Théorie : et si les masques protégeaient aussi leurs porteurs ? © Deagreez, Adobe Stock
Santé

Masque et variole : ils ont peut-être une chose en commun

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Dans un récent article « point de vue », des scientifiques suggèrent que, selon la théorie de la pathogenèse virale, le masque pourrait aussi protéger son porteur. Pour l'instant, peu d'expériences viennent corroborer cette hypothèse même si un faisceau de preuves se dessine doucement.

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Un récent article « point de vue » paru dans le New England Medical Journal propose une théorie élégante : le masque, en réalisant un effet de variolisation, pourrait aussi protéger son porteur. Qu'est-ce que cette phrase veut dire ? La variolisation, c'était cette pratique courante, et non moins risquée, avant l'apparition du vaccin contre la variole. Elle daterait du XVIe siècle, selon l'ouvrage « Une histoire des microbes » qui ne cite pas sa source. Elle consistait à inoculer des prélèvements provenant de lésions cutanées d'individus en voie de guérison ou d'individus eux-mêmes variolisés.

La théorie de la charge virale

À cette époque, cette pratique se basait surtout sur des observations empiriques. Avec l'avènement des sciences médicales modernes, l'hypothèse de la charge virale a été avancée pour expliquer ce phénomène au sein de la théorie de la pathogenèse virale. Cette hypothèse dit explicitement ceci : « la charge virale qui infecte un individu détermine en partie la sévérité d'une maladie virale ». Et c'est comme cela qu'en plus de protéger les autres (en évitant la projection de gouttelettes) le masque pourrait protéger celui ou celle qui le porte : en réduisant la probabilité qu'une particule virale arrive jusqu'à une cellule susceptible de lui donner la capacité de se répliquer. Dans le même temps, cela pourrait suffisamment faire réagir notre immunité pour prévenir une infection future, dans un laps de temps plus ou moins long.

Mais pour qu'une théorie soit valide sur le plan scientifique, il ne suffit pas qu'elle soit élégante ou qu'elle aille dans le sens de ce qu'on souhaiterait voir advenir. Elle doit être étayée par des preuves expérimentales robustes. Justement, de quelles preuves dispose-t-on pour juger de la crédibilité de cette théorie concernant le SARS-CoV-2 ? 

Et si le masque induisait un phénomène de « variolisation ». © narstudio, Adobe Stock

Les preuves expérimentales 

Elles sont très minces. Certaines expériences sur le modèle animal montrent que la charge virale infectieuse est corrélée à l'intensité de la maladie, d'autres études épidémiologiques suggèrent que le port du masque limite l'exposition au virus mais ne protège pas vraiment contre l'exposition aux aérosols. Des études prépubliées (dont les résultats sont donc à prendre avec énormément de précautions) sur l'immunité des patients exposés, modérés ou sévères, décrivent également qu'il existerait potentiellement une dose-réponse entre la sévérité de la maladie et/ou de l'exposition au virus et le développement de l'immunité. 

D'autres études ou observations préliminaires sur le SARS-CoV-2, ou sur d'autres virus, (parues dans International Journal of Infectious Diseases, National library of medecine et SAGE Journals-Laboratory animalssuggèrent que la charge infectieuse peut avoir un impact sur la sévérité de la maladie et la réponse immunitaire. Si tel est le cas, ce n'est bien sûr qu'un facteur parmi d'autres variables à prendre en compte.

Dans leur article, les scientifiques sont conscients du manque de preuve conséquent pour soutenir leur théorie. Voici ce qu'ils disent à la fin de leur article : « Pour tester notre hypothèse selon laquelle le masquage à l'échelle de la population est une bonne stratégie pour réduire la sévérité des infections et conférer une certaine immunité, nous avons besoin d'autres études comparant le taux d'infection asymptomatique dans les zones avec et sans masquage. Pour tester l'hypothèse de la variolisation, nous aurons besoin de plus d'études comparant la force et la durabilité de l'immunité des lymphocytes T spécifiques au SARS-CoV-2 entre les personnes ayant une infection asymptomatique et celles présentant une infection symptomatique, ainsi qu'une démonstration du ralentissement naturel de la propagation du SARS-CoV-2 dans les zones à forte proportion d'infections asymptomatiques. En fin de compte, la lutte contre la pandémie impliquera de faire baisser à la fois les taux de transmission et la gravité de la maladie. De plus en plus de preuves suggèrent que le masquage facial à l'échelle de la population pourrait bénéficier aux deux composantes de la réponse. »

Pour autant, désormais, nous avons des masques, et ils servent, au moins, à protéger les autres. La théorie de ces auteurs étant loin d'être farfelue, elle pourrait au moins servir de « bonne raison incertaine » pour nous inciter, toutes et tous, à porter un masque. 

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