La fabrication de vaccins à grande échelle n’est pas si facile que ça. © Mike Mareen, Adobe Stock
Santé

Vaccin anti-Covid : pourquoi les labos ont autant de retard ?

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[EN VIDÉO] Comment fonctionne un vaccin à ARN messager ?  Pfizer et Moderna ont choisi cette technique de pointe pour concevoir en un temps record leur vaccin contre le Covid-19. Cette vidéo présente tout ce qu'il faut savoir sur les vaccins à ARN messager en trois minutes ! 

AstraZeneca et Pfizer ont tous deux annoncé des retards de livraison. Entre manque de matière première et difficultés de production, même les grands industriels sont confrontés à des problèmes pour fabriquer leurs vaccins à grande échelle et dans l'urgence.

Après les retards de livraison annoncés par Pfizer, le laboratoire AstraZeneca a annoncé le 26 janvier que seules 4,6 millions de doses devraient être livrées en France d'ici fin mars, contre les 15,9 millions prévues initialement. Un retard que la Commission européenne a jugé inadmissible, enjoignant le laboratoire de « tenir ses promesses » ainsi que tous ceux dans lesquels elle a investi des milliards.

Travaux en cours en Belgique

Même s'il est vrai que les laboratoires se sont engagés sur les quantités à livrer, ils connaissent de vraies difficultés de production. Chez Pfizer, officiellement, le retard provient de travaux dans son usine de Puurs, en Belgique. C'est sur ce site qu'est fabriquée la plus grande partie des centaines de millions de doses commandées par l'UE (600 millions en 2021). Il peut paraître surprenant d'entamer des travaux en pleine urgence épidémique, mais Pfizer explique que ces travaux sont destinés à améliorer la cadence de production. « Bien que cela ait un impact temporaire sur les expéditions de fin janvier à début février, cela entraînera une augmentation significative des doses disponibles pour les patients à la fin février et en mars », explique le laboratoire.

Fabrication d’ARN messager

Il faut rappeler que le vaccin de Pfizer repose sur la fabrication d'ARN messager. En théorie, cet ARN est très facile à produire à l'échelle industrielle et c'est d'ailleurs là un des atouts de cette nouvelle technologie. L'ARN est fabriqué par transcription enzymatique à partir d'ADN plasmidique, avant d'être encapsulé dans une particule lipidique. Les enzymes et les nucléotides modifiés ne sont pas trop difficiles à obtenir mais les particules lipidiques n'étaient jusqu'ici pas produites à grande échelle. « Elles ont longtemps été une niche assez exotique, très peu d'entreprises en produisent », justifie dans Le Monde Dietmar Katinger, le P.-D.G. de l'entreprise autrichienne Polymun Scientific, qui fournit ces particules pour BioNTech.

Le processus de production est aussi difficile à stabiliser. Selon des courriels échangés entre l'Agence européenne du médicament (EMA) et Pfizer, et révélés par des hackeurs, l'EMA s'inquiète justement de la disparité de qualité des lots de vaccin, les quantités d'ARN « efficace » variant fortement d'un lot à l'autre. « Certains premiers lots de matières premières ne répondaient pas aux normes. Nous avons résolu le problème, mais nous avons manqué de temps pour répondre aux expéditions prévues de cette année », prévenait Pfizer en décembre, rappelant que le laboratoire n'avait encore jamais produit de vaccin à ARN. Il faut enfin stabiliser le vaccin, qui rappelons-le doit être conservé à -70 °C. Tout cela nécessite des adaptations industrielles et logistiques qui prennent naturellement un peu de temps.

Millions de doses de vaccins qui devraient être livrées chaque mois en France. (NB : des commandes supplémentaires pourraient être activées en 2021). Source : Santé publique France

Millions de virus à fabriquer à la chaîne

Les problèmes concernant le vaccin d’Oxford et AstraZeneca sont un peu différents. En effet, il s'agit d'un vaccin « classique » reposant sur un adénovirus de chimpanzé transformé pour exprimer la protéine Spike du SARS-CoV-2. Il faut donc cultiver des cellules animales en masse, ce qui nécessite un environnement idéal de température, de pression, d'acidité et de composition des nutriments difficile à maîtriser. Les virus doivent ensuite être purifiés soigneusement pour ne pas les endommager. Le contrôle de qualité du produit final, qui comporte des tests de pureté, d'activité, de sécurité microbiologique et d'innocuité est également très long (jusqu'à un an pour certains vaccins). Chez Novasept, le sous-traitant français d'AstraZeneca qui fabrique les vecteurs viraux en Belgique, on évoque notamment un rendement insuffisant d'une des lignées cellulaires utilisées pour multiplier les virus. Mais AstraZeneca refuse de donner les raisons précises de son retard.

Au vu de l'urgence dans laquelle les laboratoires ont dû adapter leur production, les retards n'ont donc rien de surprenant. « AstraZeneca éprouve des difficultés à monter en capacité industrielle [...]. C'est quelque chose de très courant, assure sur BFMTV Agnès Pannier-Runacher, la ministre déléguée chargée de l'industrie. J'ai travaillé dans la production et je peux vous le dire, des déviations d'une ou deux semaines où vous essayez de faire en sorte que votre production industrielle soit au bon niveau de qualité et au bon niveau de volume, c'est extrêmement courant. »

Le patron d'AstraZeneca, lui, déplore l'égoïsme de certaines nations dans la pandémie. « Il y a eu un peu de comportement de "moi d'abord" » pour accéder au plus vite aux vaccins, a fustigé le Français Pascal Soriot lors du Forum économique de Davos. Une façon d'appeler les Européens à la patience.

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