Santé

Chronique d'un épisode de coquillages toxiques en Camargue

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Un arrêté préfectoral a interdit le ramassage des coquillages sur plusieurs plages de Camargue (aux alentours de Beauduc - golfe de Fos) durant plus de deux semaines, et ce en raison de la présence d'une micro-algue toxique.

La plage de Beauduc, zone de constat de cette contamination, est bien connue des camarguais pour le ramassage des tellines. Mais le vendredi 21 avril, la préfecture des Bouches-du-Rhône y interdit le ramassage, la commercialisation et l'expédition de tous les coquillages dans un secteur s'étendant sur plusieurs kilomètres (de la plage de Beauduc jusqu'à l'embouchure du Rhône). La raison est d'ordre sanitaire : des taux anormalement élevés d'acide domoïque viennent d'être détectés dans ces coquillages (23,8 µg par gramme de chair, pour un seuil de sécurité sanitaire fixé à 20 µg / g de chair), les rendant toxiques pour la consommation.

Le REPHY (Réseau de Surveillance du Phytoplancton et des Phycotoxines), à l'origine de cette alerte, effectue deux semaines plus tard de nouvelles analyses : les coquillages ne présentent alors plus de toxicité, bien que la micro-algue reste encore présente (10.000 à 100.000 cellules par litre d'eau de mer).

Pseudo-nitozschia. (crédit : IFREMER)

La micro-algue incriminée, Pseudo-nitzschia sp., produit de l'acide domoïque, une neurotoxine appartenant à la même famille que l'acide kanaïque. Cette molécule est thermostable et soluble dans l'eau. Elle résiste aussi bien à la cuisson qu'à la congélation. Les coquillages sont contaminés en ingérant des micro-algues toxiques, et accumulent les toxines dans leurs tissus. L'Homme, par consommation de ces coquillages, va alors absorber des doses concentrées de toxines. Ces dernières, franchissant la barrière gastro-intestinale, viennent activer les récepteurs glutamiques du système nerveux central, enclenchant un processus neurologique complexe et entraînant un dysfonctionnement ou une mort cellulaire.

Les cas d'intoxication ainsi observés chez l'Homme sont nommés ASP (Amnesiant Shellfish Poisoning) : les premiers symptômes apparaissent dans les 24 heures après ingestion : les patients souffrent alors de troubles digestifs et de vomissements. S'en suit entre 24 et 48 heures, pour des intoxications plus grave, des troubles neurologiques : maux de tête persistants, confusion, désorientation. Dans les cas les plus dramatiques, les troubles neurologiques s'accompagnent d'une perte de mémoire, de dommages cérébraux jusqu'à des convulsions, voire un coma pouvant entraîner la mort.

Les micro-algues toxiques posent de nombreux problèmes de santé et de qualité des espèces d'intérêt halieutiques. L'interdiction des ventes d'huîtres du bassin d'Arcachon en mai 2005, suite à la détection de Dinophysis sp. (produisant des toxines diarrhéiques), et les retombées économiques néfastes sur les ostréiculteurs en sont un exemple récent. Ce problème ne touche pas que les côtes françaises, et les micro-algues toxiques sont responsables de nombreuses autres maladies comme la ciguatéra. Chaque année dans le monde, plus de 60.000 cas d'intoxications sont ainsi reliés à la présence de micro-algues toxiques.

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