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20 000 preuves sous la mer !

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Les gendarmes se jettent à l'eau : ils sont de plus en plus nombreux à rejoindre le Centre National d'Instruction Nautique, pour acquérir toutes les techniques d'enquête sous-marine, et faire parler les indices découverts sous l'eau. Cette formation unique accueille chaque année 400 gendarmes plongeurs, et représente un progrès considérable : si les techniques utilisées aujourd'hui avaient été connues plus tôt, nombre d'affaires jamais résolues auraient sans doute livré leurs secrets.

© Alexis Rosenfeld - Toute reproduction interdite sans autorisation

Un corps sans vie allongé au milieu d'un herbier de posidonie, à dix mètres sous la surface en baie d'Antibes : deux gendarmes s'affairent autour de lui, bouteille sur le dos et détendeur en bouche, relevant le moindre indice, dessinant scrupuleusement la scène, empaquetant soigneusement le cadavre. Ce n'est qu'un mannequin, et la découverte macabre n'est en fait qu'un exercice, destiné à former les stagiaires du Centre National d'Instruction Nautique de la Gendarmerie. Mais la rigueur doit être la même qu'en conditions réelles, et les 12 élèves du jour n'ont pas droit à l'erreur. « Sous l'eau, martèle Daniel Collet, l'un de leurs formateurs, vous ne devez rien oublier, sinon c'est foutu ». Et cela a longtemps été le cas. Il aura fallu attendre les dernières évolutions de la police scientifique pour que la discipline puisse être appliquée sous l'eau, depuis quelques années seulement. « L'une des découvertes majeures, explique le chef d'escadron Haas, directeur du Centre, est la persistance des traces d'ADN sous l'eau, qui permettent même après une immersion prolongée de retrouver des empreintes génétiques. » Un pas en avant immense : jusqu'à présent, un corps immergé devenait en quelque sorte muet, en terme d'indices. On peut aussi aujourd'hui dater de manière fiable l'immersion, et tenter de déterminer les causes de la mort grâce notamment à la présence de diatomées, des algues microscopiques qui se trouvent sur le cadavre. Les analyses sont alors confiées aux laboratoires de l'Institut de Recherche Criminelle de la Gendarmerie Nationale de Rosny Sous-Bois. Mais si les laboratoires sont aujourd'hui capables d'analyser les données recueillies en plongée, sur un défunt, ou sur une arme retrouvée, il faut leur donner un matériel d'étude en bon état, d'où la nécessité de former le personnel aux techniques particulières de l'investigation sous-marine.

Un enseignement à la fois théorique et pratique

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Créé en 1965, le Centre National d'Instruction Nautique de la Gendarme accueillait au départ les plongeurs de la gendarmerie, chargés d'intervenir en mer et dans les eaux intérieures, mais le recrutement s'est aujourd'hui largement élargi. Magistrats, douaniers, policiers, français mais aussi étrangers suivent des stages dont la durée et le contenu varient largement, selon leur niveau et leur spécialité. D'une semaine d'initiation à vingt-cinq semaines pour une formation complète à toutes les techniques d'investigation subaquatique, les stages associent en permanence formation théorique et pratique. Au programme notamment, des séances d'hélitreuillage, l'utilisation d'un détecteur de métaux, la prise en charge d'un corps pour conserver un maximum d'indices, mais aussi par exemple l'apprentissage de la réglementation maritime et fluviale. Mais la majeure partie de leur temps, ils le passent dans l'eau, pour des simulations grandeur nature, où il leur faudra apprendre à agir de façon à la fois rapide, et précise. « Hier, explique leur instructeur, vers 22 heures, un témoin a entendu une déflagration alors qu'il rentrait au port, puis une chute dans l'eau, enfin un bateau démarrer et s'éloigner. » Les stagiaires viennent de recevoir l'énoncé du problème, il leur faut maintenant le résoudre. Equipés, ils sautent à l'eau et quadrillent la petite baie, jusqu'à ce qu'ils localisent le cadavre. Mais ils ne sont pas au bout de leurs peines, et c'est à partir de là qu'ils doivent faire preuve d'une rigueur sans faille. Sous l'eau, avant de toucher à quoi que ce soit, et en prenant garde à ne pas palmer au dessus du site pour ne rien déplacer, ils doivent dessiner la scène, chercher autour du corps tous les objets susceptibles d'apporter des informations, relever toute trace de coup, tout impact de balle visible. Et c'est souvent là que le bât blesse, au début de la formation : trop pressés de remonter le corps, enfermé dans un sac étanche et installé sur un brancard, les stagiaires risquent de perdre à jamais de précieux éléments ! Une fois suffisamment rôdés à l'exercice, après l'avoir inlassablement répété, ils recommenceront cette fois dans des conditions beaucoup plus difficiles : de nuit, puis dans les eaux noires et glacées du lac de Saint Cassien, à quelques dizaines de kilomètres de là.

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Des brigades nautiques de plus en plus nombreuses

Avec l'avancée des connaissances, les brigades nautiques se multiplient, et l'on a de plus en plus recours à leurs compétences. Comme l'explique l'adjudant Serge Le Goas, instructeur au CNING depuis six ans, « il est de plus en plus fréquent que l'on fasse appel à 20 ou 30 plongeurs pour une même intervention ». Ce fut le cas notamment, parmi les opérations les plus retentissantes, lors de l'affaire Alègre, où il a fallu mener des recherches dans plusieurs lacs en même temps, pour tenter de retrouver d'éventuelles victimes. La Gendarmerie Nationale dispose aujourd'hui d'une cinquantaine de brigades spécialisées réparties sur tout le territoire, qui accueillent des gendarmes aux aptitudes variées, mais de plus en plus pointues. Et quelques femmes, qui font doucement leur apparition, comme dans tous les corps de métiers spécialisés de la gendarmerie. Dans les années à venir, s'appuyant sur les nouvelles compétences de terrain acquises par les gendarmes, on peut supposer que les techniques scientifiques applicables au monde sous-marin vont encore s'affiner. Et faire reculer un peu plus l'impunité relative dont jouissaient jusque là les criminels en milieu aquatique.

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