La première boisson probiotique OGM est fabriquée par la start-up californienne ZBiotics qui a modifié génétiquement la souche de Bacillus subtilis. © ZBiotics

Santé

La première boisson probiotique OGM est sur le marché

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La start-up ZBiotics vient de lancer une boisson contenant une bactérie génétiquement modifiée pour dégrader l'éthanal, un composé dérivé de l'alcool. Censée lutter contre les symptômes de la gueule de bois, elle s'appuie cependant sur des preuves scientifiques très limitées et soulève de nouvelles questions sur la régulation des produits OGM.

Après le maïs tolérant aux herbicides, la pomme qui ne brunit pas, la papaye résistante aux virus et le saumon transgénique qui grossit plus vite, un nouvel aliment OGM vient d'être lancé aux États-Unis : une boisson probiotique dont les bactéries ont été génétiquement modifiées. Fabriquée par la startup californienne ZBiotics, elle est destinée à combattre la « gueule de bois » en dégradant l'éthanal, ou acétaldéhyde, un composé chimique dérivé de l'alcool.

La souche génétiquement modifiée est celle de Bacillus subtilis, qui se trouve dans de nombreux suppléments probiotiques et dans la préparation du nattō, un plat traditionnel japonais à base de soja fermenté. La start-up a ajouté à la bactérie un gène codant pour l'aldéhyde déshydrogénase, une enzyme qui dégrade l'éthanal en acide carboxylique. Cette enzyme est naturellement produite par le foie, mais la boisson pourrait permettre d'accélérer la dégradation de l'éthanal, responsable des symptômes de la gueule de bois (maux de tête, nausées, sueurs, tremblements...). Le foie possède en effet des capacités limitées d’élimination : environ 35 ml d'alcool éthylique pur en une heure (l'équivalent d'une bière, un verre de vin ou 50 ml de vodka).

ZBiotics n'a pas eu recours à la technique CRISPR, aujourd'hui très appréciée des scientifiques, mais à une ancienne méthode appelée recombinaison homologue, où des séquences de nucléotides sont échangées entre molécules d'ADN identiques grâce à une protéine recombinase. Fondée en 2016, la start-up travaille depuis sa naissance sur Bacillus subtilis avec l'idée de créer une boisson probiotique. Mais aucun de ses projets n'avait jusqu'ici retenu l'attention des investisseurs. « Un remède contre l'alcool, en revanche, ça excite l'imagination du public et attire l'attention sur cette technologie », rapporte Zack Abbott, le fondateur de la start-up, dans un entretien au site Chemical & Engineering News.

Un remède contre l’alcool, ça excite l’imagination du public et l’intérêt des investisseurs

Des effets qui restent à prouver in vivo

D'après un essai mené chez des rats et publié en août sur la plateforme bioRxiv, la bactérie génétiquement modifiée n'entraîne aucun effet indésirable après 90 jours d'ingestion. En revanche, si elle s'avère bien capable de dégrader l'éthane en laboratoire, aucune étude n'a encore été menée in vivo pour montrer son efficacité dans le traitement des symptômes de la prise d'alcool. « Nous avons mené des tests en interne en aveugle contre un placebo», assure cependant Zack Abbott, qui parle d'une expérience « éprouvante mais divertissante » (on imagine en effet les soirées bien arrosées qu'a nécessité ce test).

Une boisson probiotique OGM censée contrer les symptômes des lendemains de fête parfois difficiles. © liveostockimages, Fotolia

D'après la start-up, qui se garde bien d'allégations santé sur son site pour ne pas tomber sous le coup du régulateur des médicaments -- son produit est vendu en tant que « boisson fonctionnelle » --, la boisson probiotique est à prendre avant la consommation d'alcool. « Si vous l'utilisez le lendemain, c'est déjà trop tard », précise Zack Abbott, qui affirme avoir déjà distribué 10.000 échantillons et reçu 94 % de retours positifs. « Ce qui n'est pas une donnée scientifique », tempère toutefois John Oliver, le responsable Recherche et Développement, qui explique qu'une étude de grande ampleur serait trop coûteuse à mener. Comme beaucoup d'autres compléments alimentaires, il faut donc se contenter des promesses du flacon, vendu 36 dollars (32,5 euros) les trois bouteilles de 15 ml.

Réconcilier les consommateurs avec les OGM, vraiment ?

Outre le fait qu'une telle boisson peut être perçue comme un encouragement implicite à la consommation d'alcool, cela pose la question de la régulation des OGM, les aliments génétiquement modifiés étant normalement soumis à une autorisation de la FDA (Food and Drug Administration) pour leur mise sur le marché. D'autres start-up qui commercialisent des probiotiques pourraient d'ailleurs profiter du filon pour booster leurs produits.

Une telle boisson peut être perçue comme un encouragement implicite à la consommation d’alcool

Contrairement à la France, où les consommateurs sont très méfiants vis-à-vis des OGM, Zack Abbott espère qu'aux États-Unis sa boisson va convaincre les consommateurs de ses bienfaits pour la santé. « Jusqu'à présent, la majorité des aliments OGM sont conçus pour être tolérants aux herbicides ou aux insectes, ce qui est bénéfique pour les producteurs mais n'apporte aucun avantage au consommateur, explique Zack Abbott. Lorsque quelqu'un va essayer notre produit et se sentir mieux le lendemain, cela lui fera une expérience positive vis-à-vis de la modification génétique ».

Pas sûr qu'un produit aussi sujet à controverse contribue à réconcilier les consommateurs avec les OGM, alors que de nombreuses études sur des légumes enrichis en protéines ou du soja au profil nutritionnel amélioré, bien plus utiles à la société, ont été stoppées en raison d'une trop forte opposition.

  • La start-up ZBiotics commercialise une boisson probiotique contenant une bactérie génétiquement modifiée pour dégrader l’éthanal, un composé dérivé de la consommation d’alcool.
  • La boisson est censée lutter contre les symptômes de la gueule de bois.
  • Cette première mondiale pose la question de la régulation des OGM, les probiotiques n’étant considérés ni comme aliment ni comme complément alimentaire.
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