Le risque d'infection par des personnes n'ayant pas voyagé en Chine pourrait accélérer l'épidémie du nouveau coronavirus. © Mark Ralston, AFP

Santé

Coronavirus : ce n'est peut-être que la partie émergée de l'iceberg

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En France, cinq nouveaux cas, tous de nationalité britannique, ont été confirmés samedi, en Haute-Savoie ; le bilan s'élève à 11 cas sur le territoire français. En dehors de la Chine, où plus de 900 personnes sont mortes, l'épidémie du nouveau coronavirus pourrait s'accélérer avec la transmission de la maladie par des personnes n'ayant jamais voyagé dans ce pays, prévient l'OMS.

« Il y a eu des cas inquiétants de propagation du # 2019nCoV par des personnes sans antécédents de voyage (en Chine), a tweeté le directeur général de l'Organisation mondiale de la Santé, Tedros Adhanom Ghebreyesus, en utilisant la dénomination scientifique provisoire du virusLa détection d'un petit nombre de cas peut indiquer une transmission plus répandue dans d'autres pays ; bref, nous ne voyons peut-être que la partie émergée de l'iceberg. »

L'opportunité de la stratégie du confinement

Alors que l'expansion de l'épidémie hors de Chine semble plutôt mesurée, M. Ghebreyesus a prévenu qu'elle pourrait s'accélérer : « Le confinement (du virus) reste notre objectif, mais tous les pays doivent utiliser la fenêtre d'opportunité créée par la stratégie de confinement pour se préparer à l'arrivée éventuelle du virus ». En dehors de la Chine continentale, plus de 350 malades ont été répertoriés dans une trentaine de pays et territoires, et il y a eu deux morts, le premier aux Philippines, le second à Hong Kong.

Plusieurs pays ont interdit les arrivées de Chine et les grandes compagnies aériennes ont suspendu leurs vols en lien avec ce pays. Air China a annulé certains de ses vols vers les États-Unis. En Chine continentale, le nouveau coronavirus a fait 908 morts, et le nombre des personnes infectées dépasse les 40.000, selon le bilan établi lundi par les autorités. Une mission internationale d'experts de l'OMS dirigée par Bruce Aylward, vétéran ayant travaillé sur d'autres urgences sanitaires, est partie dimanche soir pour la Chine, où elle compte aider à coordonner une réponse à la crise sanitaire déclenchée fin 2019 dans la ville de Wuhan (centre de la Chine).

Pour en savoir plus

Coronavirus : quels sont les risques de propagation de l’épidémie en Europe ?

Article de Futura avec l'AFP-Relaxnews, publié le 24 janvier 2020

L'épidémie de coronavirus qui sévit en Chine va-t-elle arriver en Europe et quand ? Tout le monde se pose la question, d'autant que le nombre de victimes ne cesse d'augmenter dans ce pays. Alors quelle est la probabilité qu'au moins un cas soit importé en Europe dans la prochaine quinzaine ? Une équipe de l'Inserm vient d'élaborer deux scénarios de diffusion possibles de l'épidémie en direction des autorités sanitaires afin de les guider dans la prévention et la surveillance du virus 2019-nCov, même si ce ne sont que des outils théoriques et non prédictifs.

Deux semaines seulement après avoir annoncé la découverte d'un nouveau virus de la famille des coronavirus, responsable de pneumonies sévères, la Chine comptabilisait 571 cas sur son territoire. Afin de contenir l'épidémie, déjà à l'origine de 18 décès, plusieurs mesures drastiques ont déjà été mises en place par les autorités chinoises, notamment des restrictions de voyage au départ de la province de Hubei, où se trouve la ville de Wuhan.

À l'heure actuelle, de nombreuses questions se posent encore sur l'origine de ce nouveau virus, baptisé 2019-nCov, mais aussi sur la capacité de l’épidémie à s'étendre à d'autres régions du monde, notamment à l'Europe. En deux semaines, huit cas ont déjà été exportés depuis la Chine vers le Japon, la Corée du Sud, les États-Unis, la Thaïlande, Taiwan et l'Australie. Dès le début de l'épidémie, des chercheurs Inserm sous l'égide du groupe de recherche REACTing ont travaillé pour développer des modèles de diffusion possibles de l'épidémie.

Sous la direction de la chercheuse Inserm, Vittoria Colizza, au sein de l'Institut Pierre Louis d'épidémiologie et de santé publique (Inserm-Sorbonne Université), une équipe est désormais en mesure de proposer un modèle permettant d'anticiper une potentielle arrivée de l'épidémie en Europe afin d'orienter les mesures de surveillance et de prévention. Il est néanmoins important de noter que ce modèle ne constitue en aucun cas une prédiction du nombre de cas à venir sur le territoire français et européen, mais bien un outil théorique d'aide à la décision publique. 

Scénario à faible risque. © Inserm

Deux scénarios possibles selon les flux aériens en provenance de la Chine

Pour développer leur modèle, les chercheurs se sont intéressées à toutes les provinces chinoises déclarant plus de dix cas. Leurs estimations des risques d'exportation de ces cas s'appuient sur les données des flux aériens en provenance de ces régions vers l'Europe datant de janvier 2019 et issues de l'OAG, une organisation mondiale leader dans la collecte de données sur les vols aériens. Quel est le risque qu'au moins un cas soit importé en Europe dans les deux prochaines semaines ? C'est la question à laquelle l'équipe a cherché à répondre en élaborant deux scénarios, celui d'un faible risque de diffusion de l’épidémie et celui d'un risque élevé de diffusion.

Le scénario à faible risque de diffusion se base sur l'état de la situation (7 cas exportés hors de Chine) avant la quarantaine aérienne décidée par le gouvernement chinois. Il estime ainsi le risque de l'exportation d'au moins un cas en Europe si sept cas étaient exportés depuis les provinces chinoises affectées par l'épidémie dans les deux prochaines semaines.

Le scénario à haut risque de diffusion de l'épidémie propose une estimation de ce même risque si trois fois plus de cas étaient exportés hors de Chine. « Il s'agit là d'un choix arbitraire, mais qui reflète le fait que le nombre de cas chinois ne cesse d'augmenter, et qui permet d'anticiper le cas d'une exportation plus massive du nombre de personnes infectées », souligne Vittoria Colizza.

Scénario à haut risque. © Inserm

Quels seraient les pays d'Europe les plus exposés ? 

D'après les chercheurs, le risque qu'au moins un cas soit importé en Europe dans le premier scénario est de 33 % et de 70 % dans le deuxième scénario. Étant donné les flux aériens, les pays les plus exposés seraient l'Allemagne et le Royaume-Uni. Le risque qu'un passager infecté arrive en France est lui de 5 % dans le scénario 1 et de 13 % dans le scénario 2, et se concentrerait surtout sur les aéroports de la région parisienne.

« Nos résultats ne sont pas des prédictions, ils permettent simplement d'identifier là où se situe le risque et là où il faut déployer des moyens de surveillance et de prévention accrus », insiste Vittoria Colizza. 

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