Des observations très préliminaires avaient suggéré que les anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) pouvaient potentiellement aggraver l'état d'un patient infecté par le SARS-CoV-2. Selon une récente étude d'observation, ce n'est pas le cas.

Cela vous intéressera aussi

[EN VIDÉO] Des bactéries de synthèse peuvent-elles aider à traiter le Covid-19 ? Des vaccins synthétiques pourraient-ils permettre de freiner le coronavirus ? C'est ce sur quoi les chercheurs du Centre européen de Régulation Génomique travaillent depuis plusieurs années : reportage en vidéo !

Selon une récente étude d'observation danoise publiée dans PLOS Medicine, il n'existerait pas de corrélation entre la prise d'anti-inflammatoiresanti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) et les formes graves de la Covid-19. Autrement dit, les personnes qui ont pris des AINS ne seraient pas plus à risque de développer une forme grave de la Covid-19Covid-19 que celles qui n'en ont pas pris. Mais l'étude comporte tout de même quelques biais. Voyons tout cela ensemble. 

Le contexte de la pandémie

Au début de la pandémiepandémie, les anti-inflammatoires non stéroïdiens étaient suspectés d'être responsables de certaines formes graves de la Covid-19. Cela avait donné lieu à des articles de presse, un rapport de pharmacovigilance de l'Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) et à des recommandations de sociétés savantes telles que la Société française d'anesthésieanesthésie réanimation (SFAR) et de la Société française d'étude et de traitement de la douleurdouleur (SFETD). En dehors de la France, peu de pays avaient pris des mesures de précautions identiques. Notamment en arguant que le manque de données était trop conséquent pour tirer des conclusions. C'était notamment le cas du Canada et des États-Unis. 

Ce n'est pas la première fois que les AINS voient leurs prescriptions limitées sur la base de peu de données. C'est notamment le cas pour certaines infections bactériennes. Ils sont suspectés de masquer les symptômessymptômes et d'entraver la réponse immunitaire dans certaines pathologiespathologies. Mais, comme le souligne la Revue Médicale Suisse dans un récent article, toutes les données justifiant l'arrêt de prescription sont peu robustes, souvent basées sur des données mécanistes ou des cas cliniques.

Les données justifiant l'arrêt de la prescription d'AINS sont généralement peu robustes. © Gorodenkoff, Adobe Stock
Les données justifiant l'arrêt de la prescription d'AINS sont généralement peu robustes. © Gorodenkoff, Adobe Stock

Pas de corrélation entre consommation d'AINS et forme grave de la Covid

Dans cette récente étude donc, les scientifiques ont cherché à savoir si ces inquiétudes que nous avions à propos des AINS, au début de la pandémie, étaient réellement justifiées. Ils ont pour ce faire utilisé les registres administratifs et sanitaires danois, en prenant en compte les informations de tous les patients positifs au SARS-CoV-2SARS-CoV-2 du 27 février au 29 avril 2020. Au total, les données de plus de 9.000 patients, d'une moyenne d'âge de 50 ans et composés à 58 % de femmes, ont été incluses.

Les consommateurs d'AINS ont été définis comme tels, grâce à des informations sur les prescriptions d'AINS reçus. C'est un premier biais que les auteurs reconnaissent pleinement : « l'une des principales limites de l'étude, ce sont les erreurs de classification possibles de l'exposition, car toutes les personnes qui remplissent une prescription d'AINS n'utilisent pas le médicament en continu. » De plus, certains facteurs de confusion résiduels peuvent encore interférer avec les résultats de l'étude. Cela mis à part, aucune corrélation significative n'est observée entre consommation d'AINS et non-consommation concernant la mortalité à 30 jours, l'hospitalisation, le transfert en unité de soins intensifs, la ventilation mécaniqueventilation mécanique et la thérapiethérapie de remplacement rénale à 14 jours. Les intervalles d'incertitude sont néanmoins assez grands pour chaque variable mais rien ne laisse penser qu'une association existe réellement.

Il n'y aurait pas de corrélation entre consommation d'AINS et forme grave de la Covid-19. © Nikolai Sorokin, Adobe Stock
Il n'y aurait pas de corrélation entre consommation d'AINS et forme grave de la Covid-19. © Nikolai Sorokin, Adobe Stock

Cela change-t-il la pratique médicale ? 

L'auteur principal de l'étude, Anton Pottegard, l'affirme lui-même dans un tweet : « Cela ne change pas les recommandations. L'ibuprofèneibuprofène - et les autres AINS - doivent pour d'autres raisons être utilisés à la dose la plus faible possible pendant la duréedurée la plus courte possible, et le paracétamolparacétamol doit être utilisé si possible. »

Les avis de certains médecins interrogés divergent. Certains considèrent qu'il ne faut jamais prescrire d'AINS en cas d'infection, d'autres que cette étude vient entériner les recommandations de précaution ou qu'il n'y a aucune preuve pour considérer que les AINS ne doivent pas être prescrits dans le cadre de la Covid-19, et d'autres encore, que c'est l'utilisation prolongée et régulière sans surveillance accrue compte tenu de l'effet immunosuppresseur qui est problématique. Si vous êtes infecté par la Covid-19 et que vous présentez des symptômes, tenez-vous-en au paracétamol avant d'avoir consulté votre médecin traitant puis suivez ses conseils.