Non, jouer aux échecs ne rend pas plus intelligent. © motortion, Adobe Stock
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Non, apprendre les échecs à votre enfant ne fera pas de lui un génie

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Selon une étude robuste parue en 2017, apprendre à vos enfants à jouer aux échecs ne les rendrait ni plus intelligent ni meilleur en logique ou en mathématiques. Retour sur la construction d'un mythe.

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[EN VIDÉO] « Le Cerveau des enfants, un potentiel infini ? », un documentaire de Jupiter Films  Des spécialistes des neurosciences travaillant aux États-Unis nous présentent leur thèse sur l'éducation des enfants. Selon eux, il faut laisser s'exprimer leurs émotions, qui diffèrent beaucoup de celles des adultes puisque leur cerveau n'est pas encore entièrement structuré. Ces théoriciens sont des promoteurs de la méditation de pleine conscience, dont ils préconisent la pratique chez les enfants. C'est ce que nous montre le documentaire « Le Cerveau des enfants, un potentiel infini ? », diffusé en France par Jupiter Films. 

Tout le monde a envie que ses enfants réussissent à l'école et toutes les stratégies sont bonnes pour tenter de maximiser leurs chances. Dans l'imaginaire collectif, le jeu d'échecs permettrait de rendre les enfants plus intelligents, meilleurs en mathématiques ou encore en logique. Cette intuition n'est pas dépourvue de fondements. Les échecs sont un jeu que les chercheurs classent dans la catégorie des jeux cognitifs, c'est-à-dire qu'ils demandent un effort cognitif majeur aux participants. Pour être bon aux échecs, il est nécessaire de développer des aptitudes comme la concentration et l'attention mais également d'acquérir des compétences tels que le raisonnement logique, le calcul et le mouvement des pièces dans l'espace mental. D'ailleurs, plusieurs études suggèrent que le jeu d'échecs pourrait avoir de telles vertus. Problème : elles sont entachées de biais. Une étude plus robuste méthodologiquement conduite en Angleterre suggère que savoir jouer aux échecs n'améliore pas de capacités ou d'aptitudes spécifiques en dehors du jeu d'échecs. En substance, cela suggère que le transfert de compétences des échecs au milieu scolaire n'opère pas. 

Le problème des études antérieures

Dans son préambule, une étude anglaise rappelle les limites des études qui ont été réalisées par le passé et qui ont contribué à la construction du mythe. Tout d'abord, la plupart des recherches relatent des associations entre jouer aux échecs et les compétences scolaires. Ces études d'observations sont en proie à l'influence des facteurs de confusion mais également du biais de causalité inverse. Autrement dit, on ne peut pas dire si ce sont spécifiquement les échecs qui améliorent les capacités scolaires, car un autre facteur pourrait être associé avec un bon niveau d'échec et des compétences scolaires élevées (le niveau socio-économique typiquement), ou si cela pourrait être les compétences scolaires élevées qui permettent de rendre un enfant meilleur aux échecs. Deuxièmement, la plupart des études ont été conduites avec des échantillons très faibles qui ne permettent pas de détecter correctement les différences statistiques entre les groupes. 

Enfin, les études sont généralement conduites en contexte expérimental, avec des tests réalisés en fin d'expérience, ce qui diffère totalement d'un environnement éducatif et diminue la validité externe des études. Pour toutes ces raisons, les chercheurs jugent nécessaire de réaliser un essai randomisé à grande échelle, avec un échantillon suffisamment robuste, dans l'environnement de la salle de classe et de prendre comme critère de jugement les tests éducatifs classiques un an après l'intervention.

La pratique des échecs n'améliore pas les résultats scolaires. © Nomad_Soul, Adobe Stock

Jouer aux échecs n'améliore pas les résultats scolaires

L'étude est catégorique. Ni les résultats en mathématiques, en lecture ou encore en sciences se voient améliorés par l'apprentissage du jeu d'échecs. Comment expliquer que cette dernière vienne à l'encontre de la plupart des résultats antérieurs ? Les chercheurs suggèrent plusieurs pistes explicatives. La première est relative à la taille de l'échantillon. En effet, moins on intègre de personnes dans une étude, plus on est susceptible d'observer de fortes variations, ce qui va biaiser des indicateurs comme la moyenne et l'écart-type, cruciaux pour déterminer si un effet existe. Par conséquent, les résultats antérieurs étaient probablement des faux positifs ou encore une erreur de type 2 dans le jargon statistique.

La deuxième est relative à la temporalité du critère de jugement mesuré. Comme nous l'avons vu, dans les études antérieures, le test se fait juste après l'intervention tandis qu'ici, on regarde l'effet sur les évaluations une année après l'intervention. Aussi, l'étude des chercheurs s'est concentrée principalement sur des élèves scolarisés au sein d'établissement comptant un nombre conséquent d'élèves défavorisés, ce qui peut expliquer les résultats et conforte l'idée que la variable socio-économique joue un rôle majeur dans le lien mis en exergue par les anciennes études. 

Quelles conclusions en tirer ?

Même si le jeu d'échecs n'améliore probablement pas les résultats scolaires de votre enfant, ce n'est pas une raison pour ne pas l'initier à cette pratique. En effet, d'autres paramètres peuvent être potentiellement favorisés par la pratique du jeu d'échecs. Aussi, le plaisir que l'on prend à jouer, comme les relations sociales que l'on tisse au sein d'un club, peut s'avérer positif sur le développement de votre enfant. Par conséquent, si votre enfant aime le jeu d'échecs et prend du plaisir à jouer, encouragez-le dans sa pratique sans vous attendre à un changement de paradigme concernant ces résultats scolaires.

  • Des études antérieures entachées de biais méthodologiques laissent penser que la pratique du jeu d'échecs pouvait améliorer les résultats scolaires des enfants. 
  • Une étude anglaise de 2017, plus robuste, vient contredire ces résultats. C'était probablement des faux positifs. 
  • Même si le jeu d'échecs n'améliore pas les résultats scolaires, le plaisir que l'on prend à jouer peut avoir des retentissements positifs sur le développement de l'enfant, tout comme les liens sociaux que l'on crée par ce biais.

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