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L'Arturo Brachetti des fonds marins est un coquin !

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Pourquoi n'y aurait-il que les gros et beaux mâles chez les seiches géantes d'Australie qui parviennent à leurs fins avec les demoiselles ? On peut pourtant être petit et séduire aussi, à condition d'être malin... Rien n'est jamais perdu. Démonstration.

www.dal.ca Une seiche géante d'Australie : mâle ou femelle...
© Ydel - Gueules d'Humour pour Futura-Sciences

C'est l'hiver et la saison des amours pour les seiches géantes (Sepia apama) dans le sud de l'Australie, du côté du Golf de Spencer. Les dames sont difficiles : elles rejettent 70% des tentatives d'approches et la compétition entre les mâles est féroce ! Ils sont tous sur leur trente-et-un car ils ont bien l'intention de « conclure », même si les places sont chères : en moyenne, une femelle pour quatre mâles. Autant dire qu'il faut soit être très fort pour gagner le cœur de la belle, soit très futé.

La parade nuptiale est un spectacle extraordinaire. Mettant tous leurs charmes en avant et rivalisant d'ingéniosité pour se parer de couleurs électriques incroyables et intimider les autres prétendants, ce sont généralement les gros mâles qui remportent la victoire. Il leur reste ensuite à bien veiller sur leur dulcine car les plus petits ne lâchent pas l'affaire pour autant. Dès que le nouvel époux a le dos tourné et se lance dans une lutte acharnée face à un autre rival, les coquins tentent encore leur chance : sur un malentendu, ça peut toujours marcher...

© Fey- Gueules d'Humour pour Futura-Sciences

La stratégie à adopter dans ce cas est très simple. Il suffit de se déguiser en femelle bien sûr ! Qui irait se méfier ? On cache son bras copulateur -l'hectocotyle- pour ne pas se trahir, on modifie un peu les autres bras, on arbore une teinte marbrée et on approche à tentacules de velours... L'imitation est parfaite, la femelle qui loge tranquillement sous un rocher n'y voit que du feu (et le gros mâle, occupé qui guette du coin de l'œil, se fait piéger lui aussi). Et puis, hop, ni vu ni connu, on féconde la dame en introduisant l'hectocotyle dans son réservoir spermatique : bref, du grand art !

© Denis Grand - Gueules d'Humour pour Futura-Sciences

Une équipe de biologistes du Woods Hole Marine Biological Laboratory dans le Massachusetts, dirigée par Roger Hanlon, a étudié in situ ce comportement étonnant et publié des résultats dans Nature. Durant 10 jours, les scientifiques ont observé et filmé 5 imitateurs à l'œuvre. Ils ont découvert que les astucieux céphalopodes étaient capables de modifier leur apparence une dizaine de fois en un quart d'heure ! Enfin, ils ont assisté à 62 tentatives d'approches dont 30 se sont soldées par un succès : des instants auprès de la femelle durant lesquels les petits filous sont parvenus à leurs fins dans 60% des cas. Autrement dit, ils ont pu fertiliser ses œufs, tests génétiques de paternité à l'appui, confirme l'étude. Seul ennui, avec une telle technique de drague : les Arturo Brachetti marins sont parfois victimes de leur talent de mimétisme sexuel et doivent de temps en temps repousser les avances des gros mâles ! Eh, on n'a rien sans rien...

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