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Épidémie de légionellose : toutes nos explications

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Cette maladie est actuellement au coeur de l'actualité Française, depuis qu'une série de contaminations a été détectée dans le département du Pas-de-Calais. Soixante quatre personnes ont été malades, 7 sont décédées, et 17 sont toujours hospitalisées. Malgré des recherches intensives sur le terrain, les sources de contamination demeurent encore incertaines. Mais qu'est-ce que la légionellose ? Quelle est son histoire ? Quel est l'agent pathogène ? Comment se produit l'infection, quels en sont les symptômes ? Retour détaillé sur une maladie longtemps restée inconnue.

Vue au microscope de la bactérie Legionella pneumophila avec son flagelle.

La bactérie la plus fréquemment responsable de cette maladie est Legionella pneumophila. Elle fut découverte pour la première fois aux Etats-Unis en 1977 lors d'une épidémie de pneumonie aiguë qui toucha 182 vétérans de la légion américaine, 29 en sont décédés. L'enquête menée à l'époque détermina que la source de l'infection était le système de climatisation de l'hôtel.

En France, cette maladie est à déclaration obligatoire depuis 1987. Cette surveillance est assurée par trois systèmes : les médecins, le Centre National de Référence des Legionella et les comités de lutte contre les infections nosocomiales. En effet, les légionelloses représentent un souci majeur pour les hôpitaux, en raison de la sensibilité des personnes présentes (environ 20 % des cas de légionelloses sont d'origine Hospitalière). Le nombre de légionelloses en France a été estimé en 1995 aux alentours de 2000 à 3000 cas.

L'espèce Legionella

Plus de 48 espèces de bactéries du genre Legionella ont été décrites. Parmi les plus fréquemment responsables d'épidémies on trouve : Legionella pneumophila du sérogroupe 1, puis 6, Legionella jordanis et enfin Legionella bozemani.
L. pneumophila est une bactérie en forme de bâtonnet gram négatif, d'une taille pouvant varier de 0,5 à 2 microns. Sa température de croissance optimale est de 37°C, mais elle est capable de se multiplier entre 20°C et 45°C. Le pH optimum pour sa croissance est 7, mais encore une fois, la bactérie se comporte très bien dans une gamme de pH allant de 5,5 à 8,5.
Cette bactérie est aérobie strict (c'est-à-dire qu'elle a absolument besoin d'oxygène pour sa croissance), elle est mobile grâce à la présence d'un ou plusieurs flagelles (sorte de filament permettant de propulser la bactérie, voir l'image ci-dessous). La prolifération des bactéries est favorisée par la stagnation des eaux.

Ces bactéries ont des besoins nutritifs complexes pour pouvoir se multiplier. En effet, elles utilisent la cystéine (un acide aminé) comme source de carbone et ont besoin de certains oligo-éléments (fer, magnésium, calcium). A 25°C la population de bactéries double toutes les 4 heures. A une température optimale, le doublement est obtenu en 2 heures uniquement.

La bactérie résiste assez bien aux traitements désinfectants habituels (le chlore jusqu'à 2 mg/l, l'ozone (1mg/l), ou encore aux rayons U.V (160 J/m2). Elle est inactivée par la chaleur humide (121°C, 15min), ou par la chaleur sèche (170°C, 1h). Elle est capable de survivre des mois dans l'eau du robinet. Les légionelles ont la particularité de pouvoir parasiter des organismes unicellulaires aquatiques comme les amibes et les protozoaires, ce qui leur permet de se protéger de conditions défavorables. Dans de telles conditions, la bactérie est aussi capable de coloniser des biofilms.

