Un médicament pour favoriser l'exercice physique chez les personnes en difficulté pourrait voir le jour. Parce qu'il augmente l'endurance, pourrait-il être utilisé dans les sports où l'effort est prolongé, comme le cyclisme, à des fins de dopage ? © Puliarf, Fotopedia, cc by 2.0

Santé

Un médicament qui augmente l’endurance de plus de 50 % chez la souris

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Des souris qui ont reçu le médicament ayant pour nom de code SR9009 se sont montrées plus endurantes de plus de 50 % en course à pied. Alors que ce composé pourrait aider les personnes atteintes de pathologies limitant fortement l'activité physique (dont l'obésité), les auteurs ont d'ores et déjà la crainte de voir prochainement ce produit recherché par les acteurs de la lutte antidopage.

Le sport, c'est bon pour la santé. Tout le monde le sait. Malheureusement, l'activité physique est un calvaire pour certaines personnes, atteintes de troubles limitant fortement leurs possibilités de déplacement. C'est le cas de l'obésité et du vieillissement, parmi les exemples les plus fréquents, mais aussi de maladies handicapantes telles que la bronchopneumopathie chronique obstructive ou l'insuffisance cardiaque congestive.

Les scientifiques tentent de trouver des solutions pour venir en aide à tous ces patients. Parmi celles qui suscitent l'espoir, une molécule nommée SR9009. Car d'après une étude publiée dans Nature Medicine, ce candidat médicament conférerait de l'endurance aux souris de laboratoire, et les transformeraient en coureurs à pied chevronnés.

Endurance améliorée de 50 %

Ce composé aurait une affinité particulière pour les récepteurs cellulaires appelés Rev-Erb-α. Une recherche précédente, parue en mars 2012 dans la revue Nature, montrait qu'il intervient dans le métabolisme des lipides et du glucose au niveau du foie, qu'il synchronise l'activité du corps selon le cycle d'alternance jour-nuit de 24 heures et qu'il aide des souris obèses à perdre du poids.

Dans ce travail, les chercheurs de l'Institut Pasteur de Lille ont dans un premier temps testé l'activité musculaire de rongeurs qui n'ont pas les fameux récepteurs Rev-Erb-α. Leurs performances aux exercices de course à pied sont nettement inférieures à celles de leurs congénères possédant les récepteurs. Ces premiers éléments suggèrent donc que SR9009 pourrait améliorer les capacités physiques.

Des souris de type sauvage ont alors reçu le médicament, qui active Rev-Erb-α. Aussi bien in vitro qu'in vivo, le métabolisme du muscle squelettique a été augmenté. Au niveau des performances, les capacités de course à pied ont été améliorées de plus de 50 % par rapport aux mêmes animaux non traités, que ce soit au niveau des délais, mais aussi des distances parcourues. Un progrès énorme.

SR9009 pourrait avoir plusieurs vertus : il pourrait limiter le stockage des graisses et diminuer l'obésité, mais il conférerait en plus une endurance supérieure de l'ordre de 50 %, favorisant la pratique d'une activité physique, ayant elle aussi en retour des bénéfices sur la silhouette et la santé en général. En tout cas, cela semble être le cas chez les souris. © Bigplankton, Wikipédia, DP

SR9009, le médicament qui transforme les muscles

En y regardant de plus près, les auteurs ont remarqué que les muscles de ces rongeurs de laboratoire avaient pris l'apparence de ceux des sportifs entraînés, capables de résister à une forte oxydation. En effet, le profil d'expression génique ressemble très fortement à ce que l'on retrouve chez des athlètes.

Selon ces travaux, l'activation des récepteurs Rev-Erb-α par SR9009 entraînerait la synthèse de nouvelles mitochondries, les centrales énergétiques de la cellule, qui permettent de maximiser l'énergie obtenue à partir du glucose grâce à des réactions d'oxydation. En contrepartie, les mitochondries défaillantes, et potentiellement nocives pour la cellule musculaire, seraient détruites par autophagie (digestion par la cellule).

En plus de l'amélioration des performances athlétiques, la molécule pourrait favoriser la baisse du niveau des triglycérides. Elle contribuerait à donner l'illusion à l'organisme qu'il est entraîné à l'exercice physique, permettant d'augmenter les dépenses énergétiques.

Les dérives éventuelles inquiètent déjà les scientifiques

Des résultats encourageants pour tout un pan de la population qui est concerné par la difficulté à pratiquer une activité physique. Mais évidemment, dès lors que l'on parle d'améliorer les performances, on pense inéluctablement à l'un des fléaux du sport : le dopage. À l'heure où des soupçons pèsent sur le maillot jaune du Tour de France cycliste Christopher Froome (la polémique est née au vu de son aisance sur le vélo, et non du fait d'analyses le confondant) et alors que des sprinteurs américains et jamaïcains viennent de reconnaître avoir été pris par la patrouille, la propreté dans le sport de très haut niveau reste débattue. Il est d'ailleurs évident que ce ne sont pas les seules disciplines touchées.

Interrogé par le quotidien floridien Sun Sentinel, Thomas Burris, l'un des chercheurs de l'étude, avoue se sentir effrayé à l'idée que son utilisation puisse être détournée au profit de tricheurs, et regrette presque l'efficacité de la molécule qu'il a lui-même mise au point.

Mais pour l'heure, on ignore encore si les résultats obtenus chez la souris peuvent être extrapolés à l'être humain. En outre se pose la question des risques éventuels pour la santé. Seuls des essais cliniques pourraient statuer sur l'intérêt d'un tel médicament, et ceux-ci ne sont pas encore programmés. Cela laisse un peu de temps aux autorités de lutte contre le dopage pour trouver un moyen de détecter les traces de SR9009, au cas où celui-ci se révèle prometteur.

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