La France s’est beaucoup moquée des Anglais, se drapant dans un principe de précaution et une rigueur scientifique maximale. Une arrogance qui lui a coûté cher.

« Les gens qui peuvent vous dire "on aura un vaccinvaccin au mois de mars prochain ou d'avril", très sincèrement, vous trompent », expliquait Emmanuel Macron au forum annuel Bpifrance Inno Génération en octobre dernier. Deux mois plus tard, les Britanniques lançaient leur campagne de vaccinationvaccination. Dans ce dossier, la France a toujours eu un train de retard, symptômesymptôme permanent de la méfiance intrinsèque de notre pays envers la science. L'Angleterre, réputée pour son pragmatisme, a su faire preuve d'audace qui a payé.

La validation en urgence des vaccins

  • Ce qu'a fait l'Angleterre : le Royaume-Uni a validé le vaccin Pfizer le 2 décembre 2020 et le vaccin AstraZeneca le 30 décembre en procédure d'urgence. En France, il a fallu attendre le feufeu vert de l'Agence européenne des médicaments, pour finalement valider le vaccin Pfizer le 24 décembre et l'AstraZeneca le 2 février.
  • Ce que la France en disait : « Une différence que nous avons avec d'autres pays et nous l'assumons, c'est le fait de mener à leur terme l'ensemble des analyses scientifiques sans passer par des procédures accélérées, parce que c'est un gage de confiance pour nos concitoyens » (Gabriel Attal, 16 décembre 2020). « Nous ne confondons pas vitessevitesse et précipitation » (Jean Castex, 16 janvier 2021).
  • Bilan : alors que la France avait à peine entamé sa campagne de vaccination le 17 janvier avec 422.000 personnes vaccinées, la Grande-Bretagne avait déjà administré quatre millions de doses, soit 10 fois plus ! Et le retard accumulé n'a cessé de grandir. Résultat : alors que le nombre de contaminationscontaminations s'est effondré en Angleterre sous la barre des 5.000 cas par jour et que les restaurants devraient rouvrir mi-avril, la France enregistre un pic de contaminations et les services de réanimation sont saturés.
Nombre de personnes vaccinées en France et au Royaume-Uni. © <em>Our World in Data</em>
Nombre de personnes vaccinées en France et au Royaume-Uni. © Our World in Data

Prioriser la première dose

  • Ce qu'a fait l'Angleterre : la Grande-Bretagne a choisi d'attendre douze semaines entre les deux injections, au lieu des trois semaines préconisées par Pfizer.
  • Ce que la France en disait : « Nous ne toucherons pas au délai d'injection du vaccin Pfizer. [...] Je fais le choix de la sécurité des données validées et je maintiens les données validées scientifiquement de 21 à 28 jours entre les deux injections » (OlivierOlivier Véran, 26 janvier 2021). « L'obtention d'une couverture vaccinalecouverture vaccinale élargie, mais fragilisée par un faible niveau d'immunitéimmunité, constituera un terrain favorable pour sélectionner l'émergenceémergence d'un ou de plusieurs variants échappant à l'immunité induite par la vaccination » (Académie de médecine, 11 janvier 2021).
  • Bilan : les Britanniques ont pu vacciner beaucoup plus vite. Au 29 mars 2021, 30 millions d'entre eux avaient reçu au moins une première dose de vaccin, contre 7,98 millions en France (soit 11,9 % de la population). L'allongement du délai à six semaines avait pourtant été préconisé par la Haute Autorité de santé (HAS) dès le 23 janvier, qui avait alors estimé que cela permettrait « de vacciner au moins 700.000 personnes de plus le premier mois ». Plusieurs études ont par ailleurs montré une très bonne efficacité du vaccin dès la première injection (86,7 % après la première injection pour le vaccin Pfizer contre 95 % après la seconde dose).

Voir aussi

Ces affaires qui ont alimenté la méfiance française envers les vaccins

Des vaccinodromes géants

  • Ce qu'a fait l'Angleterre : les Britanniques ont rapidement mis en place d'immenses vaccinodromes, comme le stade de Wembley transformé en centre de vaccination.
  • Ce que la France en disait : « Certains pays ont fait le choix du vaccinodrome. [...] Ça n'a pas été un gage d'efficacité en France. Nous faisons le choix de circuits de vaccination que nous connaissons » (Olivier Véran, 3 décembre 2021).
  • Bilan : face à la lenteur de la campagne de vaccination, le gouvernement a annoncé le 22 mars l'ouverture d'au moins 35 vaccinodromes ouverts 7j/7 sur l'ensemble du pays et pouvant administrer jusqu'à 2.000 personnes par jour. À sa décharge, ouvrir des centres de vaccination alors qu'on ne disposait pas d'un nombre de doses suffisant n'aurait pas eu grand intérêt. Mais l'éparpillement des circuits de distribution (médecins, pharmaciens...) a considérablement compliqué la logistique, et a même pu conduire à des gaspillages de doses non utilisées.

On a eu tort de manquer d’ambition [...] On est trop rationnel, peut-être (Emmanuel Macron)

Ouvrir le vaccin AstraZeneca à tout le monde

  • Ce qu'a fait l'Angleterre : dès le départ, les Britanniques ont fait le choix d'administrer le vaccin AstraZeneca à l'ensemble de la population, y compris aux personnes âgées.
  • Ce que la France en disait : « Quand on dit qu'on va vacciner les personnes âgées avec le vaccin AstraZeneca alors qu'aujourd'hui il est considéré par les scientifiques comme n'ayant pas de données suffisantes de son efficacité sur ces personnes, on fait un choix. Nous, nous faisons le choix de la sécurité et de l'efficacité » (Gabriel Attal, 21 février 2021).
  • Bilan : selon les dernières données communiquées par le laboratoire, le vaccin est efficace à 85 % chez les plus de 65 ans pour prévenir les formes symptomatiques de la maladie, et même 100 % contre les hospitalisations et les formes sévères. Une autre étude écossaise montre une réduction du risque d'hospitalisation de 81 % chez les plus de 80 ans. Le 4 mars, la vaccination avec AstraZeneca a finalement été étendue aux plus de 65 ans. Depuis le 19 mars, le vaccin est même réservé aux plus de 55 ans, suite à des suspicions de thrombosethrombose chez des personnes jeunes. Un virage à 180°, qui outre le retard dans la vaccination des plus âgés a jeté le doute sur l’efficacité de ce vaccin.

« On a eu tort de manquer d'ambition, j'allais dire de folie, de dire "c'est possible et on y va". On est trop rationnel, peut-être », a reconnu Emmanuel Macron le 24 mars. Les Français et les Européens ont laissé les Anglais essuyer les plâtresplâtres avant de suivre leur stratégie. Un mélange d'arrogance et de principe de précautionprincipe de précaution porté à outrance qui nous a porté préjudice.