Les réservoirs, la contamination

La bactérie est trouvée dans les milieux aquatiques, que ceux-ci soient naturels (ruisseaux, étangs ...) ou artificiels (circuits de distribution de l'eau, tours aéro-réfrigérantes, robinetterie, climatisation, eaux thermales...).
La transmission de la bactérie se fait par voie aérienne, par inhalation de petites particules d'eau (d'une taille d'environ 5 microns) permettant à celles-ci d'atteindre facilement les alvéoles pulmonaires. Ces gouttelettes sont capables de transporter la bactérie sur une distance pouvant atteindre 2 km. Dans ces conditions, le temps de survie des bactéries à l'air est estimé à 2h. Il est aussi possible que la transmission puisse se produire par ingestion d'eau contaminée, mais cela n'a pas été prouvé. Aucune transmission inter-humaine n'a jusqu'à présent été rapportée.

Tous les établissements sont soumis à une réglementation très stricte établissant le nombre maximal de légionelles par litre d'eau. Il faut bien comprendre que dans le cas de la légionellose, comme pour chaque virus ou bactérie, il existe un seuil d'infectiosité. C'est-à-dire que si le milieu contaminé ne contient pas suffisamment d'agents pathogènes, ceux-ci ne provoqueront pas d'infection.

Epidémiologie

Les catégories à risques.

Certaines catégories sont plus susceptibles de développer la maladie lors du contact avec la bactérie. C'est le cas des personnes âgées, des personnes immunodéprimées, des personnes dépendantes de l'alcool ou du tabac, des personnes atteintes de certains cancers ou de maladies respiratoires chroniques. Les hommes sont plus atteints que les femmes sans que l'on sache bien pourquoi. Ainsi, dans le département du Pas-de-Calais, dont la population compte un nombre important d'anciens mineurs (dont le système respiratoire est en mauvais état), la maladie trouve un terrain de propagation adéquate à sa progression.

La maladie, les symptômes.

La durée d'incubation de la maladie est de 2 à 10 jours, avec une moyenne qui s'établit vers une semaine. Il existe trois formes de légionellose :
- La maladie du légionnaire est la forme la plus grave. On observe des symptômes de type grippaux, avec une forte fièvre. Ces symptômes sont accompagnés de sensations de malaises, de nausées et de vomissements. A l'examen radiographique, on observe des lésions pulmonaires mal définies. De graves complications peuvent survenir, tel qu'un choc septique, une insuffisance respiratoire ou rénale. Ces complications sont mortelles dans 15 % des cas.
- La fièvre de Pontiac, qui se caractérise par un syndrome grippal guérissant spontanément après quelques jours. C'est une forme bénigne de la maladie, qui ne présente pas d'atteintes pulmonaires.
- La légionellose comme maladie opportuniste. Les personnes immunodéprimées sont évidemment les plus susceptibles d'être infectées (surtout en milieu hospitalier). Le taux de mortalité atteint les 30 % dans ces cas-là. Il est fréquent d'identifier d'autres germes tels Legionella micdaeiLegionella bozemanii ou Legionella longbeachae .

Lorsque les bactéries pénètrent dans les poumons, elles sont phagocytées (ingérées) par les macrophages du système immunitaire. Normalement, ils sont chargés de digérer les organismes pathogènes ayant pénétré dans l'organisme. Seulement les légionelles ont la capacité de résister à cette digestion, et même de se multiplier à l'intérieur même du macrophage. Ensuite, elles sont relâchées dans le milieu extérieur et vont infecter d'autres macrophages. Cette lyse des macrophages entraînera l'apparition de liquide dans les poumons, qui sera aussi aggravée par certains mécanismes d'inflammation en réponse à l'infection bactérienne.

Les traitements

Les légionelles sont sensibles à différents antibiotiques, comme l'érythromycine, la rifampicine et la ciprofloxacine. Ce qui permet un traitement efficace par antibiothérapie ; les cas de gravités moyennes sont traités par l'érythromycine ou la spiramycine, pendant plusieurs semaines. Les cas les plus graves sont traités par la combinaison de la spiramicine et la rifampicine. Ces bactéries sont en revanche naturellement résistantes à la pénicilline, aux céphalosporines et aux aminosides.
Il est important de noter qu'il est important que la maladie soit traitée le plus tôt possible, en raison du risque de survenue de complications futures dans le cas des traitements tardifs.

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