des gènes  impliqués dans les mécanismes qui y conduisent. Ensuite l'équipe  a continué le travail  sur le cancer du côlon. Nous avions auparavant démontré la possibilité de guérir un muscle myopathe par transfert de gènes sur des modèles animaux. De même que celle de transférer des gènes dans le cerveau. Pour rester sur le foie, nous avons réussi à repeupler un foie pathologique à partir de cellules normales. Auparavant, d'un point de vue plus fondamental, nous avions beaucoup travaillé sur une anomalie, une réaction biochimique particulière dont on croyait qu'elle était liée au cancer, et nous avons démontré qu'il s'agissait d'un processus extrêmement commun, etc. Dans ma longue carrière - je vais avoir 63 ans -, quatre ou cinq observations vraiment très importantes ont pu être faites.

En ce qui concerne mes responsabilités  administratives, dès 1983, j'ai été appelé à diriger une unité de l'Inserm de plus de 100 personnes. Aujourd'hui, je suis à la tête d'un institut de recherche de 600 personnes et 46 équipes, l'Institut Cochin, officiellement créé le 1er janvier 2002, mais qui avait commencé à fonctionner sous cette forme en 2000.